Recherche Voyage

Les favelas, pour les bons plats

Avant de devenir cuistot, Gilson Fumaça faisait partie... (Photo Simon Coutu, collaboration spéciale)

Agrandir

Avant de devenir cuistot, Gilson Fumaça faisait partie de la bande criminelle qui contrôlait les ruelles étroites et escarpées de Santa Marta.

Photo Simon Coutu, collaboration spéciale

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Simon Coutu

Collaboration spéciale

La Presse

(Rio de Janeiro) Il y a à peine cinq ans, la plupart des touristes qui s'aventuraient dans les favelas de Rio de Janeiro le faisaient en jeep, à la manière des safaris. Aujourd'hui, de plus en plus de visiteurs grimpent les collines colorées de la ville pour y découvrir la richesse culinaire carioca.

Sur la place Michael-Jackson de la favela Santa Marta, Gilson Fumaça sert sa célèbre feijoada à une dizaine de gourmets. Ils sont venus spécialement pour déguster ce traditionnel ragoût brésilien à base de haricots noirs, de riz et de viande de porc, sur fond de samba. Devant eux s'étend le quartier de Botafogo, puis la mer. Derrière, la statue du Christ rédempteur veille, impassible. Pas étonnant que le Roi de la pop ait choisi cette terrasse pour tourner la vidéo de la chanson They Don't Care About Us en 1995.

«Cette dégustation aurait été quasiment impossible avant la pacification des favelas, dit M. Fumaça, servant de généreuses portions aux touristes. Les gens ne venaient pas aussi nombreux, et certainement pas pour manger!»

Les favelas ont toujours la réputation d'être le fief des narcotrafiquants, haut lieu de la violence et de la misère. Avant de devenir cuistot, Gilson Fumaça faisait d'ailleurs partie de la bande criminelle qui contrôlait les ruelles étroites et escarpées de Santa Marta.

Depuis 2008, la municipalité de Rio de Janeiro a créé une police chargée de pacifier les favelas, notamment en vue de la Coupe du monde de soccer et des Jeux olympiques. Si l'opération a été sanglante, la plupart des communautés qui bordent la zone touristique sont aujourd'hui plutôt paisibles. Mais la situation est encore loin d'être parfaite. Il vaut d'ailleurs mieux s'informer avant de visiter ces quartiers défavorisés de la ville.

Pacification culinaire

C'est en réalisant un documentaire sur le processus de pacification que l'auteur Sergio Bloch a eu l'idée d'écrire un guide gastronomique des favelas. «Il fallait bien manger et on n'avait pas le temps de sortir de la communauté pendant le tournage, dit-il. J'ai découvert de très bonnes tables. Je me disais que ça pouvait devenir un excellent moyen d'inciter les gens à visiter ces endroits mal aimés et de connaître plus intimement leurs habitants.»

En parcourant huit quartiers colorés à flanc de montagne, M. Bloch a répertorié certaines des meilleures adresses, en plus de raconter l'histoire de leurs propriétaires. «La cuisine des favelas est généralement bien simple, plutôt typique, remarque-t-il. On y goûte donc l'influence des vagues de peuplement. Certaines ont été créées par d'anciens esclaves, au XIXe siècle, d'autres ont poussé dans les années 70 avec l'immigration des gens du nord-est du pays. Mais on trouve de la nourriture internationale. Il y a six restaurants japonais à Rocinha. On peut même y manger de l'autruche!»

Dans le Complexo do Alemão, où vivent plus de 70 000 personnes, Dimas de Lemos s'est bâti une réputation en servant un délicieux açaï, un sorbet élaboré à partir des fameuses baies violettes amazoniennes. Son boui-boui est situé au pied de la dernière station du nouveau téléphérique qui permet aujourd'hui de se déplacer au-dessus de l'immense labyrinthe de petites cases.

«Avant la construction du téléphérique, c'était impossible pour un étranger de se rendre jusqu'ici, dit-il. Même si les gens ne vont pas au coeur de la communauté, ils traînent autour de la station et rencontrent les gens de la favela. C'est aussi l'occasion de goûter à de bons plats. Et les prix sont bien meilleurs que dans les quartiers touristiques!»

Situé à Vidigal, favela voisine du riche quartier de Leblon, le Bar Lacubaco est l'un des établissements les plus sophistiqués cités dans le guide. On y sert l'un des meilleurs filets mignons en ville. Son propriétaire, Fabio Pimenta, a notamment étudié avec le célèbre chef brésilien Alex Atala, icône mondiale de la haute gastronomie.

«Les gens pensent souvent qu'il n'y a que des pauvres ici, dit-il. Pourtant, nos restaurants font partie du circuit touristique de Rio de Janeiro. La gastronomie aide aujourd'hui à briser les barrières et changer la mentalité.»

Nos adresses

> Feijoada de Gilson: rua da Paciência no 04, Santa Marta, Rio de Janeiro, quatrième station du funiculaire

> Bar Lacubaco: Avenida Presidente Joao Goulart, 538, Vidigal

> Carnes Exóticas Do Glimário: Travessa Gregòrio, 5, Rocinha

> O Açai do Dimas: rua Augusto Borborema, 54, Complexo do Alemão (à côté de la station de téléphérique Palmeiras)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Voyage

Tous les plus populaires de la section Voyage
sur Lapresse.ca
»

publicité

Destinations

Asie Europe Afrique Amérique latine Océanie États-unis Canada Québec

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer