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Un nouveau cru pour Dior

Maître parfumeur chez Dior depuis 2006, François Demachy... (Photo fournie par la maison Dior)

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Maître parfumeur chez Dior depuis 2006, François Demachy est un des nez les plus réputés dans le milieu de la parfumerie.

Photo fournie par la maison Dior

Voilà près de 20 ans que la maison Dior n'avait pas ajouté une nouvelle fragrance originale pour femmes à son catalogue. Avec Joy par Dior, le maître parfumeur François Demachy propose une fragrance à la fois fraîche et enveloppante, interprétation olfactive de la lumière. La Presse a rencontré l'homme afin d'en discuter, lors de son passage à Montréal.

Maître parfumeur chez Dior depuis 2006, François Demachy est un des nez les plus réputés dans le milieu de la parfumerie. Il était une des têtes d'affiche du volet conférences du Festival Mode & Design, la semaine dernière, où, devant une centaine de personnes, il est venu discuter de son parcours, de ses inspirations et de la teneur de son travail au sein de la grande maison française qui possède un foisonnant jardin dans la région de Grasse, capitale mondiale du parfum.

Les Montréalais qui assistaient à l'événement ont d'ailleurs pu humer, en première mondiale, sa toute dernière création, Joy par Dior, qui fait son arrivée en magasin officiellement il y a deux semaines. Porté par une imposante campagne publicitaire mettant en vedette l'actrice Jennifer Lawrence, le jus s'annonce comme un des plus grands lancements de l'année dans l'univers de la parfumerie.

L'une des raisons est que la réputée maison n'a pas ajouté de nouvelle composition originale à son catalogue depuis J'adore, en 1999. Elle était trop occupée avec sa grande famille de fragrances, que M. Demachy a eu comme mission de valoriser à son arrivée en 2006, après près de trois décennies passées chez Chanel. C'est lui qui a rafraîchi le parfum culte de la maison - et toute première fragrance commercialisée par Christian Dior -, Miss Dior, un exercice qu'il a avoué avoir trouvé «difficile» lors de la conférence. Il a fait de même avec Eau Sauvage, création iconique du parfumeur Edmond Roudnitska pour Dior en 1966.

«Ce qui caractérise les parfums Dior, c'est le foisonnement, la diversité, la richesse. On y trouve à peu près toutes les familles de parfums, il n'y en a pas un qui ressemble à un autre. Chez Chanel, il y avait plus de constance dans l'élaboration des parfums - c'était voulu. Chez Dior, on peut changer radicalement de style d'un parfum à un autre; il y a plus d'énergie, de liberté là-dedans, mais aussi plus de pression!»

«J'essaie de suivre les règles que Dior appliquait à sa couture: l'envers doit être aussi beau que l'endroit.»

Inspiré par la lumière

Pour Joy par Dior - le nom était décidé avant que ne commence le travail de création -, le parfumeur s'est heurté à une difficulté: comment transposer la joie en un univers olfactif? C'est donc la lumière, «très voisine de la joie», qui l'a inspiré. «Je voulais que ce soit un parfum enveloppant, qui laisse un halo», explique-t-il.

À l'image de la maison de parfum, la composition de M. Demachy présente plusieurs facettes, accumulant les couches d'effluves, pour un effet misant davantage sur la résonance de l'ensemble que sur la succession des notes. Elle est à la fois laiteuse, florale, fraîche et boisée, défiant la classification dans une famille olfactive au profit d'une autre.

Ainsi, la bergamote zestée et la mandarine juteuse résonnent avec les notes florales et fraîches d'aldéhydes, de jasmin et d'essence et absolu de rose. Une légèreté que viennent envelopper le crémeux bois de Santal et les muscs. «J'ai voulu créer un parfum très musqué, car cela correspondait, je pense, à un manque dans notre catalogue de parfums. Les muscs vous enveloppent, un peu à la façon de la lumière, mais ce ne sont pas tous qui les sentent avec la même intensité. L'utilisation du Santal permet d'enrober les muscs et de les habiller, permettant à tous de les sentir et les ressentir.»

Le résultat, espère le nez, est «facile» à appréhender et à décoder, et provoque une réaction immédiate. Une tendance qui, croit-il, s'immiscera de plus en plus en parfumerie, dominée depuis nombre d'années par les parfums gourmands. «Prenez les vins ou la junk food, on voit cet attrait pour le sucre cuit, un effet qu'on retrouve dans les parfums. Mais moi, je dis qu'il est temps de passer à autre chose. Il faut que l'esprit ou la personnalité du parfum soit identifiable tout de suite, plus immédiatement figuratif et simple à décoder, car les clients n'ont la plupart du temps que quelques secondes pour choisir un parfum.»

Joy par Dior... (Photo fournie par Dior) - image 2.0

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Joy par Dior

Photo fournie par Dior

Dans tous les cas, le jus a semblé plaire à Jennifer Lawrence, qui, sans avoir participé au processus de création, a rencontré M. Demachy à deux reprises - ce dernier en a profité pour l'introduire aux différentes matières premières et jauger ses réactions - et a demandé, lors du prélancement de la fragrance à Los Angeles, plusieurs flacons pour sa garde rapprochée. Un bon départ!

Joy par Dior est offert dès aujourd'hui chez La Baie d'Hudson (en boutique et en ligne) au prix de 119 $ pour 50 ml. 

L'école des odeurs

Né en 1949 à Cannes, mais élevé à Grasse, considéré comme la capitale de la parfumerie, François Demachy a vécu une enfance bercée par les effluves de fleurs et de plantes. Le jeune homme ne se destinait pas au métier de parfumeur. Son père était pharmacien - cela dit, il avait créé pour sa clientèle un flacon d'eau de Cologne! - et voulait faire de lui un dentiste. Pour payer ses études, il a commencé à travailler au sein de parfumeries industrielles de la région; d'abord dans les usines de la maison Mane, où il s'est initié à la fabrication des matières premières pour les parfums, puis comme ouvrier chez Charabot, où il a fini par intégrer, au début des années 70, l'école de parfumerie de l'entreprise, la seule façon à l'époque d'apprendre le métier.

De Chanel à Dior

Seulement cinq ans après la fin de ses études, il a été embauché par Chanel, où il travaillera pendant 29 ans en étroite collaboration avec Jacques Polge, parfumeur en titre. En 2006, il a été recruté par Dior et est devenu le premier parfumeur-créateur attitré de la maison. Coïncidence ? Les deux parfums que portait sa mère étaient No 5 de Chanel et Miss Dior. François Demachy est un perfectionniste qui dit avoir de la difficulté à terminer un parfum et faire plusieurs essais lorsqu'il est temps d'en créer un nouveau - une centaine pour Joy par Dior, alors que c'est le dixième qui a finalement été retenu. À Paris, le Laboratoire de création de la Maison Dior est un véritable musée olfactif qui contient plus de 2000 échantillons d'essences et d'ingrédients auxquels le créateur revient souvent. «La mémoire olfactive dérive; le danger est lorsqu'on croit savoir une odeur. Tous les jours, il faut s'entraîner à sentir», dit celui qui compare souvent l'art de la parfumerie à la cuisine.

Retour à Grasse

François Demachy parle avec passion de la région de Grasse où, depuis son arrivée chez Dior, il a fait installer un atelier de création, aux Fontaines Parfumées, tout près de l'endroit où il a grandi; il y partage son temps avec le laboratoire parisien. Avec l'aide du paysagiste Jean Mus, il y a installé un «jardin de parfumeur» comptant près de 300 espèces végétales odorantes issues de la région, mais aussi de partout dans le monde, où il se promène pour s'inspirer. Préoccupé par la conservation du savoir-faire traditionnel en parfumerie - le «devoir», croit-il, des grandes maisons de parfum - et porté par son amour pour les matières premières naturelles, il a aussi tissé des liens serrés avec des producteurs de jasmin et de rose de la région. Les essences et absolus extraits de ces fleurs emblématiques de Grasse sont ensuite utilisés dans les parfums de la maison.

Naturel ou synthétique?

Si le parfumeur connaît sa «chance» de travailler avec les meilleurs ingrédients naturels - contrairement à plusieurs maisons de parfum commerciales, il n'a pas à se soucier du prix lorsqu'il sélectionne les matières qui composeront ses parfums -, il ne fait pas d'«ostracisme» entre les produits naturels et les molécules de synthèse. «On a besoin des deux. Après, il y a une question de qualité, d'un côté comme de l'autre. Si je ne mélangeais que des produits naturels, j'obtiendrais quelque chose qui sente, évidemment, mais ce serait plus près d'une soupe que d'un parfum... Les produits naturels sont extrêmement denses, les molécules sont donc parfois nécessaires pour les "booster".»




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