Les citoyens des zones inondables sont toujours en état d’alerte dans plusieurs régions du Québec. Pour bien des résidants, cela se traduit par une suite de courtes nuits, un état de nervosité constant, une irritabilité accrue. Des équipes d’intervenants psychosociaux sont déployées un peu partout au Québec pour leur venir en aide.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Des intervenants psychosociaux travaillent sans relâche dans plusieurs régions de la province. Ils frappent aux portes avec des policiers ou des pompiers, font des suivis au téléphone et vont eux-mêmes à la rencontre des citoyens.

« Dans ces situations, ce qu’on voit, c’est de l’insomnie, de l’hypervigilance, témoigne Martin Métivier, chef de division d’Urgences sociales du Service de police de Laval, au téléphone. Les gens s’épuisent, ils sont à fleur de peau. Ils vont manger moins, perdre l’appétit. »

Son équipe, comme d’autres un peu partout au Québec, s’efforce à ce stade de répondre aux besoins des plus vulnérables, mais elle exhorte aussi la population à aller chercher de l’aide pour prévenir la détresse.

« Il ne faut pas avoir peur d’en parler », dit M. Métivier. Il appelle aussi les gens à être attentifs aux signes d’épuisement. 

« Quand on parle d’hypervigilance, ça peut être quelqu’un qui réagit au moindre bruit, qui dit : “J’entends l’eau rentrer”, même si elle n’entre pas. » — Martin Métivier, d’Urgences sociales

Le travail continuera bien après le retrait des eaux, selon l’ampleur du sinistre. « En 2017, on avait fait des cafés-rencontres et des groupes de gestion de l’anxiété », précise au téléphone Mathieu Allaire, coordonnateur aux mesures d’urgence et en sécurité civile du CISSS de la Montérégie-Ouest. « En ce moment, on voit beaucoup de fatigue, note-t-il. Il ne faut pas attendre d’atteindre le niveau où on n’est plus capables. » Il ne faut pas hésiter à demander un peu de répit aux proches non touchés, ajoute-t-il.

Les intervenants invitent aussi les gens inquiets pour une connaissance ou un voisin à ne pas hésiter à contacter le numéro d’urgence publié sur les sites des municipalités.

L’Île Bigras bientôt isolée ?

Dans l’île Bigras, l’équipe de M. Métivier a aussi accompagné une femme âgée pour laisser sa voiture de l’autre côté du pont et faire le trajet avec elle.

Hier soir, la Ville de Laval, dont fait partie l’île, suivait de près l’évolution de la rivière des Prairies, envisageant la fermeture du pont temporaire, seul accès en voiture à l’île Jésus.

Mark Leblanc, un citoyen rencontré sur place, avait lui aussi laissé son véhicule de l’autre côté du pont. Cette année, il s’est bien préparé grâce à un drain installé devant sa maison par le propriétaire précédent. L’homme de 44 ans, qui a toujours vécu dans l’île, n’a pas l’intention de déménager. « On aimerait seulement avoir l’heure juste, soupire-t-il. Pourquoi il y a tant d’eau ? »

Si le gouvernement du Québec a subventionné plusieurs projets après les inondations de 2017 pour être mieux préparé, ils ne sont pas encore opérationnels. Et les prévisions restent difficiles à faire.

« Il faut les prévisions météorologiques — pas que la pluie, mais aussi la température qui affecte la fonte de la neige —, il faut entrer le couvert de neige et les prévisions sur le débit des rivières à certains points… Ce n’est pas simple », explique Pascale Biron, professeure d’hydrogéomorphologie à l’Université Concordia. S’ajoute à ça le calcul selon les bassins versants.

Le pire scénario, selon Mme Biron, serait une température très douce et de la pluie. Mince réconfort pour les sinistrés : si Environnement Canada annonce des précipitations demain, le mercure restera assez bas samedi.

Des prévisions précises… fin 2020

Au printemps 2021, des riverains pourront suivre l’évolution des cours d’eau et obtenir des prévisions précises sur leur évolution pour les trois prochains jours. Les prévisions d’Environnement Canada, combinées à une mesure de l’eau grâce à 40 stations limnimétriques, permettront de suivre l’évolution des rivières en temps réel. « Ça va être extrêmement précis », souligne Cédric Marceau, chef de projet du bureau de gestion des inondations de la Communauté métropolitaine de Montréal. Les stations devraient être réparties du barrage Carillon jusqu’aux environs de Terrebonne ou Repentigny et entrer en fonction à la fin de l’année 2020.

De la pluie demain

Demain, « la pluie pourrait être significative », a dit le météorologue d’Environnement Canada Alain Roberge. De 15 à 40 mm de pluie pourraient tomber sur Montréal, l’Estrie, la Beauce, Québec. L’écart entre les prévisions s’explique par une grande variabilité du système, a expliqué M. Roberge. Les températures attendues samedi ne risquent toutefois pas d’accélérer la fonte des neiges : à Montréal, on attend 7 °C le jour et -1 °C la nuit, tandis qu’à Gatineau, le mercure pourrait s’élever à 4 °C le jour.

Bilan sur le terrain

Hier soir, on comptait 2499 résidences inondées et 972 personnes évacuées au Québec. Le nombre de sinistrés réintégrés dans leur résidence en Beauce a fait baisser le bilan, même si un plus grand nombre de personnes ont dû être évacuées en Outaouais, dans les Laurentides, dans Lanaudière et en Mauricie. Pas moins de 2177 résidences se trouvaient isolées hier. La neige de secteurs plus au nord vient contribuer aux crues printanières. De Gatineau à Montréal, les eaux ont continué à monter. — Avec La Presse canadienne

Trudeau enfile les bottes de pluie à Gatineau

Bottes de pluie aux pieds, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a constaté hier l’évolution de la crue des eaux à Gatineau en soulignant que les catastrophes naturelles surviendraient « de plus en plus souvent », tout en retroussant ses manches de chemise pour contribuer à la préparation de sacs de sable dans un quartier touché par les inondations.

Justine Mercier
Le Droit

Au cours d’une visite d’une quarantaine de minutes sur le sol gatinois, M. Trudeau s’est arrêté au centre d’aide aux sinistrés de la rue Jean-René-Monette, dans le Vieux-Gatineau, pour rencontrer des citoyens touchés par la deuxième crue d’importance à survenir dans la région en trois printemps.

Accompagné notamment du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, le premier ministre Trudeau a déclaré que des catastrophes naturelles de la sorte allaient se répéter « de plus en plus souvent » en raison des changements climatiques.

« Il va falloir qu’on continue à travailler ensemble, qu’on regarde avec les résidants comment on va pouvoir accepter que c’est une nouvelle réalité à laquelle on va faire face dans les années à venir », a-t-il dit.

« Il faut commencer à penser à comment on va s’adapter, comment on va aider les gens. »

M. Trudeau avait tenu un discours similaire lors d’une visite dans le quartier Pointe-Gatineau lors de la crue historique de mai 2017.

« Il va falloir qu’on ait des réflexions, avait-il alors indiqué. Si on a des situations qui sont censées arriver tous les 100 ans seulement qui arrivent toutes les décennies ou tous les deux ou trois ans, il va falloir qu’on pense à comment on bâtit nos villes, comment on prévoit nos infrastructures. »

Fonds « insuffisants »

Maxime Pedneaud-Jobin a profité de la visite du premier ministre pour dire que les fonds actuellement alloués par Ottawa pour l’adaptation aux changements climatiques étaient « clairement insuffisants » à ses yeux et qu’il faudrait donc que le fédéral augmente ses investissements en la matière.

« Nous le reconnaissons », a aussitôt réagi le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon. Ce dernier a fait savoir qu’il revendiquait notamment auprès de sa collègue ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, « qu’il y ait une deuxième phase » au programme fédéral. — Avec La Presse canadienne

Chaudière-Appalaches: les employés de la boulangerie Vachon craignent une fermeture

Les employés de la boulangerie Vachon de Sainte-Marie, en Beauce, craignent une fermeture de l’usine endommagée par les inondations, bien que l’employeur ne donne pour l’instant aucune indication en ce sens. Selon leur syndicat, les employés redoutent que l’usine ne survive pas au coup d’eau historique qui a frappé le centre-ville de Sainte-Marie, où est située la boulangerie. « Les membres craignent une fermeture », a dit le conseiller syndical Sébastien Boies, porte-parole du syndicat qui représente la grande majorité (565) des quelque 700 employés de la boulangerie Vachon. « On craint le pire », a-t-il ajouté. L’usine de Vachon a effectivement « subi des impacts de l’inondation », a indiqué Sylvia Sicuso, porte-parole de Bimbo Canada, groupe mexicain propriétaire de Vachon depuis 2014, sans préciser l’ampleur des dommages. — Marc Allard, Le Soleil

Mauricie: le pire scénario redouté pour le lac Saint-Pierre

Le Saint-Laurent continuait sa montée, hier, et le pire des scénarios envisagés était en voie de se concrétiser avec un niveau d’eau qui pourrait atteindre jusqu’à 3,92 mètres à la hauteur du lac Saint-Pierre, entre Sorel-Tracy et Trois-Rivières, d’ici demain. « On attendait quelque chose comme 3,7 mètres ou 3,8 mètres au maximum. Maintenant, selon les prévisions, le maximum est rendu à 3,9 mètres, peut-être 3,92 », a déploré Bernard Létourneau, porte-parole de la Sécurité civile en Mauricie et dans le Centre-du-Québec. En 2017, le lac Saint-Pierre était monté à 3,54 mètres. Cette nouvelle hausse ne sera pas sans conséquence pour les riverains. « L’eau va certainement s’étendre encore de part et d’autre du fleuve pour atteindre encore plus de maisons, plus de rues », a précisé M. Létourneau. Les citoyens touchés ne sont donc pas au bout de leurs peines. « C’est de la préparation. Préparez-vous encore. S’il y a moyen de monter vos murs de sacs de sable, faites-le », a conseillé le porte-parole. À Trois-Rivières, alors que 106 maisons étaient isolées mardi, ce nombre a grimpé à 115 hier. — Marie-Eve Lafontaine, Le Nouvelliste