Malgré une année chamboulée par la pandémie, des enfants suivis par la DPJ ont pu vivre la magie de Noël grâce à de généreux donateurs, aux efforts du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui chapeaute la direction de la protection de la jeunesse, et à la générosité du chef Jérôme Ferrer, qui met sa créativité culinaire au service d’une bonne cause depuis cinq ans.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

L’heure était aux préparatifs, dimanche après-midi, au centre jeunesse Dominique-Savio, dans le quartier montréalais d’Ahuntsic-Cartierville. Tout sourire, Jérôme Ferrer – propriétaire du restaurant Europea – s’est installé avec aisance dans la vaste cuisine. Avec Rémi Perez, chef de son établissement, ils ont dévoilé les derniers détails du menu conçu sur mesure pour les 80 jeunes des unités.

« On est ultra-prudents cette année, car on a été épargnés par la COVID-19. Il n’y a aucun cas ici, et on souhaite garder ça ainsi », a expliqué Sophie Gagné, intervenante auprès des jeunes.

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Sophie Gagné, intervenante auprès des jeunes

Normalement, c’est M. Ferrer qui accueille les enfants et les adolescents dans la salle à manger du restaurant Europea, haut lieu de la gastronomie.

Ce n’est pas pareil cette année, mais pour nous, c’est une fantaisie de ramener un grand chef ici au centre. Il a la cause à cœur et il peut voir le milieu de vie des enfants.

Sophie Gagné, intervenante auprès des jeunes

Un coup d’œil sur les petits plats soigneusement préparés suffisait pour comprendre que Jérôme Ferrer a voulu offrir aux enfants un menu inoubliable. Salade crémeuse et rémoulade, roulade de saumon fumé et fromage à la crème. On sert en entrée une décadente poutine « sucrée-salée » composée de frites dorées recouvertes d’une sauce onctueuse, parsemées de guimauves et de maïs soufflé au caramel fleur de sel. Le tout orné d’un bas de Noël rempli de friandises.

Le plat principal : un macaroni au fromage avec suprême de dinde à la canneberge à faire frétiller les papilles gustatives les plus exigeantes.

De durs mois chez les jeunes

L’école à distance, le confinement, l’arrêt temporaire des visites : les derniers mois ont été difficiles pour les jeunes de l’unité. « Le vendredi où on leur a dit qu’à partir de là, ils restaient à l’unité et leurs contacts étaient limités pour plusieurs semaines, le moral était bas. Mais les jeunes l’ont finalement pris avec une grande résilience », se remémore Mme Gagné, le sourire pétillant.

« J’ai à cœur cet évènement comme c’est pas permis. Chaque année, c’est mon cadeau à moi. J’ai un petit pincement au cœur cette année, vu l’impossibilité de se rassembler », s’est ému Jérôme Ferrer.

Le cuisinier avait aussi réservé une surprise aux enfants : une invitation à un cours de pâtisserie sur Zoom le 30 décembre prochain.

« On a beaucoup parlé cette année de la nécessité de former un cercle de bienveillance autour des enfants. Pour moi, c’est plus large que les intervenants. Ce sont aussi des gens comme Jérôme, qui ont le cœur sur la main », soutient Assunta Gallo, directrice régionale de la DPJ du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

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Assunta Gallo, directrice régionale de la DPJ du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Aussi généreux que le père Noël

Michaël Maltais ne ressemble pas au père Noël, mais il en possède toute la générosité, si on se fie à l’avalanche de cadeaux qui trône sous son immense sapin.

La distribution de présents est devenue une tradition pour lui et son conjoint Mike Keating.

Ils seront privés de ce précieux moment cette année, mais se sont assurés que les cadeaux parviendraient aux enfants. « Je ne verrai pas les jeunes cette fois, dit-il avec une pointe de regret. Mais je me suis fait un devoir d’acheter tous les cadeaux pour qu’on leur fasse parvenir. »

Avec émotion, il parcourt une épaisse pile de 170 lettres écrites à la main. « Cher Michaël, je vous souhaite de la santé et du bonheur même si je ne vous connais pas », écrit d’entrée de jeu un jeune de 7 ans en grosses lettres moulées. « Je veux vous dire merci, car grâce à vous j’ai des cadeaux », peut-on lire dans une autre lettre à l’écriture plus soignée.

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Michaël Maltais

Dans la plupart des missives, un choix de cadeaux est indiqué timidement à la toute fin. « C’est ce qui nous a le plus touchés, cette année. C’est la gratitude de ces jeunes qui ne pensaient pas recevoir ces cadeaux dans les conditions actuelles. »

« J’espère que si un jour j’ai des sous, je pourrai faire comme vous. »

Michaël Maltais a joint la Fondation du Centre jeunesse de Montréal en juillet dernier pour mettre en œuvre l’opération en s’assurant de respecter les mesures sanitaires.

Le père de famille encourage les donateurs à se montrer généreux en ces temps incertains. « Je pense qu’en fin de compte, il faut penser à l’usager. À l’enfant qui n’a pas demandé à se retrouver là. En tant que donateur, on ne peut pas régler les problèmes des enfants, mais on peut vraiment faire une petite différence. »

L’initiative a une valeur toute particulière, puisque Michaël Maltais a adopté sa fille Marysole par l’entremise de la banque mixte de la DPJ. « Elle sait pour qui sont les cadeaux. Elle comprend, mais je ne pense pas qu’elle réalise encore pleinement qu’elle aurait pu faire partie de ces enfants-là. Un jour, nous allons lui expliquer. »

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Michaël Maltais (à gauche) avec son conjoint Mike Keating et leur fille adoptive Marysole.

Que fait la Fondation du Centre jeunesse de Montréal ?

La Fondation du Centre jeunesse de Montréal intervient dans des situations variées. Offrir des soutiens-gorges à une jeune fille qui ne trouve rien à sa taille. Acheter un lit spécialisé pour un bébé paralysé et aveugle, secoué violemment peu après sa naissance. Financer les cours d’été d’un enfant placé qui a de la douance. L’implication des donateurs est donc primordiale, affirme Fabienne Audette, directrice générale de la Fondation du Centre jeunesse de Montréal. « On est partis en campagne d’urgence à la mi-novembre, car on n’a pas pu tenir nos évènements de financement habituels. Heureusement, les gens ont été très généreux et ont répondu à l’appel. »