(Montréal) Un projet dévoilé jeudi par la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais mobilisera la réalité virtuelle pour sensibiliser les aînés à la maltraitance, à l’intimidation et à l’âgisme dont ils pourront être victimes, souvent sans même en être conscients.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Le projet « Ateliers 360 pour les aînés » s’inspire du projet « Ateliers 360 » qui a été déployé dans les écoles pour développer l’empathie et les compétences émotionnelles et relationnelles.

Le nouveau programme s’appuie sur les travaux de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées de l’Université de Sherbrooke, dont Marie Beaulieu est la titulaire.

« On utilise la réalité virtuelle pour mettre les gens dans un contexte d’immersion, donc on va chercher tout un aspect sensoriel qu’on n’allait par chercher avec toutes les autres activités de sensibilisation auparavant », a expliqué Mme Beaulieu.

La réalité virtuelle permettra ainsi de camper les participants dans un rôle de témoin, d’où ils observeront trois situations différentes : une de maltraitance, une d’intimidation et une d’âgisme, a-t-elle ajouté.

« Et après ça, dans les animations/discussions qu’on fait avec les gens, on leur demande de se projeter dans les différents rôles, donc comment ils se sont sentis comme témoins, comment ils se seraient sentis s’ils avaient été dans la peau de l’aîné, comment ils se sentiraient aussi s’ils étaient dans la peau des gens qui font subir de la maltraitance, de l’intimidation ou de l’âgisme, et qui ne sont pas toujours conscients de ce qu’ils font », a précisé Mme Beaulieu.

Car « une des grandes caractéristiques, surtout de la maltraitance envers les aînés et aussi de l’âgisme », rappelle-t-elle, « c’est que les gens vont le faire sans être nécessairement dans une intention malveillante, donc de vouloir faire du tort ou nuire à quelqu’un ».

Cybermalaise

Cela étant dit, le choix d’avoir recours à la réalité virtuelle pourra surprendre, puisqu’on sait bien que les aînés ressentent parfois un « cybermalaise » face aux nouvelles technologies qu’ils trouvent intimidantes et qu’ils peinent à s’approprier.

« Dans la mesure où les aînés sont confiants et se sentent capables d’utiliser une technologie, généralement il n’y a pas d’hésitation à l’utiliser, ils sont ouverts à en faire le test, a assuré Kevin St-Martin, un étudiant à la maîtrise qui participe à cette initiative. Le recul des aînés n’est pas si important que ça. Il est souvent présent plus au départ. Une fois qu’on leur parle et qu’on leur présente l’idée de façon générale, si on prend le temps de s’asseoir avec eux et d’en discuter, une fois qu’on leur a bien présenté la chose, ils sont vraiment ouverts à l’idée d’utiliser la technologie.

« C’est sûr que si on leur laisse le casque entre les mains et qu’on leur dit de se débrouiller, ce ne sera pas le même plaisir d’utilisation, et ça se peut qu’ils ne l’ouvrent jamais. Mais si c’est bien accompagné et bien encadré, ça peut être une expérience vraiment intéressante. »

Les aînés victimes de maltraitance pourront avoir besoin d’un long moment avant d’en prendre conscience, ajoute Mme Beaulieu. Et une fois cette prise de conscience faite, ils pourront être très hésitants à demander de l’aide.

« On peut penser que c’est la même chose par rapport à l’intimidation, a-t-elle dit. On a mené un projet de recherche […] l’année dernière et on voyait que c’était à peu près les mêmes freins aux demandes d’aide et des leviers qui étaient aussi très similaires. Et finalement, par rapport à l’âgisme, on se rend compte que les gens vont le subir, ça va les choquer, mais ils ne savent pas toujours comment y réagir. Donc les aînés ne seront jamais trop sensibilisés. »

Ce programme pourra être déployé partout où on trouve des aînés. Les responsables espèrent le faire tester par environ 150 personnes au cours des trois prochains mois, afin de vérifier si des ajustements sont nécessaires.

Environ 16 % des aînés qui habitent encore chez eux seraient victimes de maltraitance. On ne dispose pas de chiffres concernant ceux qui sont en hébergement, ou encore concernant l’âgisme ou l’intimidation.