Nathalie Perreault se souvient d'avoir eu un choc en arrivant à l'école Champlain. Dans sa classe, certains enfants n'avaient jamais ouvert un livre de leur vie, ni lu des histoires avec leurs parents.

Pascale Breton LA PRESSE

Dix ans plus tard, la situation se répète à chaque rentrée scolaire. Mais elle ne surprend plus l'enseignante de 1re année.

Le milieu dans lequel évoluent certains enfants n'est pas propice à développer le goût de la lecture, constate Mme Perreault.

Au Québec, les statistiques montrent que la moitié des adultes sont des «analphabètes fonctionnels». Le quartier Centre-Sud n'y échappe pas. Ces adultes, souvent des parents, travaillent, se débrouillent, mais ne savent pas lire. Difficile de leur demander de lire des livres à leurs enfants.

Coincés entre une famille nombreuse, les repas à préparer et les tâches quotidiennes, d'autres n'ont tout simplement pas le temps de lire des histoires. Quant à certains, ils n'imaginent pas à quel point la lecture peut être bénéfique pour leurs enfants.

En classe, les enseignants voient la différence. «Les élèves qui mettent le nez dans les livres partent déjà un pas en avant des autres», reconnaît Mme Perreault.

Pour égaliser les chances de tous les enfants, l'école Champlain mise beaucoup sur la lecture. En plus de la bibliothèque, chaque classe a son coin lecture avec des rayons remplis de beaux livres.

À la maternelle, l'heure du conte est un moment privilégié de la journée. Assis par terre, les élèves forment un demi-cercle autour de l'enseignante. Elle leur lit l'histoire d'un petit garçon qui ne voulait pas mettre son habit de neige neuf. L'histoire est drôle. Les enfants rient très fort.

Sur le tableau, au mur, l'enseignante écrit tous les jours à la craie une petite phrase pour rappeler aux enfants la date et le jour de la semaine. Elle en profite pour faire avec eux de petits exercices, comme encercler la première syllabe d'un mot.

Les deux orthopédagogues viennent aussi faire leur tour. Ils inventent des jeux de mots pour que les enfants fassent des rimes ou identifient les sons.

De petits jeux qui semblent anodins, mais qui permettent aux deux spécialistes de détecter les enfants qui pourraient avoir des problèmes plus tard, lorsque viendra le moment d'apprendre à écrire.

«On constate que plusieurs enfants sont sous-stimulés quand ils font leur entrée à l'école», explique l'un des orthopédagogues, Michael Dan St-Louis.

La présence de deux orthopédagogues peut sembler beaucoup dans une petite école d'à peine 150 élèves. C'est pourtant loin d'être un luxe.

En ciblant les élèves dès la maternelle, les deux spécialistes peuvent commencer à travailler avec les enfants dès le début de la 1re année. Ils évitent ainsi qu'ils ne prennent trop de retard scolaire.

Les élèves sont ravis. Ils se sentent privilégiés d'avoir une attention particulière et quittent la classe le sourire aux lèvres.

Pendant que les deux orthopédagogues prennent chacun un petit groupe d'élèves de 1re année, leur enseignante, Nathalie Perreault, travaille avec le reste de la classe. Son groupe compte 23 élèves cette année. C'est beaucoup pour une classe de petits.

Le silence est long à obtenir. On entend constamment un bruit de fond dans la classe: un enfant parle, un autre se tourne vers son ami, un gigote au point de tomber de sa chaise.

«Beaucoup d'élèves ont des troubles d'attention. Le fait de les séparer leur permet de se concentrer, il y a moins de bruit», explique Élise Carmel-Arbour, l'une des deux orthopédagogues.

Le nombre d'enfants qui bénéficient du service d'orthopédagogie diminue à mesure qu'ils vieillissent. Avec les années, les besoins sont moins grands.

Certains, tout de même, continuent de travailler avec les orthopédagogues pendant toute la durée du primaire.

«On a des élèves qui, si on n'était pas avec eux depuis la maternelle, ne seraient probablement plus dans une classe régulière. Ils seraient dans une classe de difficultés graves d'apprentissage. On a réussi à les garder au régulier» se réjouit Mme Carmel-Arbour.

Apprendre en s'amusant

Des voix enfantines résonnent en provenance de la classe combinée de 1re et 2e année. Debout derrière leurs pupitres, les élèves chantent à tue-tête en gesticulant.

En imitant les gestes de leur enseignant, Michel-Yves Lepage, les enfants chantent une chanson sur le b.a.-ba de la ponctuation, mimant au passage le point d'exclamation ou d'interrogation.

Tous les moyens sont bons pour aider les élèves à maîtriser le français. Quand l'exercice se déroule sous forme de jeu, c'est encore mieux. Surtout pour les garçons qui ont constamment besoin de bouger, souligne M. Lepage.

«Le français est difficile à apprendre. Non seulement l'enfant doit apprendre à écrire, mais il doit aussi savoir pourquoi il le fait de telle façon», explique M. Lepage.

Il a inventé de petits jeux pour favoriser l'apprentissage de la lecture ou de l'écriture dans lesquels les enfants ont du plaisir et ne se rendent pas compte qu'ils sont en train d'apprendre.

«Mets encore la chanson!», crie d'ailleurs un petit garçon lorsque les dernières notes s'éteignent.