Les futurs « citoyens numériques » sont déjà bien assis sur les bancs d’école et il faudra tôt ou tard leur montrer à faire une utilisation critique des technologies. Pour ce faire, Québec a publié hier les balises de ce que les enseignants devraient transmettre à leurs élèves, tout en les rassurant : en matière de technologies, on ne leur dira pas quoi faire dans leurs classes.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Qu’il soit question de sextos, d’hameçonnage, de fausses nouvelles, d’usage des réseaux sociaux, de cyberintimidation, de jeux vidéo, de programmation ou d’identité numérique, le ministre de l’Éducation souhaite que tous les ordres d’enseignement – de la petite enfance à l’université – trouvent de quoi s’abreuver dans le « cadre de référence en compétences numériques » qu’il met à leur portée.

« Je ne dis pas que le cadre va régler tous les problèmes, mais c’est certainement un cadre de référence sur lequel on pourra se baser », dit Jean-François Roberge.

En plus de s’en servir pour guider leurs élèves, les enseignants pourront eux aussi en profiter, a avancé le ministre, en donnant l’exemple d’un enseignant qui, à la faveur d’une recherche sur l’Holocauste, tomberait « sur des sites conspirationnistes qui vont dire que ça n’a jamais existé ».

« Il faudra que l’enseignant vive ce genre de choses pour montrer aux élèves que lui-même doit avoir un regard critique », a expliqué Jean-François Roberge, qui a invité les enseignants à adopter une « attitude positive face au numérique » et assuré qu’ils ne devaient pas voir la publication de ces balises comme un « alourdissement de la tâche ».

Pas de programme « mur à mur »

Ce guide gouvernemental ne viendra pas seul. Le gouvernement caquiste entend injecter de l’argent pour acheter de l’équipement informatique dans les écoles « dès l’an prochain ».

Entre Google, Apple ou Microsoft, par exemple, qui décidera quelle entreprise entre à l’école et quel logiciel on achète ? Le ministre de l’Éducation s’en remet aux enseignants et à la direction de chaque école.

« Pour que les compagnies privées entrent dans les écoles, ça voudrait dire qu’ils ont des projets ou d’excellents produits choisis par les enseignants et approuvés par les conseils d’établissement. En ce moment, il y a des maisons d’édition qui vendent des livres, il pourrait y avoir des entreprises technologiques qui vendent des applications pédagogiques. L’important, c’est que nos élèves se développent, que ce soit avec un livre papier, une application ou une tablette », a expliqué Jean-François Roberge en point de presse.

Il ferme la porte à un programme national d’achats comme ce fut le cas pour les tableaux blancs interactifs, dont le gouvernement Charest avait décidé de doter chaque classe du Québec en 2011.

« Pas question pour moi ou le gouvernement de faire du mur à mur et de décider à la place des enseignants ce qui est bon pour les enfants. Ni en pédagogie ni en technologies », a expliqué Jean-François Roberge.

Dans cette optique, il n’est pas non plus question d’interdire le téléphone cellulaire en classe comme l’ont fait certains pays, a réitéré le ministre, suscitant une salve d’applaudissements des participants au Sommet du numérique en éducation, où s’est faite l’annonce, hier.