Lorsque la quarantaine d'élèves de 6e année de l'école du Bout-de-l'Île, à Sainte-Anne-de-Bellevue, ont reçu leur diplôme, plus tôt cette semaine, l'événement n'a pas seulement marqué leur passage vers le secondaire. Il a aussi clôturé une première année de coenseignement («team-teaching») couronnée de succès.

Mis à jour le 21 juin 2012
Pascale Breton LA PRESSE

Le projet est né d'un rêve, celui de deux enseignantes qui souhaitaient travailler ensemble, dans une seule et même grande classe, convaincues des bénéfices pour les élèves.

La route a été longue pour y parvenir. Anne-Marie Roberge et Émilie Leblanc-Goulet ont profité de l'agrandissement de leur école pour soumettre le projet à leur directrice. Celle-ci a ensuite dû convaincre les responsables de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Aujourd'hui, l'expérience s'avère concluante. «On sent nos élèves heureux. C'est un peu comme une famille», affirme Mme Leblanc-Goulet.

Le début de l'année a été mouvementé. Les enseignantes n'ont su qu'après la fin des classes, l'été dernier, que leur projet se réaliserait. Les parents, eux, l'ont appris à la rentrée. Il a fallu les convaincre du bien-fondé de l'idée, à une époque où la tendance est plutôt de réduire le nombre d'élèves dans les groupes.

Certains étaient donc plutôt inquiets. À la rencontre de parents, en septembre, ils écoutaient les enseignantes les bras croisés, le visage fermé.

«On était archi-prêtes. On était bien préparées, on était convaincues. On avait des arguments qui provenaient de nos recherches et nos lectures», raconte Mme Roberge.

De plus, les travaux d'agrandissement de l'école n'étaient pas terminés, de sorte que la classe n'était pas prête pour la rentrée. Les deux enseignantes ont donc réaménagé leurs classes, situées l'une en face de l'autre, afin que tous les élèves puissent être réunis. Le groupe s'est installé dans la grande classe deux semaines avant Noël.

Rapidement, les élèves ont apprécié cette nouvelle forme d'enseignement. Lors du passage de La Presse, ils se pressaient pour raconter leur expérience.

«Au début, mes parents pensaient que la classe allait être intenable et bruyante, que ce serait épouvantable. Ils ont changé d'avis quand ils ont vu les résultats», affirme Benjamin Ménard.

«J'aime que nous soyons tous dans la même classe. Tous nos amis sont là», renchérit Ryan MacLellan.

En ce vendredi matin, ils reviennent de la récréation. Chacun a pris place dans le calme. Dans l'esprit de la réforme, ils sont regroupés par petits groupes de quatre à une table, plutôt que derrière des pupitres individuels sagement alignés.

Quelques secondes suffisent pour obtenir le silence. La période est consacrée à la révision du dernier examen de mathématiques. «La moyenne est de 86%», lance Mme Roberge en distribuant les copies, tandis que les élèves s'applaudissent fièrement.

Pendant qu'elle reproduit certains exercices sur le tableau blanc interactif, sa collègue, à l'arrière de la classe, se promène parmi les élèves pour faire de la discipline ou aider certains d'entre eux individuellement.

Le coenseignement a permis aux élèves d'améliorer leurs notes, affirment les deux enseignantes, convaincues.

Les enseignantes ont eu le loisir d'aménager agréablement leur grand local, qui équivaut à deux classes. À l'avant, c'est la classe à proprement parler. Les grandes fenêtres laissent entrer une belle lumière.

Un coin lecture et informatique a été aménagé dans l'autre section. De grandes tables permettent aussi à l'une des enseignantes de réunir quelques élèves et de travailler avec eux une notion moins bien maîtrisée.

Dans la classe, on appelle ces élèves les «gouvernails», puisqu'ils ont besoin d'être guidés davantage. Ces élèves diffèrent selon les matières. En mathématiques, ils sont identifiés grâce à un prétest qui permet d'évaluer leurs connaissances avant de voir une nouvelle notion.

Pendant qu'une enseignante travaille avec les gouvernails, l'autre supervise les «voiliers» - ce sont les élèves qui ont eu 100% ou presque au prétest. Ils peuvent avancer à leur rythme en faisant les exercices.

Les recherches ont démontré que ces jeunes s'ennuient en classe lorsque l'enseignant répète la matière pour ceux qui ont plus de difficulté. «On oublie souvent les élèves forts», confirme Mme Leblanc-Goulet.

Gouvernails ou voiliers, les élèves sentent qu'ils ont fait des progrès. «On a amélioré nos notes», affirme fièrement Chloé Barrette.

Mais surtout, ils terminent leur 6e année avec de beaux souvenirs. Leurs enseignantes vivent pour leur part ces derniers jours de classe avec une pointe de tristesse. «C'était du pur bonheur d'enseigner à nos élèves», conclut Mme Roberge.