Un homme accusé d’avoir tenté de tuer son psychiatre alors qu’il était traité pour des problèmes de santé mentale a bénéficié lundi d’un arrêt du processus judiciaire. Les droits fondamentaux de Joshua Côté-Mashala ont été bafoués, puisqu’il a été privé de médicaments pendant les cinq premiers mois de sa détention.

Publié le 8 févr. 2021
Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

Le 29 octobre 2019 à l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost, le DMario Roy a été attaqué violemment par Joshua Côté-Mashala, qui a depuis reçu un diagnostic de schizophrénie. Le patient l’a poignardé à de nombreuses reprises, avec une paire de ciseaux, dans le dos, dans le cou et au visage. Ce n’est qu’après de longues minutes que des agents de sécurité ont réussi à maîtriser l’agresseur.

En attente de son procès, le jeune homme de 23 ans avait été transféré à la prison de Rivière-des-Prairies. « Aussi impensable que cela puisse paraître », il n’a jamais reçu ses médicaments pendant cinq mois, malgré une ordonnance de la cour, selon une requête en arrêt des procédures déposée par la défense. Ainsi, il aurait été confiné 24 heures par jour dans sa cellule, sans prononcer un mot.

Puisque les droits constitutionnels de Joshua Côté-Mashala ont ainsi été violés pendant sa détention, la défense demandait l’arrêt du processus judiciaire.

Après avoir analysé la requête, c’est effectivement ce que la Couronne a demandé à la juge Patricia Compagnone, lundi matin, alors que son procès pour tentative de meurtre devait s’amorcer. Notons qu’il n’a pas été déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux.

En entrevue avec La Presse, la procureure de la Couronne, MGeneviève Langlois, a expliqué que la requête a divulgué des informations sur les conditions de détention de l’accusé qu’elle ne connaissait pas.

« Nous avons estimé que nous devions nous dissocier de ces comportements-là, et ce, malgré la gravité de l’infraction, afin de préserver une justice saine et une justice qui répond aux valeurs de notre société. »

Les parents du jeune homme, présents en salle de cour, ont versé bien des larmes lorsque la juge a annoncé l’arrêt du processus judiciaire. La juge Compagnone a d’ailleurs remercié les avocats pour notamment « l’humanité » dont ils ont fait preuve tout au long de cette affaire, en ajoutant que le tribunal est confronté à « la réalité grandissante » des problèmes de santé mentale.

Après l’audience, l’avocat de la défense, MFrançois Legault, a expliqué que ça faisait des années que les parents de M. Côté-Mashala constataient que la situation mentale de leur fils se dégradait et cherchaient à avoir de l’aide. Le jeune homme était d’ailleurs connu des policiers, qui l’avaient interpellé à quelques reprises. C’est d’ailleurs après avoir été transporté par des agents de la paix à l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost que le Montréalais a tenté de tuer son psychiatre.

D’après son avocat, son client va mieux depuis qu’il a été transféré à l’Institut Philippe-Pinel, en mars 2020, où il a commencé à recevoir la médication ordonnée par la Cour supérieure. Il s’y trouve d’ailleurs toujours.

« Si vous saviez le changement drastique qui s’est opéré à partir du moment où on lui a administré des médicaments ! », s’est exclamé MLegault. « Aujourd’hui, il est doux comme un agneau. Il est d’une personnalité tellement attachante. Ce n’est plus le Joshua malade comme il l’était autrefois. »