Alors qu’il prend de l’ampleur dans l’ouest de l’Ontario, un convoi de camionneurs opposés à l’obligation vaccinale à la frontière, parti de la Colombie-Britannique pour se rendre à Ottawa vendredi, s’organise rapidement au Québec. Son leader, l’Albertain Patrick King, associé à l’extrême droite, est loin de faire l’unanimité.

Publié le 27 janvier
Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Les camionneurs qui participent au « convoi de la liberté », dont la longueur atteint une vingtaine de kilomètres selon le Toronto Star, entendent bloquer les alentours du parlement à Ottawa.

Des départs sont prévus de plusieurs postes frontaliers au Québec vendredi matin, pour se joindre au mouvement dans la capitale fédérale au cours de la journée.

Les participants s’opposent à une politique qui oblige tous les camionneurs canadiens long-courriers non vaccinés de retour des États-Unis à faire une quarantaine de 14 jours après avoir traversé la frontière. L’Alliance canadienne du camionnage dit « désapprouver vigoureusement » leur intention d’entraver la circulation avec ce convoi. Elle estime que seulement 26 000 des 160 000 camionneurs canadiens ne sont pas vaccinés.

Trudeau réagit

Questionné mercredi au sujet du convoi, le premier ministre Justin Trudeau a estimé que « les propos que tiennent certains des gens associés à ce convoi sont inacceptables, et ils sont inacceptables pour la vaste majorité des Canadiens ». M. Trudeau n’a pas précisé de quels propos exactement il parlait.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

La réalité, c’est que presque 90 % des camionneurs au Canada sont vaccinés, comme presque 90 % de notre population.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Les Canadiens se préoccupent de leur liberté, de leurs droits, oui, et ils savent que la meilleure façon de protéger leurs droits et leurs libertés, c’est d’en finir avec cette pandémie », a ajouté le premier ministre, estimant que ces camionneurs représentent une « frange minoritaire » et non représentative de la population.

Une figure de proue adepte de la thèse du « grand remplacement »

Le convoi est arrivé mercredi dans le secteur de Thunder Bay. À sa tête se trouve le militant albertain Patrick King, cofondateur du mouvement Wexit Canada (devenu le Maverick Party), une organisation politique qui milite pour la séparation des provinces de l’Ouest du reste du Canada. Il a aussi été impliqué dans le mouvement Yellow Vest Canada (Gilets jaunes du Canada) et défend ouvertement la thèse du « grand remplacement » et du « génocide des Blancs », théorie du complot selon laquelle les Blancs sont remplacés secrètement partout en Occident par des musulmans.

PHOTO DAVID JACKSON, LA PRESSE CANADIENNE

Le convoi de camionneurs à son arrivée dans le secteur de Thunder Bay, en Ontario, mercredi

« Nous sommes en train d’être envahis. Nous perdons notre culture et notre religion. C’est un génocide culturel », a-t-il affirmé dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

En août dernier, il a faussement affirmé, dans une vidéo vue par des centaines de milliers de personnes dans des médias substituts, qu’il avait eu gain de cause devant les tribunaux en contestant une contravention de 1200 $ pour non-respect de mesures sanitaires en démontrant que le gouvernement albertain n’avait aucune preuve de l’existence du virus responsable de la COVID-19. Son interprétation erronée d’une déclaration sous serment d’un expert du gouvernement, au cœur de l’imbroglio, a été démontrée dans des reportages de vérification des faits de Reuters, Radio-Canada et Vice.

Ces derniers jours, M. King a diffusé des vidéos sur Facebook dans lesquelles il affirme qu’Antifa, le mouvement antifasciste systématiquement diabolisé par l’extrême droite, essaie de faire dérailler son mouvement avec l’aide de « sbires libéraux » (Liberal minions).

Des millions amassés

Une campagne de sociofinancement lancée sur la plateforme GoFundMe pour couvrir les frais du convoi a récolté depuis le 14 janvier près de 5,7 millions de dollars. Son initiatrice, Tamara Lich, est une des administratrices du Maverick Party, qui se définit comme « pro-choix » en matière de vaccination. Mardi, GoFundMe a annoncé avoir gelé les millions amassés jusqu’à ce que soient fournis des documents expliquant précisément comment l’argent récolté auprès de quelque 60 000 donateurs sera redistribué aux participants du convoi.

Pendant ce temps, au Québec, un groupe de camionneurs et de militants antivaccins a commencé à s’organiser sur Zello, une application qui fonctionne comme un walkie-talkie ou une radio citizens band (CB). Plusieurs personnes ont annoncé avoir préparé des stationnements et s’apprêtent à accueillir des camionneurs pour la nuit jeudi.

Sur les ondes, plusieurs appels ont été faits pour maintenir un discours pacifique. « J’entends les propos divaguer. Je ne veux pas avoir à être étiqueté. Quand ça devient trop conspirationniste, j’ai un problème », a dit le modérateur du canal destiné à l’organisation du convoi québécois.

Les organisateurs n’ont pas répondu à notre demande d’entrevue.

Des députés conservateurs soutiennent le convoi

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Candice Bergen, cheffe adjointe du Parti conservateur du Canada

À Ottawa, plusieurs députés conservateurs ont manifesté leur soutien au convoi qui se dirige vers Ottawa pour protester contre la vaccination obligatoire des camionneurs transfrontaliers. C’est notamment le cas de la cheffe adjointe du parti, Candice Bergen, qui a déclaré mercredi qu’elle soutenait le droit des camionneurs de manifester pacifiquement. Interrogé pour la première fois à ce sujet lundi, le chef conservateur Erin O’Toole avait refusé de dire s’il soutenait le convoi. Mais lors d’une séance virtuelle avec des partisans mardi sur les réseaux sociaux, il a dit comprendre pourquoi les camionneurs étaient frustrés et il a aussi rappelé que les Canadiens avaient le droit de manifester pacifiquement.

La Presse Canadienne