De nombreuses commissions scolaires de la province affichent des postes d’enseignants à pourvoir en vue de la prochaine année scolaire, mais on sait d’ores et déjà que des centaines de personnes sans brevet se retrouveront dans les écoles à la rentrée. Devant la pénurie qui perdure, deux universités montréalaises commencent dès cet été à former ces gens non légalement qualifiés à l’enseignement.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Depuis quelques mois, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université de Montréal travaillent avec les commissions scolaires de la région de Montréal pour mettre sur pied une formation dite « qualifiante », qui permettrait à des titulaires d’un baccalauréat de faire une maîtrise pour devenir enseignants au préscolaire ou au primaire.

Cette collaboration était devenue nécessaire, dit le vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. « On aime mieux collaborer que de se faire cannibaliser », illustre Henri Boudreault, qui explique que la pénurie d’enseignants qui touche particulièrement les écoles de la région a des répercussions jusque dans les locaux de l’université montréalaise.

Les commissions scolaires s’arrachent nos étudiants. Quand il y a un pic de demande pour la suppléance, les cours du vendredi sont désertés.

Henri Boudreault, vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM

« L’étudiant veut aussi travailler pour avoir un revenu ; on n’est plus dans le modèle où ses parents paient l’université pour lui », ajoute M. Boudreault.

On souhaite également mener vers le brevet d’enseignement ceux qui enseignent déjà sans qualification légale. Pour commencer, un cours d’« introduction à l’enseignement pour le personnel non légalement qualifié » a été monté et est offert en août dans les deux universités.

Il s’agit d’un premier pas vers une formation complète. Ces cours de trois crédits pourraient être reconnus lorsqu’une éventuelle formation qualifiante pour enseigner au primaire sera mise sur pied.

« Ce ne sera pas perdu, on est en train de travailler sur un programme [de maîtrise qualifiante], ça prendra une ou deux années avant qu’il soit monté », explique le vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. Cette formation devrait au préalable être reconnue par Québec. Une telle maîtrise qualifiante existe déjà pour ceux qui veulent enseigner au secondaire.

L’un des défis est de convaincre ces gens qui travaillent déjà dans les écoles de retourner aux études. On pense à plusieurs options : un enseignant non qualifié pourrait par exemple enseigner quatre jours par semaine, puis se consacrer à sa maîtrise la cinquième, ou encore décrocher un contrat de suppléance adapté à sa formation universitaire. « Différentes hypothèses sont envisagées pour que les gens restent dans la classe », dit Henri Boudreault.

« Qu’offrons-nous à nos élèves ? »

Le brevet d’enseignant est réservé à ceux qui ont fait un baccalauréat en enseignement d’une durée de quatre ans.

La Commission scolaire de Laval (CSDL) dit collaborer avec les universités pour présenter des solutions à la pénurie enseignante au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

« J’ai quand même un souci : qu’offrons-nous à nos élèves ? », demande sa présidente, Louise Lortie. 

Il faut assurer la qualité de l’enseignement qui sera donné. Je ne dis pas que les gens qui feront la maîtrise n’auront pas ces qualités, mais ils n’auront pas un bac de quatre ans.

Louise Lortie, présidente de la Commission scolaire de Laval

C’est une préoccupation que partage le vice-doyen aux études de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. « Comment va-t-on faire ça ? Comment va-t-on faire entrer deux litres dans un format d’un litre ? Notre travail, c’est de mobiliser nos professeurs et nos spécialistes, de définir le contenu », explique Henri Boudreault, qui estime que la collaboration entre les universités est essentielle pour mettre sur pied un tel programme.

L’opération séduction se poursuit

De nombreuses commissions scolaires cherchent cet été des enseignants pour pourvoir des postes en vue de la rentrée scolaire de la fin d’août. La Commission scolaire de Montréal vante sur son site internet la vie de ses quartiers pour attirer les enseignants. « Villégiature au parc-nature de l’Île-de-la-Visitation » dans le nord de l’île, « 12 karaokés » dans le secteur sud de la commission scolaire, « la rue Ontario en pleine ébullition » dans l’Est : tous les arguments sont bons pour attirer les candidats.

Au cours de l’année scolaire qui vient de se terminer, la CSDL a fait appel à 160 enseignants qui n’avaient pas de tel brevet d’enseignement.

« On pense commencer avec environ le même nombre l’année prochaine, dit la présidente de la CSDL. On est inquiets pour la rentrée. »

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, en juin dernier

Ce n’est pas une inquiétude que partage le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

« Je ne pense pas qu’on va manquer d’enseignants à la prochaine rentrée, a-t-il indiqué en juin en marge d’une conférence de presse. On va être juste, je le concède. Il y a des endroits où on cherche activement, mais je pense qu’on va y arriver. »

Le ministre Roberge a rappelé qu’il existe « un bouquet de mesures pour contrer la pénurie, notamment une nouvelle passerelle de formation universitaire ». « D’autres annonces s’en viennent, d’autres idées », assure-t-il.