Bardeaux soufflés, arbres déracinés, amas de débris et surtout, mines désemparées d’un voisinage qui n’a pas fermé l’œil de la nuit. Frappés par une tornade de catégorie 2, des résidants de Mascouche se sont réveillés dans les décombres mardi matin. Plusieurs sont attristés par la perte de leur voisin Jacques Lefebvre, mort dans l’évènement destructeur.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Il suffit de marcher cinq minutes à l’angle du croissant Nelligan et de l’avenue de Louvain pour constater l’étendue des dégâts. Les passants en pyjama, les bras croisés, enjambent des chaises de patio, des bouts de toit et un panier de basket à moitié détruit.

Michel Vachon ramasse d’un air stoïque les nombreux débris dans sa cour arrière. Son vaste terrain gazonné fait face à un immense champ de soya. À perte de vue, des objets en tout genre : un sac de farine, un canapé éventré, une pelle, un morceau de vélo tordu. « Moi, j’ai perdu juste du matériel. Jacques, lui, il a perdu la vie », dit-il en pensant à son voisin des 30 dernières années.

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Michel Vachon se trouvait avec son voisin Jacques Lefebvre, la victime, lorsque la tornade a surgi.

Michel Vachon et Jacques Lefebvre, un retraité de 50 ans, faisaient des travaux dans la cour avant que la tornade surgisse. « En rétrospective, on n’aurait pas dû s’éterniser. J’ai des regrets. Je suis rentré un peu plus tôt. Lui, il a attendu cinq secondes. Cinq secondes de trop. »

Il le décrit comme « un super bon gars. » Le genre de personne qui n’hésitait pas à aller pelleter l’allée de ses voisins une fois l’hiver venu, par gentillesse.

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Une gerbe de fleurs déposée à l’endroit où Jacques Lefebvre est mort.

Au lendemain du drame, des branches d’arbres se balancent avec douceur, poussées par un vent léger. Rien de comparable à la tornade de force 2 survenue lundi après-midi. On parle de vents ravageurs soufflant de 180 à 200 km/h et parcourant trois kilomètres en 15 minutes, selon le météorologue d’Environnement Canada Simon Legault. « Ce n’est pas énorme comme trajectoire. Mais en milieu plus urbain, ça fait des ravages », souligne-t-il.

À titre d’exemple, la tornade survenue à Gatineau en 2018 était de force 3.

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Guylaine Croze constate les dommages à sa maison qui a eu la toiture complètement arrachée.

Mourir dans une tornade est peu commun au Québec. « On recense un mort en 1984 à Blue Sea Lake, en Outaouais, et des morts en 1975 à Saint-Bonaventure, mais on ne garde pas vraiment ces statistiques, affirme M. Legault. Ça reste très, très rare au Québec. »

Un toit et des rêves partis au vent

Guylaine Croze est bouche bée. Le toit de la maison familiale de ses parents est parti au vent. « La boîte électrique est partie. On a l’impression que ce n’est pas vrai tellement c’est spectaculaire. »

En entrant dans la demeure vidée de tous ses meubles, on n’a qu’à lever les yeux pour apercevoir le ciel pluvieux parsemé de nuages gris. Le toit quasi intact – décoré de lumières de Noël – se trouve à quelques mètres, dans la cour.

La maison en construction de Mathieu Hamel et Laurence Barbe n’est plus. « Par chance, on n’était pas là. J’étais en voiture avec mes enfants. Ils ont vu leur maison se détruire sous leurs yeux », explique le Mascouchois en soupirant. En 15 minutes, les rêves d’une petite famille se sont envolés, balayés d’un coup par un vent destructeur.

Sur place, le couple discutait nerveusement avec les assureurs. Tant bien que mal, ils essayent d’éviter les clous et les débris tranchants qui jonchent le sol.

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Laurence Barbe reçoit une accolade de sa mère devant sa maison détruite.

Au milieu des demeures désormais sans porte d’entrée, les experts en sinistre et les équipes d’Hydro-Québec sont là pour aider, mais surtout pour écouter. En matinée, 1200 foyers du secteur touché par la tornade étaient toujours sans électricité. La veille, c’était le double. « La situation s’est améliorée depuis hier soir. Nous avons 40 équipes sur place pour rétablir le service de façon sécuritaire et on fait aussi beaucoup d’écoute pour répondre aux besoins des gens », explique le porte-parole d’Hydro-Québec Alain Paquette, présent sur place.

On indique aux gens de ne pas s’approcher du périmètre. La présence de débris complexifie le travail des 80 travailleurs d’Hydro-Québec.

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Une corvée de nettoyage sera organisée dans les prochains jours pour ceux qui veulent prêter main-forte.

Du côté de la Ville de Mascouche, on annonce qu’une corvée de nettoyage sera organisée dans les prochains jours pour ceux qui veulent prêter main-forte.

Visite de François Legault

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est rendu à Mascouche en fin d’après-midi, au lendemain du drame qui a fait un mort et deux blessés mineurs.

Il a offert ses condoléances à la famille et affirmé qu’il ferait tout en son pouvoir pour aider les personnes touchées par l’évènement, qu’il a aussi observé sur les nombreuses vidéos relayées en ligne.

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Le premier ministre François Legault a rencontré les proches de Jacques Lefebvre lors de sa visite à Mascouche, au lendemain du drame.

« J’ai vu les images, ça a l’air irréel, ça a l’air d’un film d’horreur. »

« Je suis content de voir que les citoyens sont pris en main », a déclaré le premier ministre lors d’un point de presse dans les rues de la ville.

« Si nécessaire, on offrira des compensations », a poursuivi le chef du gouvernement, qui a toutefois bon espoir que les compagnies d’assurances couvrent une bonne partie des dépenses causées par les éléments.

Il est cependant encore trop tôt pour évaluer le coût total des dégâts, a précisé M. Legault.

Avec La Presse Canadienne