Les cosmétiques pour hommes, marché d'avenir?

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De nombreuses marques spécialisées ont éclos grâce au commerce électronique et la mode du hipster barbu mais soigné, sans pour autant faire de l'ombre aux géants des cosmétiques.

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Étienne Balmer
Agence France-Presse
Paris

Les produits de beauté pour hommes, un marché d'avenir et qui le restera? De nombreuses marques spécialisées ont éclos grâce au commerce électronique et la mode du hipster barbu mais soigné, sans pour autant faire de l'ombre aux géants des cosmétiques.

Karine Schrenzel, codirigeante du groupe français de vente en ligne spécialisé ShopInvest, a le sourire: son pôle de cosmétiques masculins devrait connaître une croissance de 65% cette année.

«Un homme a deux barrières» face aux produits de beauté: «Il n'a pas forcément envie de passer un samedi après-midi à flâner dans les boutiques de cosmétiques, et il a une certaine pudeur, que le web permet complètement d'effacer», estime cette femme d'affaires interrogée par l'AFP.

Sur ses deux sites spécialisés en la matière, MenCorner et Comptoir de l'homme, les produits les plus plébiscités sont des huiles à barbe, des autobronzants, des colorations pour cheveux, des crèmes minceur ou dépilatoires.

«Ces produits sont très surpondérés sur internet» par rapport aux ventes en magasins, où dominent les classiques déodorants, gels douches, shampooings et autres produits de rasage, selon Mme Schrenzel, qui mise sur ces créneaux de niche pour se démarquer de la grande distribution et d'Amazon.

Les grands groupes ont souvent des marques avant tout féminines, avec des gammes masculines venues par la suite. Des marques originales, créées dès le départ pour les hommes, «ont vraiment une carte à jouer», estime-t-elle.

En 2015, le marché de la beauté pour hommes, ou «grooming» (hors produits de rasage, savons, dentifrices et parfums) représentait des ventes mondiales de 17,4 milliards d'euros, 30% de plus qu'en 2011, selon le cabinet d'études Euromonitor.

Cependant, cela représente toujours moins de 10% du marché total des cosmétiques.

Design dandy et rétro

En Occident, les hommes ont longtemps été réfractaires aux produits de beauté. «Dans l'univers judéo-chrétien, l'esprit et le corps étaient complètement séparés», rappelle à l'AFP Michèle Verschoore, spécialiste en dermatologie cosmétique chez L'Oréal et auteure d'un Guide de la beauté au masculin, paru début 2016.

Mais aujourd'hui, «l'idée venue d'Asie se globalise, il n'y a plus de tabou masculin sur le bien-être», surtout chez les jeunes, ajoute Mme Verschoore.

Aux États-Unis, puis en Europe, de nombreuses marques indépendantes haut de gamme pour hommes sont apparues ces dernières années, en particulier dans le domaine du soin de la barbe, affectionnant souvent un design dandy et rétro, comme les britanniques Captain Fawcett ou Apothecary 87.

Lames et Tradition s'inscrit dans la même veine. Lancée il y a un an et demi, cette petite marque française vend notamment des huiles à barbe estampillées «naturelles» et «made in France», principalement à des professionnels.

«Les barbiers ça pousse comme des champignons», se réjouit Stéphane Couty, le fondateur et patron de cette TPE (très petite entreprise), qui cherche à se développer à l'export. «On a été rentable dès notre première année», ajoute cet ancien du BTP.

Didier Arthaud, fondateur de la marque 66°30, est sur un créneau au développement plus lent, les crèmes de soin visage pour hommes, bio de surcroît. Il sera rentable cette année, pour la première fois depuis le lancement de sa marque en 2009.

«On est sur la niche de la niche», car «globalement les hommes sont moins sensibles au bio que les femmes», en ne l'associant pas à l'efficacité qu'ils recherchent avant tout dans les cosmétiques, selon cet ancien cadre de grandes entreprises françaises.

L'entrepreneur met en garde ceux qui verraient les cosmétiques pour hommes comme un nouvel Eldorado: «Les mentalités vont beaucoup moins vite que les marketeurs».

Et les grands distributeurs sélectifs, tels Sephora, Nocibé ou Marionnaud, privilégient les poids lourds du secteur comme Biotherm (groupe L'Oréal), Clinique ou Clarins, relève-t-il.

Enfin, quand un acteur indépendant commence à devenir intéressant, il finit souvent par être mangé par un gros poisson.

Cet été, la marque américaine Dollar Shave Club, qui vend en ligne par abonnement des rasoirs et des produits de soin pour hommes, a été ainsi avalée pour un milliard de dollars par le néerlandais Unilever (Axe, Rexona, Dove...), leader mondial des cosmétiques pour hommes (hors rasage) devant le français L'Oréal.




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