Pendant toute l’année scolaire, beau temps, mauvais temps, les élèves de première année de l’école Arc-en-ciel, de Sainte-Julie, sont sortis chaque semaine pour faire l’école dans le bois. Une initiative des enseignantes Julie Aubé et Geneviève Landry qui a appris aux jeunes à apprendre dehors !

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Les mathématiques, les sciences, le français : il n’y a rien qui ne puisse s’enseigner en plein cœur d’un parc national, ont voulu montrer les enseignantes. Dans ce cas-ci, c’est le parc du Mont-Saint-Bruno, situé à quelques minutes d’autobus de l’école primaire, qui a servi de décor à la trentaine de sorties faites par les élèves et leurs enseignantes.

La journée du passage de La Presse, c’est l’anniversaire de madame Julie. Avant d’expliquer aux enfants en quoi consiste l’activité du jour, Geneviève Landry installe une banderole entre deux arbres. « Bonne fête », y lit-on.

« C’est de la pollution ! », s’indigne aussitôt un élève. « Est-ce que tu penses qu’on va la laisser ici ? Ben non », rétorque l’enseignante.

L’anniversaire offre l’occasion de faire un peu d’arts plastiques avec ce qu’on trouve dans le bois. La mission : faire un cadeau à madame Julie. Munis de petits contenants, les élèves partent à la recherche de matériel pour leur création. Des cocottes, des branches, des roches, des feuilles, tout est matière à bricoler.

Beau temps, mauvais temps

Pour mener à bien leur projet de classe en plein air, les deux enseignantes sont allées chercher l’an dernier environ 3000 $ de financement, une somme qui sert principalement à payer le transport. Rien n’a été à l’épreuve des jeunes cette année : ni l’hiver ni la pluie ne les ont empêchés de sortir faire l’école dehors.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

« On veut que les élèves apprennent autrement », explique Geneviève Landry, enseignante à l’école Arc-en-ciel de Sainte-Julie.

« On veut que les élèves apprennent autrement. J’aurais pu leur demander de ramasser des objets à la maison et de les rapporter en classe, mais ça n’aurait pas été pareil. » — Geneviève Landry, enseignante

Autre élément non négligeable, il n’y a presque pas de conflits à gérer dans le bois, dit-elle.

« Madame Geneviève, viens voir ce qu’on a fait ! », interrompt un garçon. « On a de gros, gros problèmes de comportement avec lui, explique l’enseignante, une fois l’élève reparti en courant. Mais aujourd’hui, l’activité l’intéresse, alors on a zéro problème. Les élèves ont hâte de venir le mercredi. »

Sarah et Arielle se disputent gentiment la propriété de leur création, « une espèce de gâteau » en forme de cœur fait de pommes de pin et de branches d’épinette. « C’est moi qui a eu l’idée », dit l’une. « Non, c’est moi », dit l’autre. Elles trouvent rapidement un terrain d’entente : « C’est un travail d’équipe, qu’on appelle ça. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Les élèves utilisent du matériel trouvé dans les bois pour créer un cadeau pour l’enseignante Julie Aubé, dont c’est l’anniversaire.

Dans la forêt, « madame Julie » et « madame Geneviève » se font constamment interpeller. « Elles sont tellement géniales, c’est de l’or en barres, ces profs-là, dit Isabelle Mallette, directrice adjointe de l’école. Il y a des élèves qui bougent beaucoup dans ces groupes, mais elles réussissent à les contenir et les amènent à se dépasser. » Qui plus est, poursuit-elle, les parents étaient « ébahis et enchantés » par ce projet.

Dans le bois, « c’est mieux »

Les enfants n’ont que de bons mots sur le temps passé en forêt tout au long de l’année scolaire. « On a fait du travail, des bingos et des marches », a retenu Sofia, 7 ans. Et puis, comme le dit Léa-Rose, qui se souvient de la fois où ils ont fait des ordres croissants-décroissants, « c’est mieux de travailler dans le bois ».

« On a fait des activités et nous, on a déjà vu des cerfs », résume pour sa part Alyssa. À ses côtés, Gabriel, 6 ans « parce que je suis le dernier de ma classe à fêter ma fête », s’affaire à mettre la touche finale à un gâteau. « Les branches, c’est du glaçage, la cocotte, c’est une bougie », explique-t-il.

Les enseignantes souhaitent renouveler le projet l’an prochain et utiliser davantage la cour de l’école primaire de Sainte-Julie où elles enseignent. « Si on peut rendre les élèves plus conscients de cet environnement et avoir des retombées sur leur famille, c’est bien. On veut aussi passer le message aux enseignants : sortez dans vos cours d’école », dit Geneviève Landry.