Les universités subiront au total des compressions supérieures à 250 millions de dollars en deux ans. Et le réinvestissement pourrait ne pas atteindre 1,7 milliard de dollars comme promis.

Mis à jour le 18 janv. 2013
Tommy Chouinard LA PRESSE

C'est ce qu'a indiqué le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, en conférence de presse vendredi, en marge de la troisième rencontre en prévision du Sommet sur l'enseignement supérieur des 25 et 26 février.

Québec a déjà demandé aux universités de sabrer 124 millions de dollars d'ici la fin de l'année financière. La présidente de l'Université du Québec, Sylvie Beauchamp, a fait savoir que le gouvernement lui a confirmé que ces compressions seraient récurrentes pour 2013-2014 et qu'un effort supplémentaire serait même exigé. Les compressions totales dépasseront donc les 250 millions en deux ans. Questionné à maintes reprises par les journalistes, Pierre Duchesne n'a pas nié l'information.

« On a hérité d'une situation financière pénible » et tous les ministères doivent contribuer à l'atteinte de l'équilibre budgétaire, a-t-il plaidé. « Il y a un effort annoncé de 124 millions, et je n'ai jamais caché auprès des recteurs qu'on est dans une période difficile de 18 mois. (Pour 2013-14), il faudra aussi définir les montants. »

Pierre Duchesne s'est engagé à réinvestir 1,7 milliard dans les universités entre 2012-2013 et 2018-2019. Mais il ne tient pas compte des compressions dans son calcul. Il a affirmé que le montant du réinvestissement pourrait changer. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a déjà indiqué qu'il n'accorderait pas un sou de plus que les 1,7 milliard. « C'est une promesse de réinvestissement qui est étalée sur sept ans. Il y a là-dessus une obligation de rencontrer le déficit zéro d'ici 2014. On a une partie du portrait, on en aura une autre », a indiqué M. Duchesne. « Au lendemain du Sommet, nous aurons probablement des réponses beaucoup plus précises sur la teneur du réinvestissement, parce qu'on se sera entendu sur différentes mesures », a-t-il ajouté.

Il a lancé cet avertissement : « Il faudra qu'il y ait des consensus. On ne pourra pas avancer s'il n'y a pas de consensus. On ne pourra pas aller vers des réinvestissements confiants, prévisibles s'il n'y a pas de consensus. Il faut que tout le monde s'entende, les recteurs, les étudiants, les gens de la société civile ». Il a ensuite indiqué que consensus n'est pas synonyme d'unanimité. « Un consensus, c'est la majorité, c'est comme ça qu'on fonctionne. J'aimerais ça avoir l'unanimité, mais vous m'en demandez beaucoup après ce qu'on a vécu », a-t-il dit.

Réinvestir ou revoir d'abord le mode de financement ?

Étudiants et syndicats réclament une révision de la formule de financement des universités, mais les recteurs croient que le sous-financement est un problème plus important qui doit être réglé en priorité.

Une avalanche de chiffres et de propositions s'est abattue sur le parquet de la troisième rencontre thématique en prévision du Sommet sur l'enseignement supérieur des 25 et 26 février.

La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a mis sur la table son étude, publiée en début de semaine, qui chiffre à 850 millions le sous-financement par rapport aux institutions des autres provinces canadiennes. Elle a défendu la validité de cette étude, que l'économiste Pierre Fortin a analysée pour conclure que le sous-financement s'élève plutôt à 300 millions.

Les données sont « fiables et ont été vérifiées par des experts », a plaidé la présidente du conseil d'administration de la CREPUQ, Luce Samoisette. « L'écart est là, et il s'agrandit. » Selon elle, ce sous-financement a entraîné une « lente et insidieuse dégradation de la formation ». Elle croit qu'il faudrait embaucher 2100 professeurs d'ici à 2019, au coût de 275 millions, de même que des professionnels et du personnel de soutien (200 millions).

« Le problème du sous-financement est plus important que la révision du mode de financement. Il doit être traité en priorité », a-t-elle fait valoir.

Son collègue Michel Patry, directeur de HEC Montréal, a renchéri : « Mon inquiétude, c'est qu'on ouvre un chantier qui prenne des années » et qu'il faille attendre pour avoir un réinvestissement.

Jeudi, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, s'est dit prêt à revoir la formule de financement des universités, basée essentiellement sur le nombre d'étudiants.

La CSN, la Fédération des professeurs des universités et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) militent en faveur de cette révision. Ils dénoncent les « effets pervers » de la formule actuelle, comme une « course à la clientèle » et l'ouverture de campus satellites.

Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, estime quant à elle que les universités ne manquent pas d'argent: « On est d'accord pour dire qu'on a toujours besoin d'argent dans le système d'éducation, mais ce n'est pas une raison pour lancer l'argent par les fenêtres. » Elle réclame la création d'une commission d'évaluation des universités pour étudier leur budget de fonctionnement. La CREPUQ, pour sa part, croit que les mécanismes de reddition de comptes actuels sont nombreux et suffisants.

De son côté, Paul-Émile Auger, de la Table de concertation étudiante du Québec, a proposé d'imposer aux entreprises une taxe sur la masse salariale de 0,1% à 0,46% pour envoyer de 215 à 630 millions dans les coffres des universités. Rappelons que les étudiants plaident pour le gel, voire l'abolition des droits de scolarité. Le Conseil du patronat rejette toute hausse de taxe pour les entreprises et croit que les étudiants devraient payer davantage.

Une cinquantaine de membres de la Coalition estrienne opposée à la privatisation et la tarification des services publics ont manifesté à l'extérieur du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke. Certains ont tenté d'entrer de force dans l'immeuble. Les gardes du corps du ministre les ont repoussés avec du gaz poivre et les portes ont été verrouillées.