Les parents d’élèves fréquentant des écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont reçu mardi un courriel les informant que, désormais, les résultats de 58 % ou 59 % aux épreuves ministérielles ne seraient plus gonflés à la note de passage de 60 %.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

La CSDM a du même coup relayé une lettre que le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a fait parvenir aux commissions scolaires et directions d’écoles privées leur expliquant que cette décision, en vigueur dès cette année, « repose sur la nécessité d’appliquer le seuil de réussite déterminé au Québec de 60 %, de refléter réellement le succès de l’élève qui l’a atteint et ainsi de ne pas abaisser les exigences de la diplomation ».

La nouvelle avait d’abord été révélée par Le Journal de Montréal la semaine dernière, mais ce n’est que mardi que les parents en ont reçu la confirmation officielle.

En entrevue avec La Presse, les dirigeants des deux principaux syndicats d’enseignement au Québec ont applaudi l’initiative de Québec, mais souhaitent que le ministre pousse plus loin sa démarche contre le « tripotage » des notes.

La directive actuelle ne concerne en effet que les épreuves ministérielles, ces examens que doivent passer tous les élèves de la province à certains moments de leur cheminement primaire et secondaire – en français, en mathématiques, en anglais, en histoire et en science et technologie. Dans ces matières, les notes de 58 et 59 % étaient jusqu’à la semaine dernière automatiquement gonflées à 60 % lorsqu’elles étaient transmises à Québec.

« Ce n’est que la pointe de l’iceberg : le ministre doit aller plus loin et exiger que les commissions scolaires adoptent la même posture », estime Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« Actuellement, les résultats scolaires sont au service du système et non au service de l’élève », ajoute Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), en référence aux statistiques de réussite qui seraient dopées par le gonflement des notes.

« C’est une bonne décision, mais ce n’est pas complet ; c’est tout le système d’évaluation et de bulletin qui doit être revu », précise-t-elle.

Pression

Les deux leaders syndicaux dénoncent les cibles de performance que Québec impose aux commissions scolaires, et que ces dernières imposent ensuite aux écoles.

« Ça crée des pressions incroyables sur les professeurs », déplore Sylvain Mallette.

« On veut s’assurer qu’en tout temps, on tient compte du jugement des enseignants. Ce sont ceux et celles qui ont enseigné qui doivent avoir préséance sur les évaluations. Lors d’une récente consultation, 98 % de nos membres nous ont dit : ne touchez pas à nos notes », renchérit Josée Scalabrini.

Dès la nomination du ministre Roberge, la FAE avait par ailleurs réclamé une commission parlementaire sur la question de la manipulation des notes. Elle réitère aujourd’hui sa demande, et rappelle que le ministre s’y était montré favorable lorsqu’il était dans la deuxième opposition à l’Assemblée nationale.