Piloté par Scott Francisco, Montréalais d’adoption, le projet « Brooklyn Bridge Forest » a gagné le concours architectural international lancé par la Ville de New York pour repenser le célèbre pont de Brooklyn.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Trois finalistes, choisis parmi plus de 200 propositions provenant de 37 pays, étaient sur les rangs.

La note finale était accordée à 50 % par les membres du jury et à 50 % par les New-Yorkais, invités à voter pour leur concept préféré dans deux catégories, professionnelle (22 ans et plus) et étudiante (21 ans et moins).

La proposition de l’équipe multidisciplinaire et internationale dirigée par Scott Francisco, dont la firme Pilot Projects Design Collective est établie à Montréal, a récolté le plus grand nombre de votes du public dans la catégorie professionnelle.

« Pensiez-vous gagner ?

– Non ! lance M. Francisco au bout du fil. Nous étions sceptiques, mais nous avions très confiance dans nos idées. »

Les projets finalistes accordaient tous une plus grande place aux cyclistes et aux piétons et réduisaient l’espace réservé aux voitures. Mais une des choses qui distinguaient la proposition de l’équipe de Scott Francisco de celles de ses concurrents est l’utilisation du bois durable pour reconstruire la passerelle du pont, aménager des belvédères et de nouvelles voies pour les vélos.

« Les autres équipes avaient différentes idées, dont quelques-unes qui se chevauchaient. Mais la nôtre consistait à dire : ‟hé ! le bois est une partie importante de l’expérience du pont de Brooklyn, ça fait partie de notre histoire. Nous voulons que nos enfants et nos petits-enfants vivent la même expérience du pont que celle de nos arrière-arrière-grands-parents" », explique l’urbaniste et stratège en design.

IMAGE FOURNIE PAR PILOT PROJECTS DESIGN COLLECTIVE

La coupe montre les nouvelles pistes cyclables aménagées au niveau inférieur du pont de Brooklyn pour vélos et la rénovation de la promenade. Les voies pour les vélos, la passerelle et les belvédères sont construits avec du bois provenant d’une forêt partenaire.

Bois écologique

Cette proposition triple aussi l’espace voué au transport actif et crée de mini-forêts et des espaces verts biodiversifiés dans la ville, aux deux extrémités du pont ouvert en 1883 pour relier les quartiers de Manhattan et de Brooklyn. Des marchés éphémères sont aménagés dans les voûtes d’ancrage de la structure pour la vente de produits locaux et des services comme « Recycle-A-Bicycle », qui offre de la formation et encourage l’utilisation quotidienne du vélo.

Le bois nécessaire pour ce projet proviendrait d’une forêt tropicale du Guatemala pour laquelle on a établi un partenariat pour la conservation de 200 000 acres.

Une première phase prévoit l’aménagement rapide de pistes pour les vélos sur le niveau inférieur du pont.

L’idée n’est pas entièrement nouvelle. M. Francisco y travaille depuis plus de 10 ans. Il en a eu l’idée à la fin des années 2000 alors qu’il habitait à Brooklyn et qu’il traversait régulièrement le pont pour se rendre à Manhattan.

IMAGE FOURNIE PAR PILOT PROJECTS DESIGN COLLECTIVE

Des belvédères ont été ajoutés le long de la promenade pour permettre aux visiteurs d’admirer la vue.

Mariage sur le pont

« Le pont de Brooklyn a toujours été une célèbre structure d’un point de vue historique », dit-il, ajoutant que c’est là qu’il a scellé son union.

À partir de 2010, avec son équipe, il a entrepris des pourparlers avec les autorités de New York pour aménager une vaste promenade en bois durable pour les piétons et les vélos. Mais le projet n’a pas abouti. Il était sur le « backburner » (en veilleuse) depuis quelques années quand le concours architectural a été lancé, en février.

Sur le coup, M. Francisco et son équipe ont été surpris, pour ne pas dire déçus, de ne pas avoir été prévenus avant. Le concours a été organisé par l’Institut Van Alen, de concert avec le conseil municipal de New York, au moment où on ne se doutait pas encore, du moins aux États-Unis, des ravages qu’allait causer la COVID-19.

IMAGE FOURNIE PAR PILOT PROJECTS DESIGN COLLECTIVE

Des marchés éphémères sont aménagés dans les voûtes d’ancrage de la structure pour la vente de produits locaux et des services.

M. Francisco a aussitôt pris la décision de soumettre une proposition. Il a rassemblé 12 personnes, dont cinq Montréalais, pour plancher sur le nouveau concept, réaliser les visuels et une vidéo explicative. Il a notamment recruté deux anciens étudiants de l’Université McGill en architecture, Arianne Pizem et Alexandre Rossignol, qui ont fait la moitié des visuels pour la compétition architecturale.

La proposition a évolué au fil des semaines pour tenir compte des impacts de la pandémie qui rendait encore plus criants les besoins de transport actif dans la ville.

IMAGE FOURNIE PAR PILOT PROJECTS DESIGN COLLECTIVE

Des espaces verts sont créés aux deux extrémités du pont ouvert en 1883 pour relier les quartiers de Manhattan et de Brooklyn.

Lettre à la mairesse

« Le projet sera-t-il réalisé ?

– Pour être totalement franc, il n’y a pas de garanties », répond l’urbaniste.

Le conseil municipal de New York a fait savoir qu’il comptait s’inspirer des meilleures idées des projets finalistes pour élaborer un concept final même si le grand gagnant est le « Brooklyn Bridge Forest ». Certains aménagements pourraient être réalisés rapidement alors que d’autres risquent de prendre deux ou trois ans.

Le 18 août, M. Francisco a contacté la mairesse de Montréal, Valérie Plante, pour lui proposer sa collaboration.

« Gagner ce concours d’idées nous a donné une plateforme mondiale. Notre objectif est maintenant de voir comment nous pouvons concrétiser ces idées à New York et dans d’autres villes du monde », écrit-il dans une lettre adressée à la mairesse Plante qu’il nous a fait parvenir.

« Nous aimerions explorer comment une ‟forêt partenaire” qui a une richesse symbolique pourrait répondre à certains objectifs à court et à long terme de Montréal. Nous pensons que cela pourrait avoir un impact tout aussi novateur et mettre en valeur le travail de Montréal pour soutenir les environnements qui nous soutiennent tous », ajoute-t-il.