Normand Gravel était à bord d’un hydravion qui s’est écrasé en 2001. L’appareil, qui a été reconstruit, est celui-là même qui a sombré dans un lac au Labrador le 15 juillet.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Quand Normand Gravel a appris qu’un hydravion d’Air Saguenay s’était écrasé au Labrador, tuant ses sept occupants, il a aussitôt pensé à son propre écrasement, survenu en 2001.

Avec raison : c’était le même appareil, exploité par la même compagnie.

Le Beaver immatriculé C-FJKI s’était déjà écrasé, il y a près de 20 ans, près du lac Perdu au Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’avion avait subi des dommages majeurs – notamment une aile arrachée –, mais avait été reconstruit.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE BEAVER TAILS

Le Beaver C-FJKI est sorti de l’usine en 1956 et a été impliqué dans quatre accidents depuis.

Le 7 juillet 2001, le docteur Gravel se rendait d’une pourvoirie à un lac isolé avec des camarades de pêche « dans l’espoir d’attraper la truite monstre » lorsqu’un mur de brouillard s’est présenté devant l’appareil.

La météo était déjà mauvaise. « Quand on a embarqué dans l’appareil, mon ami mangeait des amandes. Je lui ai dit que c’était un drôle de dernier repas », s’est rappelé Normand Gravel en entrevue avec La Presse.

« Habituellement, ils trouvent des morts »

Sa prophétie a failli se réaliser. En volant à basse altitude pour contourner le brouillard, le pilote du Beaver a heurté des arbres sur une montagne. L’avion s’est écrasé.

« L’aile s’est arrachée, a continué le médecin. On a frappé le sol assez fort. » 

L’accident ressemble un peu à celui survenu au Labrador : eux ont plongé dans un lac plutôt que de plonger dans une montagne.

Normand Gravel

Les cinq occupants de l’appareil ont eu plus de chance que ceux qui se trouvaient dans le même avion 18 ans plus tard. Fractures, commotions et contusions valent mieux que la fin brutale qui attendait les sept victimes de l’écrasement survenu au lac Mistastin, dont le pilote Gilles Morin.

Les recherches continuaient pour retrouver les quatre corps manquant à l’appel, cette semaine. L’un d’eux a été retrouvé hier.

La Gendarmerie royale du Canada a expliqué que dans ce lac extrêmement profond et long de 16 kilomètres, les plongeurs cherchaient « une aiguille dans une botte de foin ». Des vents violents et de fortes pluies auraient déplacé l’appareil dans le plan d’eau, croit le corps de police.

En 2001, des parachutistes militaires ont été déployés pour secourir les accidentés. « Les gars de l’armée étaient contents parce qu’habituellement, ils trouvent des morts », a relaté M. Gravel. Il a été placé sur une civière et hissé dans un hélicoptère à l’aide d’un treuil.

Être conscient des risques

Dix-huit ans plus tard, Normand Gravel continue à pêcher, mais en chaloupe plutôt qu’en hydravion. Il a toujours de la difficulté à rester calme dans un véhicule dont il n’a pas le contrôle.

Le médecin veut surtout faire passer un message : un voyage en hydravion pour aller pêcher est toujours excitant, mais présente un risque réel pour les voyageurs.

L’avion de ligne « est un moyen de transport extrêmement sécuritaire, où les taux de mortalité sont les plus faibles par rapport aux autres moyens de transport », dit-il. 

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que les risques de se tuer dans les petits avions comme ça, ce n’est pas comparable. C’est une autre game. Et je ne suis pas sûr que les gens qui s’embarquent le réalisent.

Normand Gravel

La saison de la pêche est courte dans le nord du Québec, et les entreprises du secteur peuvent être tentées de tout faire pour ne pas perdre une journée à cause du mauvais temps. Les clients qui font pression sur le transporteur ou sur le pilote pour partir malgré une météo difficile risquent gros eux aussi, a ajouté le médecin.

Le Beaver C-FJKI est sorti de l’usine en 1956 et a été impliqué dans quatre accidents depuis. Trente ans avant l’accident de 2001, un passager avait été grièvement blessé lorsque l’avion avait piqué du nez.

Hier, Air Saguenay n’a pas rappelé La Presse.

— Avec La Presse canadienne