Il est urgent de « réinventer le modèle » de financement des corps policiers au Québec, afin de redistribuer plus de ressources aux nombreux autres acteurs qui interviennent en sécurité urbaine – un domaine « beaucoup plus large que la criminalité » –, plaide une nouvelle étude publiée mercredi.

Publié le 6 avril
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ce qu’on a observé dans cette étude, c’est que le financement actuel de la police, il n’est pas intelligent ni efficace, d’ailleurs. D’abord, le modèle de financement est étalé sur des années, et il n’est pas adapté aux besoins de l’heure, qui ont évolué depuis le temps où on a mis en place ce cadre financier », affirme le chercheur associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) Roberson Edouard, qui est coauteur de l’étude.

Selon des chiffres avancés dans son rapport, la sécurité publique demeure le premier poste de dépenses à Montréal. Entre 2002 et 2022, le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est passé de 429 millions à 724 millions, une augmentation de 169 %. À Québec, il est passé de 87 millions en 2002 à 155 millions en 2020, un bond significatif de 178 % là aussi.

Pendant ce temps, les dépenses en logement social, en aménagement du territoire, en services communautaires – des domaines qui ont tous aussi des répercussions majeures sur la sécurité des citoyens – « n’ont pas du tout augmenté au même rythme », déplore M. Edouard. « On n’est pas les seuls à le dire : le modèle de financement actuel n’est pas soutenable. Les villes ne peuvent pas soutenir l’appel sans fonds et sans fin du financement de la police », dit-il.

Le modèle actuel n’est pas adapté aux nouveaux besoins de sécurité, qui restent toujours pris dans une définition liée à la criminalité, et qui tient au fait que la sécurité demeure la chasse gardée de la police.

Roberson Edouard, chercheur à l’IRIS

« Mieux répartir l’argent »

D’après l’IRIS, il faudrait au contraire « mieux répartir l’argent » dans des services qui interviennent au quotidien auprès de certaines populations avec lesquelles les policiers « n’ont pas toujours les compétences pour intervenir ». « Quand on dit de réinventer le modèle, ça veut dire de déplacer les ressources vers les bons secteurs, pour la bonne intervention, dont le réseau communautaire », affirme le chercheur.

« On gagne à investir davantage dans la prévention que la répression. Investir dans l’hygiène de la vie, l’éducation à la petite enfance, l’aménagement du territoire, les services communautaires, l’aide à des jeunes qui pourraient être recrutés par des groupes criminels, c’est prévenir la criminalité. C’est faire en sorte que la police n’ait pas à intervenir pour des raisons qui seraient réglées en amont », insiste-t-il encore.

Pour lui, le débat sur la révision du modèle ne veut pas dire de « définancer la police » pour autant. « On ne demande pas de prendre dans le budget de la police. On demande de revoir la manière de concevoir la sécurité. Il y a moyen de mieux arbitrer les dépenses pour que, finalement, les ressources contribuent le plus adéquatement possible à la sécurité des citoyens, qui est définie plus largement que par la simple lutte contre la criminalité », conclut M. Edouard.

En savoir plus

  • 50 %
    Dans son rapport, l’Institut cite en exemple la ville de Seattle. La ville américaine, qui a analysé les appels faits au service d’urgence 911, « a conclu que près de 50 % des appels dirigés vers le service de police auraient reçu une réponse plus appropriée si elle avait été offerte par d’autres services publics ou communautaires », indique-t-on. « Il serait fortement instructif de reproduire ce type d’analyse ici pour vérifier si l’on obtient des résultats similaires », peut-on y lire.
    extrait du rapport de l’iris