La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, pourrait «bousculer» les écoles privées et les écoles publiques sélectives afin qu'elles intègrent davantage les élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage (EHDAA).  

Paul Journet LA PRESSE



«Je veux faire une différence, mais je vais sûrement devoir bousculer les gens», a déclaré la ministre lundi à la clôture de la première de quatre Rencontres des partenaires en éducation.

La solution passerait en partie par une contribution des écoles privées et des écoles publiques sélectives, c'est-à-dire celles qui choisissent leurs élèves. «À titre d'institutions scolaires et d'entreprises, elles ont la responsabilité sociale d'assurer l'intégration et la rétention de ces enfants», indique-t-elle.

Elle précise que certaines de ces écoles accueillent déjà des jeunes en difficulté. Imposera-t-on maintenant un quota d'admissions? Le rendra-t-on conditionnel à l'attribution de subventions? Trop tôt pour le dire, répond la ministre.

Elle assure que cela ne causera pas de nivellement par le bas. «C'est le contraire, soutient-elle. Ça va tirer tout le monde vers le haut.»

La politique d'intégration ne donne pas les résultats escomptés, déplore Mme Beauchamp. On compte aujourd'hui 163 000 EHDAA au Québec. Seulement un sur quatre obtient un diplôme d'études secondaires. «Je vois mal comment on pourrait me dire que tout est parfait», lance-t-elle.

Il faudrait renoncer à l'intégration à tout prix. Le but n'est pas qu'un EHDAA passe tout son temps dans une classe régulière, plaide-t-elle. Elle suggère de sortir du clivage des classes - régulières ou spécialisées - pour trouver des «solutions mixtes», comme le recours aux classes-répits ou aux classes-ressources. «Le but, c'est de placer le bon enfant dans la bonne classe au bon moment», résume-t-elle.

Les collaborations avec les chercheurs s'intensifieront, mais le débat ne sera pas théorique, ajoute Mme Beauchamp. Les fonctionnaires iront sur le terrain. Les parents seront aussi davantage impliqués.

La ministre souhaite adopter les nouvelles mesures d'ici juin 2011. Cela ne signifie toutefois pas qu'elles entreront en vigueur à la rentrée scolaire de 2011, prévient-elle.

Investissements demandés

Des syndicats comme la Fédération autonome de l'enseignement et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) dénoncent le manque d'argent et de personnel. La CSQ souhaite que les investissements annuels dans le réseau public augmentent de 700 millions pour rejoindre la moyenne canadienne.

La ministre a refusé de parler de chiffres. Elle note néanmoins que les besoins en ressources sont une affaire d'argent et de temps. Elle s'engage à «débureaucratiser» certaines tâches afin de libérer le personnel.

Mme Beauchamp veut aussi préciser le concept de «contrainte excessive» - ce qu'on peut accepter pour intégrer un jeune en difficulté sans nuire aux autres. «Il faut mieux le définir avant que les tribunaux ne le fassent eux-mêmes.»