Elle a remporté deux médailles d’or à la Coupe du monde de Montréal, le week-end dernier, en plus d’établir un record du monde. Tout cela quelques mois à peine après avoir songé sérieusement à accrocher ses patins. Âgée de 24 ans, la patineuse de vitesse courte piste figure déjà comme la vétérane de l’équipe canadienne. Kim Boutin est notre personnalité de la semaine. 

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Kim Boutin ne pouvait pas ne pas être choisie personnalité de la semaine.

Depuis le début de la saison, la patineuse de vitesse sur courte piste ne fait que gagner des médailles d’or à ses épreuves individuelles. 

Le week-end dernier, à la Coupe du monde de Montréal, la jeune femme, qui aura 25 ans à la mi-décembre, a remporté le 1000 m et le 500 m, où elle a réalisé un record du monde.

Difficile d’imaginer qu’il y a quelques mois, elle songeait à abandonner la compétition.

« Cet été, je me suis beaucoup questionnée sur l’idée d’arrêter le patin », confie en entrevue la jeune femme originaire de Fleurimont, un secteur de Sherbrooke.

« Perdre des coéquipiers m’a beaucoup ébranlée », explique-t-elle, parlant du départ de Kasandra Bradette et de Samuel Girard, qui ont annoncé en mai dernier leur retraite de la compétition. 

Ça a été plus long et plus difficile que je pensais, ma réflexion par rapport à tout ça. Je me suis demandé de quelle façon j’avais envie de continuer.

Kim Boutin

Soudainement, la jeune femme devenait la vétérane du groupe. « Peut-être un peu trop tôt. »

Puis elle est partie aux Pays-Bas s’entraîner avec sa grande rivale, Suzanne Schulting. « Au Canada, c’est assez rare qu’on fasse ça. En Europe, moins », explique la Québécoise. 

« J’avais besoin de comprendre certains aspects de moi. »

L’exercice a été formateur. Kim, qui carbure aux objectifs, a compris où elle avait peur d’aller. Il lui fallait trouver de nouvelles façons de se pousser, de se lancer des défis. Et ça s’est clarifié durant ce passage.

Ça peut sembler étrange, mais la jeune femme a compris notamment qu’une de ses faiblesses était la très haute vitesse. « J’avais des craintes », admet-elle. Il lui fallait surmonter cette peur. Se « désensibiliser ». Sortir du confort. Le résultat, on l’a vu sur le 500 m. « C’était encore plus gratifiant de savoir que c’est parce que moi, j’ai décidé d’y faire face. »

Bientôt, le 24 novembre, Kim partira pour l’Asie, pour deux autres championnats de Coupe du monde. À Nagoya, au Japon, et Shanghai, en Chine. Elle a donc peu de temps pour sérieusement recharger la batterie.

Et quel est le plan pour 2020 ?

Kim le dit sans hésiter : elle vise le titre de championne du monde au championnat qui aura lieu en Corée. Ce sera la dernière fois, explique-t-elle, que le titre sera décerné pour couronner l’athlète qui aura patiné le plus vite sur toutes les distances (500 m, 1000 m et 1500 m). 

Après 2020, le titre sera divisé par distances, pour encourager les patineuses à se spécialiser. 

Retour en Corée

Autre particularité de ce championnat à Séoul en à 2020 ? Ce sera la première fois, dit-elle, qu’elle retournera en Corée du Sud depuis les Jeux olympiques de PyeongChang, en 2018. « Il va falloir que je me prépare à ce sujet. »

Vous vous rappelez ? À PyeongChang, une super championne sud-coréenne, grande vedette dans ce pays où le patinage de vitesse est une religion, a été disqualifiée en raison d’un accrochage de lames avec la jeune Québécoise. Cela a créé une immense controverse, obligeant Boutin à fermer tous ses comptes sur les réseaux, tant la vague de déception exprimée par les Sud-Coréens était grande. Elle a même reçu des menaces de mort. Mais cela n’a pas empêché l’athlète de gagner par la suite une autre médaille. C’est ainsi qu’elle est repartie des Jeux avec trois médailles, deux de bronze et une d’argent.

Bref, elle devra prendre soin d’elle, se protéger avant d’arriver là-bas.

Et à long terme, à quoi ressemble l’avenir ?

Kim ne le sait pas. L’éducation spécialisée, le domaine où elle a étudié, demeure une passion. Elle sait qu’elle veut un jour avoir des enfants et me parle en entrevue de sa nièce qui a presque 2 ans et dont elle s’ennuie. Sa famille, un père évaluateur pour la Ville de Sherbrooke, une mère qui travaille au ministère de la Culture, est toujours en Estrie avec ce frère aîné qui est maintenant père de famille, mais qui est celui qui, naguère, faisait du patinage de vitesse et a donné à la petite Kim l’idée de se lancer là-dedans elle aussi, à l’âge de 8 ans. « J’ai hâte aux bébés », dit-elle en terminant l’entrevue. Mais en attendant, il y a des coupes du monde et un championnat du monde à gagner.

Kim Boutin en quelques choix

Un film

Les intouchables. Elle nous avait dit la même chose lorsqu’elle avait été choisie personnalité de la semaine la première fois, et n’a pas changé d’idée depuis. Le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano, mettant en vedette Omar Sy et François Cluzet. Le long métrage de 2012 raconte l’histoire d’un homme richissime confiné à son fauteuil roulant, qui se lie d’une amitié improbable et forte avec le jeune un peu paumé qui l’aide au quotidien. 

Un livre

La liste de Siobhan Vivian

Un personnage contemporain

Fred Pellerin

Une phrase

« Apprendre à se tenir debout. » Une phrase de Fred Pellerin justement. 

Une cause

La Fondation OLO, organisme qui offre de l’aide nutritionnelle aux femmes enceintes et à leur famille en milieux défavorisés, vulnérables.