Snapchat: des messages éphémères et deux jeunes milliardaires

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Evan Spiegel

Photo Jae C. Hong, archives Associated Press

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Sophie Estienne
Agence France-Presse
San Francisco

Snap, la maison-mère de la populaire messagerie mobile Snapchat, va faire une entrée remarquée jeudi à Wall Street braquant les projecteurs sur un secteur de l'économie du net très convoité par les investisseurs.

Elle a fixé mercredi soir à 17 dollars le prix de chacune des 200 millions d'actions qui seront mises sur le marché jeudi, ce qui valorise l'ensemble du groupe à quelque 24 milliards de dollars.

La société va ainsi faire de ses deux co-fondateurs, Evan Spiegel et Bobby Murphy, de très jeunes milliardaires.

Snapchat est devenue en quelques années un phénomène de société avec ses messages qui disparaissent après avoir été lus.

L'histoire de l'entreprise, désormais appelée Snap, partage avec les légendes de la Silicon Valley l'emballement des investisseurs ainsi qu'une part de controverse dans la paternité de son produit vedette, comme en leur temps Facebook ou Twitter.

Snap est toutefois basée loin de la Silicon Valley, sur la plage touristique de Venice à Los Angeles, et l'image projetée par Evan Spiegel, son patron de 26 ans, n'a rien à voir avec celle d'un «geek».

Les médias se sont étendus sur l'enfance dorée du jeune Spiegel dans le quartier chic de Pacific Palisades, ses courriels graveleux et ses énormes fêtes d'étudiant, ou encore sa célèbre fiancée, la mannequin Miranda Kerr.

Si Evan Spiegel est le visage public de Snap, Robert «Bobby» Murphy est souvent décrit comme son cerveau. Le directeur technique de Snap, 28 ans, est considéré comme le concepteur du programme de Snapchat. Très peu de détails ont filtré sur lui, mais d'après Forbes, ses parents étaient fonctionnaires et sa mère originaire des Philippines.

Un de leurs co-disciples quand ils étaient étudiants, Reggie Brown, a toutefois revendiqué la paternité de l'idée initiale, du logo en forme de fantôme et du nom original de l'application, Picaboo, intentant un procès aux deux autres pour l'avoir évincé.

Une allusion à l'affaire subsiste d'ailleurs dans le projet d'entrée en Bourse: Snap dit avoir versé 157,4 millions de dollars en 2014 à un «individu» non identifié, pour solder un litige judiciaire sur des questions de propriété intellectuelle.

Entre-temps, Evan Spiegel et Bobby Murphy ont refusé les trois milliards de dollars que Facebook proposait en 2013 pour racheter l'entreprise.

Forbes évalue aujourd'hui leur fortune à quatre milliards de dollars chacun. L'entrée en Bourse ne réduira pas leur contrôle sur l'entreprise: les actions proposées aux investisseurs sont sans droit de vote.

Un modèle durable?

«Picaboo» est lancé en 2011, rapidement rebaptisé Snapchat, et devient populaire d'abord dans les écoles. L'application dépasse son premier million d'utilisateurs quotidiens en 2012, puis 50 millions en 2014 et 100 millions en 2015. Fin décembre 2016, elle émargeait à 161 millions.

Le projet d'introduction en Bourse parle toujours d'un usage récréatif voire badin avec des «sextos», mais affirme que l'application sert «pour bien davantage». Désormais, Snap dit vouloir «réinventer la caméra» et vend aussi des lunettes.

L'entreprise affirme pouvoir générer des revenus «sains» et «durables» grâce à la publicité pour une tranche d'âge convoitée: les 18-34 ans, qui constituent la majorité des utilisateurs de Snapchat.

Elle reconnaît toutefois n'avoir aucune garantie de séduire des publics plus âgés, à commencer par ses futurs investisseurs: lors de la tournée de présentation précédant l'entrée en Bourse, certains ont émis des doutes sur ses perspectives et elle a dû prévoir une vidéo pour tout leur expliquer du fonctionnement de son application vedette.

Certains analystes restent sceptiques sur les perspectives à long terme de Snap. Le précédent de Twitter, entré en Bourse en novembre 2013 à 26 dollars avant de grimper quelques mois plus tard à près de 70 dollars mais qui n'en vaut plus aujourd'hui que 16, reste dans les mémoires.

«Snap est une grande entreprise avec une valorisation de 500 millions de dollars mais c'est un désastre total au-dessus de ce seuil», estime Trip Chowdhry de Global Research Equities, estimant que la valorisation qui lui est aujourd'hui accordée «montre vraiment que les marchés sont complètement déconnectés de la réalité».

Ses débuts seront étroitement observés car, en cas de succès, ils pourraient inciter d'autres grands noms de l'économie du net qui hésitent encore à se lancer en Bourse, comme Uber, Airbnb ou encore Spotify, à franchir le pas.




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