Un nom presque vierge, trois enfants et un bungalow en banlieue : la célèbre criminelle Karla Homolka vit à Châteauguay avec sa famille depuis deux ans et « personne ne va [les] faire partir d'ici », assure son mari.

Publié le 20 avr. 2016
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Une décennie après sa libération, la criminelle tristement célèbre suscite toujours l'inquiétude : les habitants de la rue tranquille où elle s'est installée étaient sous le choc, hier, en apprenant l'identité de leur discrète voisine aux cheveux blonds.

Peu importe, a expliqué Thierry B., son mari depuis 2007, à La Presse. « S'ils sont inquiets, ils n'ont qu'à déménager, a-t-il affirmé, visiblement irrité, en arrivant chez lui. Ils n'ont qu'à partir. On a notre maison, Monsieur. Elle nous appartient. »

Il n'a pas été possible de discuter avec Karla Homolka. On pouvait entendre des bruits dans la maison et une voiture était garée dans l'entrée, mais personne n'a répondu à la porte du domicile avant l'arrivée de Thierry B.

L'homme n'a pas voulu expliquer pourquoi le couple avait choisi Châteauguay. « On est libres, on est dans un pays libre. On aurait pu aller à Toronto, on aurait pu aller à Vancouver, on a décidé de venir ici. C'est notre choix à nous », a-t-il ajouté.

Photo archives Reuters/Radio-Canada

Le 4 juillet 2005, Karla Homolka a accordé une entrevue en français à Radio-Canada après avoir purgé une peine de 12 ans de prison pour sa participation au meurtre de deux jeunes Ontariennes au début des années 90.

Nathalie, qui habite presque en face, n'en revenait tout simplement pas. « J'aurais aimé le savoir avant. [...] Je lui ai déjà parlé, elle était très gentille. Elle a dit qu'elle travaillait de la maison : je me suis toujours demandé ce qu'elle faisait », a-t-elle relaté. « Ils restent toujours entre eux », refusant des invitations à profiter de la piscine.

Le voisin immédiat, Stephen, refusait toujours d'y croire. Tierina, qui habite plus loin dans la même rue, était fâchée : « Pourquoi elle ne retourne pas d'où elle vient ? »

LEANNE TEALE

Karla Homolka a été condamnée à 12 ans de prison en 1993, après avoir reconnu sa participation au meurtre de deux jeunes Ontariennes. Son complice et mari de l'époque, le tueur en série Paul Bernardo, est toujours derrière les barreaux.

Sa peine avait fait l'objet d'une suggestion commune avec la Couronne, alors que la défense la dépeignait comme une victime manipulée par Bernardo. L'accord a été surnommé « le pacte avec le diable » dans la presse ontarienne après que le public a découvert le niveau élevé d'implication de la jeune femme dans les crimes.

Homolka se fait maintenant appeler Leanne Teale et Leanne B. (La Presse ne publie pas le nom du père de famille afin de protéger l'identité de leurs trois enfants.) Selon le livre Karla, A Pact With the Devil du journaliste Stephen William, elle avait fait changer son nom de famille pour « Teale » au début des années 90, en même temps que son mari Bernardo. Ce nom aurait été inspiré par un personnage de meurtrier homonyme interprété par Kevin Bacon dans le film Criminal Law, ont rapporté des médias ontariens. Le scénario du film l'orthographie plutôt « Thiel ».

Quant à Thierry B., il est le frère de Sylvie B., une avocate de Homolka. Le couple s'est marié en 2007 à la Guadeloupe, où il a habité quelques années avant de revenir au Canada. 

Sylvie B. n'a pas voulu discuter de la nouvelle vie de sa cliente et belle-soeur, hier, se limitant à critiquer le travail des médias avant de raccrocher.

« MES ENFANTS ONT LE DROIT D'ALLER À L'ÉCOLE »

Les trois enfants du couple fréquentent la Centennial Park Elementary School, l'école anglophone du quartier. Selon Global News, qui a d'abord révélé la présence de Homolka à Châteauguay, des parents d'élèves s'inquiètent de ses visites à l'école pour cueillir ses enfants.

À la commission scolaire New Frontiers, on confirme que Karla Homolka a des enfants au sein de l'établissement. « Tous les enfants au Québec doivent fréquenter l'école entre 6 et 17 ans, et c'est le cas de ses trois enfants », a indiqué David Daoust, responsable des communications pour la commission scolaire. « C'est notre obligation de les protéger et de leur permettre de fréquenter l'école en paix. »

Leur père, Thierry B., est du même avis. « Mes enfants ont le droit d'aller à l'école comme tout le monde, a-t-il plaidé. [Les autres parents] sont inquiets pour quoi ? Ça fait 10 ans qu'elle est sortie. »

La commission scolaire fera tout de même parvenir un feuillet d'information aux parents d'élèves pour les rassurer, a indiqué M. Daoust.

Devant l'école, Shawn ne savait pas si le document se trouvait déjà dans le sac d'école de son fils, assis dans sa Civic noire. La situation le préoccupe. « Je ne sais pas quoi penser de tout ça », a-t-il laissé tomber.

« J'étais sous le choc » en apprenant son identité, a expliqué Ketly Fagan, une maman d'élèves, à Global News. « C'est une personne à qui je parlais à l'école et que j'ai toujours trouvée agréable. Je ne peux pas concilier les deux. »

La commission scolaire « New Frontier me déçoit beaucoup », a confié au même média Claire Brisson, qui aurait aimé être informée avant. Les enfants de Homolka ont le droit de fréquenter l'école, mais sa fille « a aussi le droit d'être protégée d'une prédatrice sexuelle ».