Les logiciels anti-censure dans le viseur de la Chine

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Selon différentes estimations, plusieurs dizaines de millions de personnes en Chine recourent à des « réseaux privés virtuels » (VPN) pour se connecter à des sites ou réseaux sociaux bloqués par les autorités - dont Facebook, Twitter, Google, YouTube... ainsi que maints médias étrangers.

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Ben Dooley
Agence France-Presse
PÉKIN

Pékin a déclaré la guerre aux logiciels qui permettent de contourner la censure sur l'internet. Avec la récente capitulation d'Apple, internautes et entreprises s'épouvantent à l'idée de voir disparaître ces « tunnels » sous la « Grande muraille informatique » du web chinois.

Selon différentes estimations, plusieurs dizaines de millions de personnes en Chine recourent à des « réseaux privés virtuels » (VPN) pour se connecter à des sites ou réseaux sociaux bloqués par les autorités - dont Facebook, Twitter, Google, YouTube... ainsi que maints médias étrangers.

Or, après des années de tolérance, le gouvernement durcit sa position : il a dévoilé en janvier son intention d'interdire l'usage des VPN non autorisés, exigeant que les développeurs de tels services obtiennent un feu vert des autorités.

Ce qui a conduit le géant californien Apple à supprimer fin juillet de son « app store » chinois la plupart des applications permettant d'accéder à un VPN, pointant « les nouvelles réglementations ».

Un coup de tonnerre pour les internautes chinois, nombreux à fustiger la « capitulation » du fabricant des iPhones - et surtout de quoi conforter les rumeurs persistantes selon lesquelles Pékin s'apprête à restreindre drastiquement l'accès aux VPN quels qu'ils soient.

« On avait déjà évoqué maintes fois une campagne à venir contre les VPN et les entreprises chinoises comme étrangères sont habituées aux perturbations », certains VPN étant momentanément bloqués par les autorités, explique Graham Webster, chercheur de la Yale Law School aux États-Unis.

« Mais cette fois, cela semble fort différent », s'inquiète-t-il, dans un entretien à l'AFP.

Les signes de durcissement se multiplient : plusieurs hôtels de luxe à Pékin, qui proposaient un internet « sans censure » à leur clientèle fortunée, se sont vus enjoindre de cesser cette pratique.

Jeudi dernier, un service chinois de stockage informatique dématérialisé (nuage) a notifié à ses usagers qu'il allait devoir, sur ordre des autorités, fermer et signaler aux autorités les fournisseurs de VPN parmi ses clients. L'Américain Amazon s'engage aussi dans cette voie.

Nervosité du côté des entreprises

Pour autant, la teneur et l'ampleur du durcissement réglementaire à venir restent inconnues : difficile de savoir qui sera encore autorisé à utiliser un VPN et sous quelles conditions.

De quoi affoler les internautes ordinaires : « Vous bloquez l'unique moyen de regarder des séries américaines et de garder le contact avec mes amis sur Facebook », se désole un usager de la plateforme de microblogues Weibo.

« Vous pouvez verrouiller mon téléphone, mais vous ne verrouillerez pas mon coeur », lance un autre dans un message de défiance à l'encontre d'Apple.

Même nervosité du côté des entreprises, qui ignorent quel sera l'impact éventuel sur leurs activités.

« Nous n'avons encore vu aucun document officiel évoquant des restrictions de l'usage de VPN par les entreprises », souligne-t-on à la Chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin.

Mais, dans un récent sondage, presque la moitié des firmes européennes s'inquiétaient de « l'impact économique » d'un durcissement supplémentaire, alors que la censure actuelle du web entame déjà leurs bénéfices.

« La réussite de nos entreprises dépend d'un accès instantané à l'information et de la possibilité de communiquer instantanément avec filiales, fournisseurs et clients de par le monde », confirme à l'AFP William Zarit, président de la Chambre de commerce américaine en Chine.

Le gouvernement peut « tout fermer »

Néanmoins, pour James Gong, expert du cyberenvironnement chinois au cabinet Herbert Smith Freehills, le durcissement réglementaire ne visera pas les usagers professionnels.

Le gouvernement « a la capacité de tout fermer, mais ce n'est pas son objectif. L'idée est plutôt de faire passer tout le trafic par les opérateurs télécoms chinois, de sorte d'être au courant de toutes les connexions », fait-il valoir.

Paul Triolo, expert chez Eurasia Group, abonde : le but recherché serait « d'avoir une visibilité accrue, afin de savoir qui se connecte à tel site, et de bloquer sélectivement certains accès si nécessaire ». Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information a expliqué à l'AFP que les entreprises seraient seulement autorisées à souscrire à des services VPN offerts « par des opérateurs télécoms » établis en Chine et respectant la réglementation. Ce qu'a confirmé à l'AFP le représentant d'un opérateur télécom étatique.

« Il est très improbable que l'accès à des VPN soit entièrement bloqué », relève M. Webster. Mais recourir à de tels logiciels deviendra « plus coûteux - et étroitement contrôlé par le gouvernement ».




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