Cinquante enfants, six éducatrices et une trentaine de caméras filmant et retransmettant en direct sur l'internet chacun des faits et gestes de tout ce beau monde. Non, il ne s'agit pas de la nouvelle téléréalité dont tout le monde parlera bientôt.

Mathieu Bélanger LE DROIT

C'est plutôt le tout nouveau service qu'offrira aux parents la garderie Excelsiori, située dans le secteur Hull, à Gatineau, le mois prochain.

Les parents, munis d'un code d'accès, pourront épier leur marmaille pendant toute la journée, qu'ils soient au bureau ou à la maison. Non seulement leurs enfants, mais aussi ceux des autres et les éducatrices, à l'extérieur ou à l'intérieur de la garderie.

D'abord apparu aux États-Unis à la fin des années 1990, ce service est demeuré rarissime au Québec. La Commission des droits de la personne et de la jeunesse s'y est fermement opposée en 2003. La garderie Excelsiori serait la première de la province à diffuser en continu des images provenant de ses installations.

«Sur les 50 parents, il n'y en a pas un qui s'est opposé, explique Stéphanie Richard, directrice générale de la garderie. Nos éducatrices sont toutes d'accord. Elles n'ont rien à cacher dans leur travail et ça ne les intimide pas du tout.»

Autorisation

Pour s'éviter tout problème juridique en lien avec la Charte des droits et libertés, Mme Richard fait signer une autorisation aux parents. Ceux qui s'y opposent devront trouver une autre garderie.

Même chose pour les éducatrices. Pour travailler et fréquenter cette garderie, il faut accepter de laisser à la porte certains de ses droits relatifs à la vie privée au profit de la sécurité des enfants.

Mme Richard l'avoue candidement: une éducatrice qui voudrait faire respecter son droit à la vie privée serait discriminée à l'embauche.

«On envoie nos enfants dans une garderie et finalement, on ne sait jamais, rappelle-t-elle. Il y a parfois des parents qui ont des doutes quand leur enfant se blesse. Les caméras rendent certains parents plus à l'aise. Ça permet aussi de voir son enfant évoluer, voir comment il fonctionne avec les autres, comment il est en l'absence de ses parents. On peut aussi valider ce qu'il raconte.»

Les 34 caméras de la garderie Excelsioris fonctionnent déjà. Un grand écran, au sous-sol, présente les principaux angles de vue. Les parents peuvent consulter les bandes vidéo lorsqu'ils le demandent.

Il ne reste plus qu'à rendre les images accessibles sur la page internet de la garderie. «Les parents auront un code d'accès, précise Mme Richard. Le site sera sécurisé et personne ne pourra réutiliser les images.»

Stéphanie Richard s'attend à ce que son projet fasse jaser, mais elle est convaincue qu'il attirera plus de gens qu'il n'en repoussera.