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Vie rêvée sur la route

C'est parti pour un périple sans itinéraire sur... (PHOTO EMILIE NAULT-SIMARD, COLLABORATION SPÉCIALE)

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C'est parti pour un périple sans itinéraire sur la route nationale 7, qui relie la capitale argentine à la frontière avec le Chili.

PHOTO EMILIE NAULT-SIMARD, COLLABORATION SPÉCIALE

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Émilie Nault-Simard, Charles-Édouard Carrier
La Presse

Ils décident de tout balancer et prennent la route pour explorer des paysages spectaculaires, entre mers, montagnes et désert. Leurs blogues ou comptes Instagram nous font rêver. Or, sur la route, la réalité n'est pas toujours idyllique. Récit d'une formidable traversée de l'Argentine, réflexions sur les écueils de la vie de nomade et conseils pour ceux qui songent à se lancer.

La traversée de l'Argentine en Westfalia

La journaliste québécoise Emilie Nault-Simard parcourt depuis de longs mois les routes de l'Amérique du Sud à bord d'une vieille fourgonnette Westfalia de 1985. Même si elle vit à l'étroit, sans eau chaude et sans savoir où la mènera la route, elle ne troquerait son mode de vie nomade contre rien au monde, surtout pas un quotidien urbain et routinier.

Argentine - Juan (Argentin fort sympa), Quita-Carolyne (chienne adoptée en Équateur) et moi, Emilie (Québécoise expatriée), formons un trio plutôt atypique. Pas seulement parce que notre seule descendance, à presque 35 ans, a quatre pattes, mais parce qu'on vit dans ce rustique engin de 1985. Au cours des deux dernières années, on a roulé et travaillé en Amérique du Sud dans sept pays et à travers des milliers de paysages. On a dormi dans toutes sortes d'endroits - même la douane du Paraguay, à la frontière avec la Bolivie.

Aujourd'hui, après avoir réaménagé notre fourgonnette - désormais pourvue d'eau courante et d'une cuisine en pin -, on reprend la route. Fébriles comme deux enfants, on a décidé de traverser l'Argentine d'est en ouest, entre Buenos Aires et la province de Mendoza, située au pied des Andes. C'est parti pour un périple sans itinéraire sur la route nationale 7, qui relie la capitale argentine à la frontière avec le Chili.

Épicentre du gaucho

Arrivés à San Antonio de Areco (113 km de Buenos Aires), on plonge dans le folklore de la pampa (prairie) argentine. Les pittoresques estancias, type de ranch hérité de la colonisation espagnole, donnent le ton. Le héros du coin, c'est le gaucho, mythique cow-boy de ces terres, ancien gardien des troupeaux de chevaux et de bovins. On gare notre maison à la place principale du centre historique (1730) et on part à la chasse aux gauchos pour savoir s'ils existent encore. Le long de la rivière, Manuel, à peine 30 ans, nous le confirme. Il soigne son troupeau de chevaux, arborant une boina (béret traditionnel) et chaussé d'alpargatas (espadrilles de coton à semelle de corde).

Fin de l'horizontalité

Province de Mendoza. Wow! Le ciel se dégage et un imposant mur rocheux apparaît, coupant l'horizon du nord au sud, séparant l'Argentine de son voisin. Après 800 km de prairies, à une allure moyenne de 60 km/h (vieux bolide oblige), la grande cordillère des Andes semble presque un mirage. Parmi ces sommets, l'Aconcagua, colosse argentin de l'Amérique, s'élève à 6962 m. Autour de nous, les cultures intensives de soja de la pampa font place aux réputés vignobles de la région. Les bodegas reçoivent les visiteurs sans mondanité, avec expérience - les dégustations commencent autour de 10 $ et les bonnes bouteilles s'achètent à partir de 4 $. Avant d'étancher notre soif de malbec, on roule quelques heures jusqu'à la ville de Mendoza, capitale de la province.

Se faire avaler par les montagnes

Presque 1000 m d'altitude. Le panorama du village de Potrerillo, à une heure de route après la ville de Mendoza, est mieux que tout ce qu'on pouvait imaginer. «On ne bouge plus jamais d'ici!», lance Juan. On décide de passer la nuit où l'on s'est garés, face au réservoir de 14 km de long où s'accumule «l'eau de glace», ainsi surnommée, qui sert à alimenter les vignobles plus bas. En prêtant une oreille fine, on écoute le vent qui court à travers les montagnes. Voyager, vivre en nomade, c'est aussi une rencontre avec soi, en créant un espace hors du temps. En silence. C'est prendre ses distances face à un rythme de vie effréné pour se rapprocher de l'essentiel. Cette nuit-là, sous un spectacle d'étoiles, on se sent vivre. Dans la van (sans chauffage), on met nos bas de laine et on sort la couette de plumes.

Surprise!

Une voiture s'arrête près de nous. «Qu'est-ce que vous faites ici?», lance la conductrice, tout sourire. C'est Francisca, qu'on a connue au Brésil, trois ans plus tôt! Elle est justement en vacances chez ses parents, pas loin d'ici. «On allait faire un asado avec des amis, vous vous joignez à nous?», propose-t-elle. Après une escapade dans la vallée d'Uspallata, on est de retour à Potrerillo. Le fameux barbecue argentin offert à un tel endroit, ça ne se refuse pas. Quand on s'y attend le moins, la route nous réserve toujours de ces rencontres magiques, qui nous rappellent que dans une parfaite «synchronicité», tout peut arriver.

Au galpón de Rocha

Souvent, des inconnus nous ouvrent la porte de leur maison et deviennent des amis. Chez Santiago Rocha et Méma, on est reçus comme des membres de la famille. Dans la cour, les puissants rayons du soleil (700 m d'altitude) se mélangent à la fumée qui s'échappe du four en terre et à l'odeur des grillades. L'Argentine, c'est le plus européen des pays latino-américains, et la cuisine en témoigne. Il n'y a pas que les grillades, oh non! Le menu est un mélange de l'influence des esclaves noirs, des autochtones et des nombreux immigrants italiens et espagnols. Ce dimanche après-midi, les traditionnelles pizzas maison, à croûte mince et cuisinées au feu de bois, rivalisent à coup sûr avec celles d'Italie. On les arrose d'huile d'olive locale.

À l'anglaise

Pour compléter la boucle, on visite San Rafael, deuxième ville en importance de la province, plus au sud. Ces environs ont plus que des airs de campagne anglaise : certaines maisons ont été construites par les Hannon ou les Stuart, débarqués de bateaux venus d'Angleterre pendant les grandes vagues migratoires argentines, fuyant la guerre et la faim. On est invités à garer notre fourgonnette sur le domaine Klameen, appartenant toujours à la descendance de Felipe Leslie Brown. So British! Dans le salon de la maison d'origine, trône le chic fauteuil Chesterfield en cuir rouge que ce dernier a emporté d'Angleterre, au début du siècle dernier. Dans ses bagages, Brown, pas bête, avait aussi de précieuses semences de prunier, et ces arbres sont aujourd'hui cultivés dans la région.

Et ensuite?

C'est loin d'être parfait, la vie de nomade - il ne faut pas toujours se fier aux photos idylliques publiées sur Instagram avec le mot-clé #vanlife -, mais c'est celle qu'on a choisie. On n'a pas l'appel d'un quotidien routinier et confortable. Non merci! On préfère devoir se passer de douche chaude pendant des semaines et vivre dans 4 m2. La vanlife, c'est notre échappatoire au monde de la vitesse et de la consommation, notre manière de nous «déformater» des paradigmes rigides et souvent superficiels entrés dans nos têtes d'enfants. On ne sait pas encore vers où la route nous mènera, et c'est sans importance parce que le bonheur, on le trouve toujours en chemin. C'est un coucher de soleil sur le lac Titicaca, ou un feu de camp sur le bord d'une rivière en Argentine.

Conslutez le blogue d'Émilie Nault-Simard: shilavida

Sur la route, tous les arrêts ne sont... (Photo fournie par Charles-Élie Dumontier) - image 2.0

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Sur la route, tous les arrêts ne sont pas aussi inspirants.

Photo fournie par Charles-Élie Dumontier

Les hauts et les bas de la #vanlife

Des 2 millions de photos Instagram qui portent le mot-clic #vanlife, on retient les magnifiques couchers de soleil, les nuits au bord de la mer et les ciels étoilés. Très peu d'entre elles nous montrent les troubles mécaniques, les vols ou les tensions qui s'invitent entre deux escales...

«Tout le monde a sa propre définition de la #vanlife. Si on se fie à ce qu'on voit sur l'internet, on dort toujours à des endroits complètement fous, mais on passe aussi des nuits dans un stationnement de Walmart, entre une route passante et un chemin de fer ou dans celui d'un garage à attendre les pièces pour réparer le camion», explique Charles-Élie Dumontier, qui voyage avec sa conjointe, Kim-Mai Lam.

Partis de Montréal, ils sont en chemin vers Ushuaia, en Argentine, avec quelques détours. Le couple vient d'ailleurs de terminer le tour de l'Alaska et met le cap sur le sud, un voyage qui leur a demandé plus d'un an de préparation.

Vrai rêve ou fausse image?

Pour Julien Roussin Côté, fondateur de Go-Van, cette image de la vie sur la route telle que dépeinte sur les réseaux sociaux n'est pas fausse, mais elle éclipse d'autres aspects moins photogéniques. 

«La photo d'un réveil avec la vue sur la mer, c'est vrai que ce moment-là, on le vit de manière authentique, pas seulement pour une photo Instagram. On dit souvent que les gens ne montrent que les beaux moments sur les réseaux sociaux, mais ce n'est pas la réalité 100 % du temps. Pour ma part, j'ai essayé de montrer l'autre côté, mais j'ai un peu abandonné. On n'accumule pas de "j'aime" avec une photo de quelqu'un qui fait la vaisselle dans un petit bac d'eau froide. Il y a plein de moments comme ça qui font partie de la #vanlife, pourtant, les gens ne veulent pas les voir. Ils vont sur Instagram pour s'inspirer», croit le nomade qui vit à temps plein sur la route depuis deux ans.

La route pour tous?

Si l'idée d'acheter un véhicule pour le convertir en maison sur quatre roues et partir à l'aventure fait rêver, il faut bien admettre que ce type de périple n'est pas fait pour tout le monde. 

Lorsqu'on vit dans à peine 4 m2 et qu'on trimbale avec soi l'essentiel pour vivre, manger, dormir et se divertir, il y a certainement quelques compromis à faire.

«Deux adultes et deux chiens, dans un petit camion, on doit sacrifier un peu de confort», avoue Charles-Élie Dumontier.

Il faut aussi une bonne dose de motivation pour accepter de partir sans savoir où la route nous mènera. «Certaines personnes sont de nature plus sédentaire et aiment la stabilité, c'est tout le contraire sur la route. Dans notre cas, partir en couple demande aussi de ne pas trop s'attacher à son espace», décrit Gabrielle Filion, qui vient de terminer un périple de deux mois aux États-Unis dans une fourgonnette qu'elle a aménagée avec son copain. Pour le couple, c'est un vieux rêve d'adolescence qui a finalement pu se réaliser.

Des qualités essentielles

Débrouillardise et grande tolérance aux imprévus sont essentielles lorsqu'on entreprend un tel voyage. Vouloir tout prévoir est même paradoxal par rapport à l'idée de vivre sur la route au jour le jour. «On avait une idée des endroits que l'on voulait visiter sans avoir de trajet ou de plan bien précis. Nos décisions étaient souvent prises à la dernière minute. On voulait que ce soit flexible et on était ouverts à des changements de trajectoire imprévus», se souvient Gabrielle Filion.

«Il faut être capable de se passer du luxe que la société valorise, ajoute Julien Roussin Côté. Quand tu te lances dans cet esprit-là, il faut accepter de vivre plus simplement. Ça prend aussi de l'ouverture et une facilité à aller vers les autres. On pense souvent que nous sommes des gens qui ne cherchent qu'à se perdre dans le bois, même si c'est un peu ça, il y a plein de moments où nous ne sommes pas seuls. C'est un peu ça, l'esprit sur la route: partager notre mode de vie avec les personnes que l'on rencontre en chemin.»

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Pour faire un retour en images sur le voyage de Gabrielle Filion, 28 ans, enseignante au primaire, et Charles Belle-Isle, 28 ans, électricien... www.instagram.com/home.on.wheels

Pour suivre Kim-Mai Lam, 34 ans, chargée de projet dans le domaine de la publicité, et Charles-Élie Dumontier, 27 ans, mécanicien et constructeur de moto avec Garage Sheriff, visitez leur page Instagram www.go-van.com

Plus on s'informe, plus on pourra profiter des... (Photo fournie par Julien Roussin Côté) - image 3.0

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Plus on s'informe, plus on pourra profiter des occasions que la vie met sur son chemin.

Photo fournie par Julien Roussin Côté

Planifier son périple en six étapes

Avant de mettre la clé dans le contact et de prendre le large, les aventuriers doivent se poser quelques questions. Ceux qui accumulent les kilomètres derrière le volant et les aventures sur la route le confirment: un voyage, même sans destination précise, ça se planifie. Avec Julien Roussin Côté, fondateur de Go-Van, nous abordons les préparatifs en six étapes.

S'informer sur la vie sur la route

Le web regorge de magazines en ligne et de blogues tenus par des passionnés qui font partager leur passion pour le «vanning». Que ce soit des trucs sur la conversion et l'aménagement de fourgonnettes, la mécanique, les itinéraires ou les avantages et les désavantages de la vie sur quatre roues, plus on s'informe, plus on pourra profiter des occasions que la vie met sur son chemin. Go-Van est une référence fondée en 2015 au Québec. Le site australien Van Life propose également une foule de renseignements et de récits sur la vie sur la route.

Planifier son itinéraire

«L'erreur classique, c'est de planifier trop de choses, de vouloir trop en faire. On regarde la carte, on calcule cinq heures de route entre tel et tel point et on se dit qu'on peut tout faire dans la journée», prévient Julien Roussin Côté. En planifiant trop, on limite les décisions spontanées. Mieux vaut planifier un itinéraire sommaire en fonction du temps et du trajet souhaités, puis on laisse la vie se charger du reste. Les gens rencontrés sur la route contribueront grandement au trajet au fil du temps.

Établir son budget

Pour respecter son budget, le fondateur de Go-Van ne fréquente pas les restaurants et préfère s'offrir des activités qui lui permettent d'apprécier les régions qu'il visite. «Par exemple, si je passe à Moab, dans l'Utah, et je sais que l'activité à faire là-bas, c'est le vélo de montagne, je vais me louer un vélo pour la journée. C'est possible de voyager avec un budget très limité sans pour autant se priver de belles activités.» Il recommande d'acheter une carte annuelle pour accéder aux parcs nationaux et de cuisiner avec les produits locaux pour réduire les frais.

Bien choisir son véhicule

Avant de se lancer dans un achat de plusieurs milliers de dollars, voire de dizaines de milliers de dollars, on doit commencer par établir clairement ses besoins. «Je conseille aux gens de louer ou d'acheter un truc pas cher avant d'investir un gros montant dans un véhicule. Il faut savoir qu'il n'y a pas de véhicule parfait. Comme c'est un petit espace, il y a toujours un compromis à faire quelque part. Avant de connaître ses propres critères, on loue une semaine ou un week-end. Ensuite, on fait la liste des 10 choses les plus importantes pour soi, et ça guide les recherches pour la suite», explique le nomade.

Démystifier la mécanique

Le voyageur a acheté sa première van à 33 ans, c'était son premier véhicule à vie. «Je ne suis pas un grand mécano et je commence à en apprendre un peu plus. C'est un grand avantage de pouvoir se débrouiller en mécanique, surtout pour ceux qui choisissent le Westfalia, reconnu pour être plus ou moins fiable.» On doit aussi penser à la difficulté d'obtenir des pièces en cas de bris sur la route. Une inspection complète du véhicule est essentielle avant l'achat pour bien connaître son état actuel et mettre au défi ses connaissances en mécanique.

Des émotions fortes... et le retour

La vie sur la route apporte son lot d'émotions fortes, et il n'y a pas de formule magique pour bien composer avec les montagnes russes du roadtrip d'une vie. «Ça prend des gens forts pour vivre avec les hauts et les bas. Je me dis que les creux sont nécessaires pour vivre d'autres highs. Il ne faut pas essayer de les éviter, il faut apprendre à les gérer. Et puis il faut penser au retour. Je n'ai pas encore trouvé de bonne façon pour bien le vivre. C'est comme si le stress de la ville t'envahit», confie Julien Roussin Côté. La gestion des émotions pendant et après le voyage doit ainsi faire partie de la planification pour tirer le maximum de cette grande aventure.

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