Un homme a été tué par balles mardi soir, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, dans le nord-est de Montréal, a appris La Presse. Selon nos informations, la victime est Piero Arena, un individu lié à la vieille garde de la mafia et déjà condamné dans le passé pour des importations de cocaïne. Les résidants du secteur étaient visiblement inquiets au passage de La Presse, peu après le drame, dans le contexte de la flambée de violence qui frappe particulièrement l’est de la métropole.

Mis à jour le 8 sept. 2021
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Arena, 63 ans, se trouvait dans son immeuble de condos, à l’angle des rues Jean-Talon et Michelet, lorsque des coups de feu ont été entendus. On ne connaît pas encore les circonstances exactes du crime.

Des appels ont été faits au 911 vers 19 h 30, concernant des coups de feu. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas confirmé qu’il s’agissait d’un homicide. « Sur place, les policiers ont trouvé une victime blessée, qui se trouvait dans le garage de l’immeuble. Son décès a été constaté sur place », a affirmé la porte-parole du SPVM, Véronique Comtois.

Une dizaine de voitures de police aux gyrophares allumés entouraient l’immeuble où s’est produit le drame, mardi soir. De l’autre côté de la rue, des curieux observaient le déploiement policier.

Slimane, qui habite en face du bâtiment, a entendu les coups de feu, puis est sorti pour comprendre ce qui s’était passé. L’homme a préféré taire son nom de famille. « C’était fort. C’était des rafales, ce n’était pas juste un coup de feu », a-t-il expliqué. « Mon enfant, il était en train de manger, il a entendu ça, et il a commencé à pleurer », a-t-il ajouté.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Des coups de feu ont retenti près de l’angle des rues Jean-Talon et Michelet, mardi soir.

Ce n’est pas la première fois que le bruit des balles résonne dans le quartier. Le 27 août dernier, des impacts de balles ont été retrouvés dans la fenêtre d’un bâtiment résidentiel de la rue de Candiac, à proximité de la rue Jean-Talon Est.

Une situation très inquiétante, selon Slimane. « Il est temps de penser à déménager, ça, c’est sûr. Saint-Léonard, c’est invivable maintenant », a confié l’homme.

Une résidante du bâtiment où a eu lieu le meurtre, qui a préféré taire son nom, est allée faire ses courses, et a découvert à son retour son immeuble pris d’assaut par les policiers. Assise sur un muret, elle attendait d’avoir accès à son condo. « Je suis déménagée le 29 juin, et il y a ça qui arrive. Ça m’inquiète », a-t-elle affirmé. « Comment est-ce qu’on va être [en sécurité] ? »

« Depuis le début de la pandémie, la situation s’aggrave beaucoup », a confié un résidant de l’immeuble situé en face de celui où s’est déroulé le drame. L’homme était au travail, et a constaté le périmètre de sécurité érigé par les policiers en revenant chez lui.

En date du 1er septembre, 86 fusillades avaient eu lieu à Montréal depuis le début de l’année 2021.

Un lourd passé criminel

En novembre 2013, Piero Arena avait été condamné à sept ans et trois mois de pénitencier après avoir été arrêté, avec des complices, dans une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) baptisée Cynique et visant deux organisations qui tentaient d’importer de la cocaïne au Québec. Selon la preuve, Arena avait joué le rôle d’intermédiaire entre un fournisseur et un acheteur, Louis Vigeant, pour l’importation de 275 kg de cocaïne, évalués à 2 millions de dollars. Mais ce qu’Arena ignorait, c’est que Vigeant, un ancien criminel, était devenu agent civil d’infiltration pour la GRC.

Piero Arena, un vieux routier du crime dont la famille a gravité dans l’entourage des Cotroni à l’époque de la prédominance calabraise de la mafia montréalaise, aurait été observé par les policiers durant l’enquête Colisée, qui a décapité la mafia sicilienne en novembre 2006.

En 2002, Piero Arena avait été arrêté avec plusieurs individus dans le cadre d’une enquête baptisée Trèfle sur des importations de cocaïne. Il avait été condamné à quatre ans pour complot.

Il avait également été condamné à 57 mois aux États-Unis pour une autre affaire d’importation datant de 1996.

Déjà ciblé une première fois ?

Arena était attablé sur la terrasse du bar-café Sorrento, situé à l’angle des rues Jean-Talon et des Angevins, le 22 juillet dernier, lorsqu’un individu a ouvert le feu en plein après-midi, blessant un autre client avec des éclats de verre.

Des sources croient que c’est Arena qui aurait été visé lors de cet attentat raté survenu dans un établissement qu’il fréquentait.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE, ARCHIVES LA PRESSE

Piero Arena était attablé sur la terrasse du bar-café Sorrento, situé à l’angle des rues Jean-Talon et des Angevins, le 22 juillet dernier, lorsqu’un individu a ouvert le feu en plein après-midi.

Selon nos informations, Piero Arena aurait été attablé avec quelques individus, dont un membre des Hells Angels, lorsque le tireur est apparu et aurait échappé le chargeur de son arme avant de le récupérer et d’ouvrir le feu.

D’après certains renseignements, Arena aurait eu des dettes. L’enquête a été confiée à la Division des crimes majeurs du SPVM.

Pour joindre Daniel Renaud en toute confidentialité, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.