Cela aura pris des décennies, mais la mémoire de Louis-Hippolyte La Fontaine, précieux personnage de notre histoire, trouve une nouvelle façon d’être célébrée. La maison qu’il a habitée pendant une bonne partie de sa vie connaît l’étape ultime de sa restauration. Son dévoilement officiel a lieu ce mercredi.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Située au coin de la rue Lucien-L’Allier et de l’avenue Overdale, la demeure s’est débarrassée de son air sinistre et brille maintenant de tous ses feux. Elle est une véritable splendeur. Et constitue également un certain miracle.

  • Située au coin de la rue Lucien-L’Allier et de l’avenue Overdale, la maison de Louis-Hippolyte La Fontaine s’est débarrassée de son air sinistre et brille maintenant de tous ses feux.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Située au coin de la rue Lucien-L’Allier et de l’avenue Overdale, la maison de Louis-Hippolyte La Fontaine s’est débarrassée de son air sinistre et brille maintenant de tous ses feux.

  • Avec l’aide de spécialistes, la firme d’architectes chargée du projet a voulu reconstituer l’apparence qu’avait la maison à l’époque.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Avec l’aide de spécialistes, la firme d’architectes chargée du projet a voulu reconstituer l’apparence qu’avait la maison à l’époque.

  • Des traces de balles datant de 1849 apparaissent toujours sur certaines pierres.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Des traces de balles datant de 1849 apparaissent toujours sur certaines pierres.

  • L’intérieur de la maison est pour le moment vide. Il appartiendra au futur propriétaire de voir à son aménagement et à sa décoration.

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    L’intérieur de la maison est pour le moment vide. Il appartiendra au futur propriétaire de voir à son aménagement et à sa décoration.

  • Vincent H. Kou, vice-président, Développement corporatif et croissance du Groupe Brivia, et Anik Shooner, architecte associée principale de Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Vincent H. Kou, vice-président, Développement corporatif et croissance du Groupe Brivia, et Anik Shooner, architecte associée principale de Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes

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Souvenons-nous de l’épisode malheureux des années 80, où un promoteur sans scrupule avait vidé son intérieur. À l’abandon pendant de nombreuses années, la maison de style néoclassique et Second Empire avait été couverte de graffitis. Ses fenêtres étaient placardées. Quant au terrain, il servait de stationnement.

Je vous parlais dimanche de cadavres urbains. Voilà un bon exemple de cela.

Citée par la Ville de Montréal en 1988 afin de protéger sa valeur patrimoniale et empêcher une démolition complète, la demeure d’une superficie de 6000 pieds carrés a donc été suspendue dans le temps pendant une longue période. Il a fallu la volonté des promoteurs des Groupe Brivia et Groupe Tianco pour qu’elle retrouve son caractère d’origine.

« Quand on a pris possession de la maison, en 2011, il y avait des squatters qui vivaient à l’intérieur, m’a confié Vincent H. Kou, vice-président, Développement corporatif et croissance du Groupe Brivia. On a pris un engagement ferme avec la Ville de Montréal que nous allions la remettre dans son état d’origine. Ce fut un défi, mais un beau défi. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La Maison de Louis-Hippolyte La Fontaine en 2012

Louis-Hippolyte La Fontaine a dirigé, avec Robert Baldwin, le premier gouvernement responsable du Canada-Uni. Il a été un pionnier de la démocratie au pays et a fait en sorte que les députés puissent s’exprimer en français au Parlement.

Mais où fixer l’origine de cette maison qui a été occupée par Louis-Hippolyte La Fontaine de 1849 jusqu’à sa mort, en 1864 ? « Même si la maison a vécu plusieurs époques et transformations, nous avons décidé que nous voulions retrouver la demeure de 1849, explique Anik Shooner, architecte associée principale de Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes, firme responsable du projet. Ce fut un travail complexe, car nous disposions de peu de dessins de cette époque. »

Avec l’aide de spécialistes, la firme a pu reconstituer l’apparence qu’avait la maison à cette époque. Toutes les pierres qui ornent la façade ont été retirées, nettoyées, numérotées. On a pris soin de ne pas effacer les marques du passé. Des traces de balles datant de 1849 apparaissent toujours sur certaines pierres.

En effet, cette maison a une valeur hautement symbolique, car elle fut la cible d’émeutiers après que La Fontaine eut réclamé des dédommagements pour les citoyens francophones qui avaient vu leurs maisons incendiées lors de la rébellion des Patriotes de 1837-1838.

L’argument qu’il aimait avancer était de béton et d’intelligence : « Les Canadiens sont devenus, par les traités, sujets anglais. Ils doivent donc être traités comme tels. » Difficile de contredire une telle pensée.

Motivés par le journal The Gazette, des Canadiens anglais ont incendié le parlement, place d’Youville, avant de s’en prendre le lendemain (26 avril 1849) à la résidence de Louis-Hippolyte La Fontaine.

« Le lendemain, les émeutiers se précipitèrent chez La Fontaine, forcèrent l’entrée de la maison, brisèrent les boiseries et le riche mobilier de style, arrachèrent les appuis des fenêtres et les volets, éventrèrent les planchers et fracassèrent les articles de porcelaine et de verre. Ils mirent le feu aux écuries, brûlèrent plusieurs voitures et déracinèrent une douzaine de jeunes arbres du verger », peut-on lire dans le Dictionnaire biographique du Canada.

Les travaux de restauration, dont les coûts s’élèvent à 6,5 millions de dollars, ont été scrutés par des voisins bienveillants (qui devaient sans doute avoir très hâte de connaître cette étape) et des amoureux du patrimoine montréalais. « Quand ils voyaient une grue, certains s’inquiétaient, raconte Anik Shooner. On les rassurait en expliquant que nous voulions tout refaire et bien le faire. »

En guise de rappel du verger qui s’étendait autrefois devant la demeure sur une très longue distance, on a planté des pommiers sur le terrain adjacent.

L’intérieur de la maison est pour le moment vide. Il appartiendra au futur propriétaire de voir à son aménagement et à sa décoration.

Qui en fera l’acquisition ? C’est la question que plusieurs personnes se posent en ce moment. Quelle vocation aura cette demeure ? Une résidence officielle ? Un musée (sur l’histoire du Canada-Uni) ? Un centre culturel ? Une résidence privée prestigieuse ? Les promoteurs sont prêts à entendre toutes les propositions.

« Le propriétaire devra toutefois s’engager à respecter le caractère historique de la maison », tient à préciser Vincent H. Kou.

Pour toutes les histoires d’horreur survenues récemment, pour toutes les maisons patrimoniales rasées ou malmenées, ce projet est un énorme baume.