Au sortir de sa rencontre avec le ministre des Transports, Pierre Moreau, le patron de l'Unité anticollusion, Jacques Duchesneau, s'est dit persuadé que son rapport a été cette fois pris au sérieux et que des mesures correctrices seront bel et bien apportées face aux problèmes qu'il a soulevés.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

La semaine dernière, le premier ministre Jean Charest avait semblé prendre à la légère le rapport, l'apparentant à des «allégations» et avait avoué qu'il ne l'avait même pas lu. Il s'est depuis repris et l'a lu.

MM. Moreau et Duchesneau ont rencontré la presse, vendredi à Montréal, après leur entretien sur le contenu du rapport de l'Unité anticollusion et les recommandations qui étaient adressées au ministère des Transports pour améliorer les choses. Des hauts fonctionnaires du ministère participaient aussi à la rencontre.

Toutefois, ni M. Duchesneau ni M. Moreau n'ont voulu préciser quels correctifs seraient apportés. Le ministre a promis de convoquer la presse pour énoncer ces mesures «le plus rapidement possible».

«J'ai toujours dit que le rapport de l'Unité anticollusion n'était pas une fin en soi mais un début et je pense que le début a commencé ce matin, a dit M. Duchesneau. Des 45 pistes de réflexion que nous avons soumises (les 45 recommandations de son rapport), plusieurs ont été abordées ce matin. Donc, un train de mesures devrait être mis sur pied incessamment. On s'en va dans la bonne direction.

«Ils sont déterminés dans leur volonté de trouver des solutions aux problèmes», a-t-il commenté en anglais.

Le rapport Duchesneau faisait état de plusieurs problèmes, notamment la perte d'expertise au sein du ministère des Transports au profit des firmes privées de génie-conseil, qui offrent de meilleures conditions de travail.

De plus, les firmes privées embauchent des ingénieurs retraités du ministère, qui se retrouvent ensuite face à des collègues moins expérimentés pour les superviser au nom du ministère.

«Tout se passe comme si le ministère avait pour ainsi dire autorisé un transfert de compétences vers le secteur privé, sans toutefois s'assurer de conserver suffisamment d'expertise pour gérer adéquatement son réseau», écrivait M. Duchesneau dans son rapport.

Le ministre Moreau a nié cette affirmation. «Ce n'est pas exact que le ministère ne l'a plus», a-t-il lancé, ajoutant que son ministère avait été exclu de la politique gouvernementale voulant qu'il faille deux départs à la retraite pour justifier une embauche.

Le rapport Duchesneau recommande à ce chapitre la mise sur pied d'un programme de rétention des employés. Interrogé sur sa volonté d'embaucher des ingénieurs, le ministre Moreau n'a pas voulu s'engager pour le moment.

M. Duchesneau a admis en anglais qu'il a découvert une situation «pire que ce que je pensais» en faisant enquête pour rédiger ce rapport.

Lui qui a dirigé le Service de police de la ville de Montréal s'est néanmoins montré optimiste, affirmant que «tout peut être combattu» si la volonté y est.

Le rapport Duchesneau recommande également d'encourager la participation des bureaux d'ingénieurs et des entreprises de construction de petite et de moyenne tailles «afin de leur permettre de gagner en expertise et d'insuffler un peu plus de concurrence dans les marchés».

M. Duchesneau a pris la peine de souligner, au cours de sa rencontre avec la presse, que ceux qui avaient le plus collaboré à son enquête étaient justement les employés du ministère des Transports. «Ils sont les bons, pas les méchants», s'est-il exclamé en anglais.