La douleur est encore vive à Montréal-Nord, cinq ans après la mort de Fredy Villanueva, abattu par le policier Jean-Loup Lapointe. Un deuil difficile à faire compte tenu des circonstances de la mort et de la lenteur de l'appareil de la justice, dénoncent la famille et ses alliés.

Mis à jour le 10 août 2013
Caroline d'Astous LA PRESSE

Ils étaient un peu plus d'une centaine de personnes réunies dans le stationnement arrière de l'aréna de Montréal-Nord, vendredi, bougies en mains. Un lieu symbolique, car c'est à cet endroit que Fredy Villanueva, 18 ans, a perdu la vie sous les balles du policier, le 9 août 2008.

Pour la famille, «même si le temps passe vite, la douleur ne passe pas», a confessé sa mère, Lilian Antunes Villanueva. «C'est très dur pour moi. Je pense toujours à mon fils étendu... sur le sol. Aujourd'hui, ça fait du bien pour moi que des personnes me donnent un appui», a-t-elle soufflé, la voix étranglée par l'émotion.

Ne pouvant retenir ses larmes, Mme Villanueva n'a pas caché sa colère envers le policier qui a abattu son fils. «Peut-être, un jour, si justice est rendue, je vais aller mieux, a-t-elle dit. Mais le policier Lapointe m'a enlevé mon fils: il m'a aussi enlevé une partie de ma vie.»

«Tous les jours, je parle à mon fils. Parfois, je lui demande de venir me voir... mais il ne me répond pas, soupire-t-elle. Les gens qui sont ici savent que Fredy est mort pour rien. Moi, ce que je vis, c'est une douleur très forte» a-t-elle raconté, précisant que les fleurs et bougies jaunes sont un clin d'oeil à la couleur préférée de son fils.

Dénoncer l'injustice

Membre du Collectif Montréal-Nord Républik, Gabriella Garbeau a dénoncé le manque de justice dans l'affaire Villanueva. «Il n'y a toujours pas eu de justice, et on a toujours la même colère, dénonce-t-elle. Il y a la même insécurité dans le quartier. On nous dit que tout va bien à Montréal-Nord: on nous disait la même chose quand Fredy a perdu la vie.»

Une opinion partagée par Will Prosper, un ancien policier et maintenant représentant du Collectif. «Il y a des changements, mais ils sont seulement cosmétiques, déplore-t-il. Tant et aussi longtemps qu'il va y avoir de l'insécurité économique dans le quartier, il va y avoir de l'insécurité sociale.»

«Le deuil est difficile à faire, car il n'y a pas encore eu de justice», déplore à son tour Georges Laraque, ancien joueur du Canadien et candidat dans la circonscription fédérale de Bourassa pour le Parti vert.