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Fusion Broadcom-Qualcomm bloquée, signe des craintes de sécurité sur la 5G

Même si Broadcom est basé à Singapour, c'est... (Photo Mark Schiefelbein, AP)

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Même si Broadcom est basé à Singapour, c'est la crainte de la Chine qui est derrière la décision des autorités américaines de bloquer le rachat de Qualcomm.

Photo Mark Schiefelbein, AP

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Rob Lover
Associated Press
WASHINGTON

L'interdiction par Donald Trump du rachat du fabricant de microprocesseurs Qualcomm par son concurrent asiatique Broadcom illustre les craintes de la concurrence chinoise dans les télécoms, en particulier la 5G, l'internet mobile ultrarapide.

Démarche inhabituelle, le président américain a signé un décret bloquant l'opération, parlant d'«éléments crédibles» susceptibles de menacer la sécurité nationale.

Cela met abruptement fin à la bataille que se livraient les deux groupes depuis plusieurs mois dans le cadre d'une opération qui, à 117 milliards de dollars, aurait été la plus importante du secteur et l'une des plus grosses jamais réalisées.

Même si Broadcom est basé à Singapour, c'est la crainte de la Chine qui est derrière la décision des autorités américaines.

Le texte présidentiel n'en fait pas mention, mais le ministère du Trésor l'avait évoquée dans un courrier la semaine dernière, estimant que l'opération pourrait mettre en péril la domination des États-Unis dans la 5G au profit de la Chine.

«C'est une vraie menace», estime James Lewis, ancien dans la sécurité nationale, aujourd'hui vice-président du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS).

«Toutes les administrations depuis 2002 ont compris que nous étions vulnérables à l'espionnage chinois s'ils contrôlent l'infrastructure. Qualcomm, et à un certain degré (l'équipementier) Cisco, sont les deux derniers qui permettent aux États-Unis de rester dans le jeu en matière de télécoms, et on ne veut pas les perdre», explique M. Lewis.

C'est Qualcomm, qui s'opposait depuis des mois aux visées de son rival, qui avait saisi le Comité sur les investissements étrangers (CFIUS), chargé d'examiner rachat ou investissement étrangers à l'aune de la sécurité nationale.

La peur de Huawei

Pour le CFIUS, une prise de contrôle de Qualcomm -leader dans la 5G grâce à ses nombreux brevets- affaiblirait les États-Unis et faciliterait l'ascension d'entreprises chinoises, comme Huawei.

Indispensable au développement de nombreux services - voitures connectées, robotique...-, la 5G revêt des enjeux majeurs.

Pour rassurer les autorités américaines, Broadcom, qui a réfuté lundi tout problème de sécurité nationale, avait même promis des investissements pour garantir la domination américaine dans la 5G.

L'entreprise, née du rachat du groupe américain du même nom par un groupe américano-singapourien, avait aussi promis de revenir se domicilier aux États-Unis.

Pour James Lewis, c'est donc que les autorités ont trouvé un élément suffisamment inquiétant.

«Peut-être est-ce l'argent, peut-être est-ce le contrôle, peut-être est-ce quelque chose que nous ne savons pas qui justifie ce genre de mesure draconienne», dit-il.

Paul Rosenzweig, ancien cadre du ministère de la Sécurité intérieure reconverti dans le conseil, pense aussi que les inquiétudes étaient légitimes.

«Nul n'en a la certitude, mais il y des soupçons sur le but ultime de Broadcom, qui serait d'aider Huawei, pour tenter d'écraser le développement de la 5G par les Américains», écrivait-il récemment sur le blog Lawfare, spécialisé dans la sécurité nationale.

«Le problème 5G»

Selon lui, Broadcom aurait pu renverser la direction de Qualcomm, réduire les dépenses de Recherche et Développement (R&D) dans la 5G ou empêcher le groupe de participer à la mise au point des normes 5G.

Qui plus est, notait M. Rosenzweig, «Qualcomm est un fournisseur du gouvernement américain, avec une habilitation secret défense. En cas de rachat par une entreprise étrangère, ce statut pourrait être remis en question».

C'est le groupe chinois Huawei, troisième fabricant mondial de téléphones intelligents (derrière Samsung et Apple) et très actif dans la 5G, qui semble concentrer toutes les inquiétudes américaines.

Ce qui lui a vraisemblablement valu, en janvier, de voir capoter ses projets de partenariat avec les opérateurs américains AT&T et Verizon.

«Huawei est sans doute la seule entreprise qui propose une gamme complète de produits pour la 5G», souligne James Lewis, estimant qu'il se positionne «pour devenir le premier équipementier» 5G.

Pour M. Lewis, l'administration «a pris conscience du problème 5G» et des risques d'espionnage, comme la montré l'idée -qui a un temps flotté à Washington récemment- d'un réseau 5G nationalisé.

Broadcom suscitait d'autant plus d'inquiétudes qu'il a la réputation de réduire énormément les coûts, alors que Qualcomm dépense beaucoup en R&D, explique Bob O'Donnell, à la tête du cabinet Technalysis Research.

Sans les «avancées» dues à Qualcomm, «les télécoms ne seraient pas aussi avancés» aujourd'hui, estime-t-il.

Pour l'analyste Patrick Moorhead (Moor Insights & Strategy), le secteur pousse un «"ouf" de soulagement».




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