La revanche des rides

Helen Mirren a déclaré qu'elle souhaitait inciter d'autres... (Photo DANNY MOLOSHOK, Reuters)

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Helen Mirren a déclaré qu'elle souhaitait inciter d'autres femmes à cultiver leur confiance en elles «en rehaussant leurs attributs naturels».

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À l'âge noble et vénérable de 69 ans, dame Helen Mirren est devenue l'automne dernier la nouvelle égérie britannique de L'Oréal. Dans un communiqué de presse qui annonce la nomination de Mme Mirren, la multinationale de la beauté révèle qu'elle a sondé près de 9000 femmes qui, en majorité, ont décrit celle qui a incarné The Queen comme «authentique, intelligente et glamour, dont le look semble se bonifier avec le passage du temps».

De son côté, Helen Mirren, qui prétend ne jamais s'être elle-même considérée comme une beauté fatale, a déclaré qu'elle souhaitait inciter d'autres femmes à cultiver leur confiance en elles «en rehaussant leurs attributs naturels».

«Helen Mirren est une excellente représentante des femmes qui se contentent de magnifier leur beauté en ayant recours aux produits esthétiques (crème, maquillage, coloration capillaire, etc.). Comme elle est une actrice chouchou du grand public, elle fait une égérie toute désignée pour rejoindre les clientèles visées par L'Oréal», indique Mariette Julien, professeure à l'École supérieure de mode de Montréal.

Dans un monde que l'on dit envoûté, fasciné, obsédé par la jeunesse, peut-on envisager une nouvelle ère où les rides expressives et l'expérience de l'âge deviennent des attributs de féminité prisés et enfin mis en valeur par l'industrie de la mode?

Bref, la vieillesse est-elle en voie de devenir la nouvelle jeunesse? Pas vraiment, tempère Mariette Julien, qui pense que «la mode est toujours au corps juvénile» et que «le recours aux femmes âgées dans les publicités (Jacquie Murdock pour American Apparel ou encore Carmen Dell'Orefice, âgée de 81 ans, pour Rolex) permet surtout de retenir l'attention, de donner du crédit éthique à la marque et de rejoindre des clientèles qui détiennent un excellent pouvoir d'achat».

40 ans, âge limite pour être une égérie? 

Mais l'industrie de la mode et de la beauté est aussi à la remorque du cinéma, qui a également le pouvoir de modifier les canons. À l'avant-garde de cet hommage à celles qui ne sont plus des poulettes du printemps, il y a bien sûr Xavier Dolan, qui a composé des rôles puissants pour ses deux muses, Suzanne Clément et Anne Dorval. Dolan était encore un adolescent quand il a compris que les actrices sont belles, complexes et intéressantes après 25 ans, voire 40 ans...

Le jeune cinéaste, lauréat du Prix du jury au Festival de Cannes pourMommy, continue son oeuvre de mise en valeur des femmes mûres: il dirigera Susan Sarandon et Kathy Bates pour ses premiers pas à Hollywood.

«J'aimerais travailler comme mannequin aujourd'hui, mais personne ne veut m'engager», a confié avec regret à un journal britannique Isabella Rossellini. Celle qui fut la muse de David Lynch a été remerciée de ses services comme égérie de Lancôme, six jours avant son 40e anniversaire, sous prétexte qu'elle avait dépassé l'âge limite pour gagner sa vie comme égérie.

«Ils m'ont envoyé tellement de fleurs à mes 40 ans, on aurait dit une morgue. J'ai compris que j'étais morte.»

Isabella Rossellini
au sujet de la fin de son contrat avec Lancôme, lors d'une interview avec le magazine Vogue, en 2002

L'âgisme n'a peut-être pas totalement déserté l'industrie de la beauté dans les dernières décennies, mais il y a tout de même des raisons de sourire quand, par exemple, Julianne Moore et Jane Fonda sont choisies comme ambassadrices de L'Oréal, quand Susan Sarandon pose pour Revlon ou quand Marc Jacobs utilise comme égérie Jessica Lange. Sans parler de Charlotte Rampling (68 ans) et Tilda Swinton (53 ans), choisies comme visages de la marque Nars, et de Julia Roberts, qui, à 47 ans, pose pour Givenchy...

Le ratage chirurgical du visage de Renée Zellweger a sonné l'alarme, quant aux périls de l'obsession pour la jeunesse éternelle. De plus en plus, les fabricants de cosmétiques misent sur cette recherche de la beauté sans avoir recours au Botox ou au bistouri, note Mariette Julien. «On voit de plus en plus de publicités de crèmes faire la promesse de rajeunir les individus sans avoir recours à des injections ou au bistouri. Une promesse bien alléchante pour le grand public, qui revendique le droit à la beauté et qui a de moins en moins les moyens de se payer une opération chirurgicale.»

Qu'attendent les grandes marques québécoises pour faire d'Anne Dorval, de Céline Bonnier ou d'Andrée Lachapelle leurs égéries?

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