La première étude du genre jamais réalisée montre que les personnes tatouées préfèrent vivre dans le moment présent et sont plus impulsives que la population en général.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Popularité record

Les tatouages n’ont jamais été aussi répandus : leur popularité est l’un des plus importants phénomènes culturels en Occident. « Il y a deux générations à peine, les tatouages étaient réservés aux criminels, aux marins et aux phénomènes de foire, notent les auteurs. Aujourd’hui, pas moins de 40 % des Américains âgés de 26 à 40 ans ont au moins un tatouage. » Or, même si les tatouages sont plus fréquents, les stéréotypes qui s’y rattachent ne se sont pas envolés pour autant. « Un tatouage engendre potentiellement des conséquences à long terme sur l’employabilité, les revenus et la réussite professionnelle », écrivent les auteurs, qui se sont appuyés sur plusieurs études montrant que les personnes qui ont un tatouage visible sont moins susceptibles de décrocher un emploi, et ce, dans des domaines variés.

Opinion importante

On pourrait croire que les personnes ayant un tatouage visible ne s’intéressent pas à l’opinion que les autres se font d’elles. Or, ce n’est pas le cas, ont réalisé les chercheurs. « Nous présentons la preuve que les gens tatoués se soucient autant de l’opinion des autres que les gens non tatoués, mais qu’ils surestiment le degré d’acceptation des tatouages dans la société en général. » Pour réaliser leur étude, les chercheurs ont interviewé 1104 Américains. De ce nombre, 781 n’avaient pas de tatouage, 255 avaient un ou des tatouages pouvant être dissimulés par des vêtements et 68 avaient des tatouages visibles en tout temps (visage, mains, cou). Ils les ont ensuite questionnés sur leurs décisions dans trois domaines : la santé, les finances et la vie sociale.

Moins tournés vers l’avenir

Résultat : les gens ayant des tatouages et plus encore ceux qui ont des tatouages non dissimulés par les vêtements sont plus impulsifs et moins tournés vers l’avenir que les personnes non tatouées. « Pratiquement rien ne vient mitiger ce résultat – ni le nombre de tatouages ni la raison derrière le tatouage, le temps écoulé depuis le plus récent tatouage ou l’âge auquel la personne s’est fait tatouer pour la première fois. » Les chercheurs ont même établi la direction du lien de causalité. « Les tatouages ne causent pas une vision à court terme. Au contraire : ils sont l’expression d’une vision à court terme », écrivent-ils.

Surprise

En entrevue, Bradley Ruffle, professeur au département d’économie de l’Université McMaster et coauteur de l’étude, signale avoir été surpris par ces résultats. « D’une part, nous avions prévu que les personnes tatouées, en particulier celles qui ont des tatouages visibles, feraient preuve de plus de pensée à court terme et d’impulsivité que leurs pairs non tatoués. D’autre part, les tatouages sont devenus si courants dans toutes les couches de la société qu’un non-résultat, à savoir l’absence de différences observées en matière de pensée ou d’impulsivité, ne nous aurait pas surpris. Une constatation qui nous a surpris est que les femmes ayant des tatouages qui peuvent être facilement cachés sont une exception et la seule exception : elles ne pensent pas à court terme ou ne sont pas plus impulsives que les femmes non tatouées. Notre explication préférée pour ce résultat est qu’il est plus socialement acceptable que les femmes ornent leur corps et leur visage avec du maquillage, des bijoux et des piercings, par exemple. »

Discrimination asymétrique

Les chercheurs anticipent aussi qu’avoir un tatouage visible peut nuire à l’employabilité dans certains domaines, mais avoir un effet neutre ou même aider dans d’autres. « Nous nous attendons à voir un grand niveau de discrimination dans les domaines où la patience et les aptitudes de planification sont valorisées. Les gens réagissent de façon beaucoup plus négative à un médecin tatoué qu’à un mécanicien tatoué. » À l’inverse, les tatouages pourraient avoir des connotations neutres ou même positives dans des domaines ou l’instinct et la prise rapide de décision ont le dessus. « Les tatouages sont pratiquement la norme chez les athlètes professionnels, les artistes, les acteurs et les barmans. Ils peuvent être un plus dans les domaines où la spontanéité, la créativité et l’audace ont préséance. »