Le métier, les médias, la salle de rédaction de La Presse, et vous

François Cardinal François Cardinal
Vice-président à l’information et éditeur adjoint de La Presse

La confiance envers les médias en a pris pour son rhume ces dernières années. Mais au moment où on souligne l’anniversaire de la pandémie, certaines données laissent croire à une embellie.

C’est toujours difficile pour un journaliste de consulter des sondages d’opinion qui le concernent.

Prenez le Baromètre annuel de confiance Edelman dévoilé vendredi : la cote des journalistes est plutôt basse. À peine 52 % des Canadiens leur font confiance en tant que figures d’autorité… Ouch !

Mais l’enquête qui fait le plus mal à l’orgueil est celle de l’Institut de la confiance dans les organisations, à Montréal, qui se vante de publier le « plus important sondage au monde sur la confiance dans les métiers ».

Sur les 76 professions analysées, les journalistes se classent au… 62e rang ! Re-ouch !

On est plus bas que les relationnistes et les entrepreneurs en construction, mais on peut se consoler en se disant qu’on fait mieux que les vendeurs d’autos usagées…

Cela dit, les détracteurs des médias seront déçus s’ils creusent un peu les sondages. Car derrière les quelques chiffres tape-à-l’œil qui font mal paraître les journalistes se cache heureusement une réalité plus nuancée.

Surtout au Québec.

PHOTO MARTIN MEISSNER, ASSOCIATED PRESS

« On voit apparaître depuis quelque temps des enquêtes d’opinion qui tendent à montrer que le “travail essentiel” qu’ont fait les journalistes depuis un an a été remarqué par les lecteurs et les auditeurs », note François Cardinal.

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D’abord, une clarification essentielle qui se perd souvent entre les branches des réseaux sociaux : la crise actuelle que traversent les médias n’est pas une crise de confiance. C’est une crise de revenus publicitaires, point.

Le web est le mur dans lequel s’est encastré le modèle d’affaires des entreprises de presse. Les sources de revenus comme la pub et les petites annonces ont pris le chemin du numérique.

Ce sont donc les dollars qui ont déserté, pas les lecteurs, qui auraient soi-disant perdu toute confiance à l’endroit de ces satanés journalistes et leurs fausses nouvelles !

Un indice : le plus important tirage de La Presse papier avait été établi en 1971, avec un peu plus de 220 000 exemplaires… alors que le numéro de La Presse+ le plus lu a été consulté il y a exactement un an sur plus de 325 000 tablettes !

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Ensuite, disons-le, la baisse de confiance au Québec n’a rien à voir avec celle qu’on observe dans certains pays d’Europe, et surtout aux États-Unis.

Dans plusieurs de ces pays, il faut d’ailleurs parler de méfiance, voire de défiance, tant la confiance est ébranlée pour toutes sortes de raisons, dont les discours de certains chefs d’État populistes, comme Donald Trump, évidemment.

Bien que la confiance envers les médias ait tout de même connu une baisse ces dernières années au Québec, elle demeure « haute », à 59 %, en comparaison de l’ensemble des 27 pays sondés (51 %), selon le baromètre d’Edelman. Et elle affiche même cinq points de pourcentage de plus qu’au Canada (54 %).

Entendons-nous, cela dit, ces chiffres demeurent néanmoins plutôt bas…

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C’est là que la COVID-19 apporte, à sa façon, une lueur d’espoir.

On voit apparaître depuis quelque temps des enquêtes d’opinion qui tendent à montrer que le « travail essentiel » qu’ont fait les journalistes depuis un an a été remarqué par les lecteurs et les auditeurs.

Il n’y avait rien de facile à ce travail en pleine crise sanitaire. Les journalistes étaient tour à tour courroies de transmission du message gouvernemental, agents de santé publique, « pigeons voyageurs » — pour reprendre l’expression du DArruda — et chiens de garde des autorités… et critiqués pour faire l’un comme l’autre.

Ils devaient aussi être experts en épidémiologie, vulgarisateurs scientifiques et porteurs, bien malgré eux, des stratégies de la Santé publique, sur lesquelles s’appuyait l’adhésion de la population à des contraintes nécessaires, mais jamais vues de notre vivant.

Or, ce que tendent à démontrer les premières enquêtes d’opinion, c’est que les citoyens trouvent que les journalistes se sont bien acquittés de leur tâche, plus importante que jamais en raison des circonstances, de l’anxiété ambiante et de la gravité des enjeux.

La firme SOM a posé la question l’été dernier, et une majorité des répondants (61 %) considéraient que les médias d’ici avaient brossé un portrait fidèle de la situation au Québec, donnant des informations fiables et abordant des sujets pertinents.

Edelman note, pour sa part, une « hausse modérée » de la confiance envers les médias au Canada.

Et le 34e Baromètre de confiance dans les médias du journal La Croix, publié en janvier dernier, a révélé qu’après plusieurs années marquées par une dégradation de la relation entre les Français et leurs moyens d’information, on observait une légère hausse de confiance.

Y a-t-il matière à célébrer ? Non, tout de même. La confiance demeure non seulement fragile, mais elle est également plutôt basse en général. Toutefois, le fait qu’elle remonte pour la première fois depuis des années mérite d’être souligné.

Pour écrire à François Cardinal : francois.cardinal@lapresse.ca