Le CH secouera-t-il sa guigne européenne?

Fort d'un premier contrat avec le Canadien, Artturi... (Archives La Presse)

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Fort d'un premier contrat avec le Canadien, Artturi Lehkonen aura la chance de se tailler un poste à Montréal cet automne et pourrait, du coup, redorer le blason de l'organisation en ce qui a trait aux nombreux projets européens tentés dans les rondes tardives n'ont jamais abouti.

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Il s'est passé huit ans entre deux repêchages où le Canadien a réclamé un Européen développé en Europe et ayant atteint la Ligue nationale. Certes, les Sergachev, Scherbak, Andrighetto et autres sont tous Européens, mais ils évoluaient dans le junior canadien au moment d'être réclamés.

C'est donc dire qu'entre Sergei Kostitsyn, repêché en 7e ronde en 2005 alors qu'il jouait encore à Gomel, et Jacob De La Rose, qui patinait à Leksand au moment de devenir un choix de deuxième tour en 2013, ç'a été le désert. À moins que vous n'insistiez pour dire que les 107 secondes de Joonas Nattinen constituent un succès notable.

L'organisation pourrait reprendre du poil de la bête cet automne si Artturi Lehkonen parvient à se tailler un poste à Montréal. Mais jusqu'à preuve du contraire, l'Europe n'aura guère été un gage de succès pour le Tricolore depuis 10 ans. Les nombreux projets tentés dans les rondes plus tardives n'ont jamais abouti.

Trevor Timmins, le directeur du recrutement amateur, explique les difficultés que soulève le développement du talent européen par le fait que, pendant quelques années, les équipes n'ont eu que deux ans pour faire signer des contrats à leurs espoirs évoluant en Europe.

«Il y a eu des changements avec la convention collective. Auparavant, on ne gardait les droits sur les joueurs européens que pendant deux ans, alors que c'est quatre maintenant.»

Trevor Timmins

« Dans un système plus ancien encore, on repêchait un Européen et on maintenait les droits sur lui jusqu'à ce qu'on décide de le libérer, a rappelé Timmins. On pouvait garder un joueur pendant six ans et attendre qu'il soit prêt à apporter une contribution immédiate parce qu'il avait joué tout ce temps-là en Russie ou ailleurs. »

Alexei Emelin (2004), le dernier défenseur ayant fait son junior en Europe à avoir percé la formation du Canadien, en est un bon exemple. Le Tricolore a attendu sept ans avant de le voir débarquer à Montréal.

L'ÉCLOSION TARDIVE DE PRIBYL

La fenêtre de deux ans, elle, a compliqué les choses.

Un joueur comme Daniel Pribyl, que Timmins avait repêché en sixième ronde en 2011, a été ennuyé par les blessures lors des deux saisons suivantes. La nouvelle direction menée par Marc Bergevin l'a tout simplement laissé tomber.

Or, il a fini par devenir une vedette dans l'Extraliga tchèque et a signé un contrat avec les Flames de Calgary le 29 avril.

« J'ai fait deux camps de développement, a rappelé Pribyl, qui ignore pourquoi le CH a baissé les bras dans son cas. La relation était bonne, mais on ne parlait pas beaucoup. Je parlais surtout au dépisteur européen qui est présent en République tchèque et en Slovaquie. »

L'INTERVENTION DES DÉPISTEURS

Voilà un autre facteur qui entre en jeu. Alors que Martin Lapointe et Rob Ramage sillonnent l'Amérique du Nord pour superviser le développement des espoirs de l'organisation, les interventions en Europe sont plus limitées. Or, ce sont les recruteurs qui exercent un suivi après le repêchage.

Un joueur comme Lukas Vejdemo, choix de troisième ronde du Canadien l'an dernier, a reçu une visite de Lapointe durant la saison, mais a surtout gardé contact avec l'organisation par l'entremise du recruteur suédois Christer Rockström.

« Il est recruteur depuis tellement d'années, il est connu en Suède, confie Vejdemo à propos de cet éclaireur connu pour avoir déniché Nicklas Lidström dans l'organisation des Red Wings de Detroit.

« [Christer Rockström] est un homme sérieux, mais qui communique beaucoup. Je l'aime beaucoup. Quand je le rencontre, il me montre des exercices que fait Artturi Lehkonen et m'encourage à faire de même. »

«J'ai senti tout au long de la saison que l'équipe voulait rester en contact avec moi et qu'elle se souciait de moi.»

Lukas Vejdemo, choix de troisième ronde en 2015
Lukas Vejdemo lors du camp de développement du... (Photo Olivier PontBriand, archives La Presse) - image 5.0

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Lukas Vejdemo lors du camp de développement du Canadien l'an dernier, quelques jours après avoir été sélectionné en troisième ronde par la formation montréalaise

Photo Olivier PontBriand, archives La Presse

C'est ce même Rockström qui a fait pression sur Timmins, à la fin du tout dernier repêchage, pour que le Canadien fasse une transaction et se dote d'un choix de septième ronde pour repêcher le défenseur Arvid Henrikson.

« Nous pensons qu'il est passé sous le radar cette année, expliquait Timmins au terme du repêchage. Son style s'apparente à celui de Jonathan Ericsson et nous croyons qu'il a énormément de potentiel. On ne voulait pas risquer qu'il soit admissible au repêchage l'an prochain et que quelqu'un le réclame en deuxième ou troisième ronde. »

PATIENCE

Grâce à la fenêtre de quatre ans pour mettre sous contrat un espoir évoluant en Europe, le Canadien peut davantage laisser de temps aux jeunes pour gagner en maturité physique, un peu comme ces espoirs qui passent plusieurs saisons dans les universités américaines.

« C'est correct de les laisser en Europe pour qu'ils se développent, comme on l'a fait avec Lehkonen, dit Timmins. Il affichait un petit recul physiquement. Et ce n'est pas grave si ces joueurs restent dans un environnement qui leur est familier. »

Lukas Vejdemo, un Suédois encore un peu frêle, a atteint la saison dernière son objectif de décrocher un poste avec Djurgarden. Si l'on tient compte des matchs joués avec l'équipe nationale, il dit avoir disputé environ 85 matchs, soit le double des matchs qu'il jouait les années précédentes.

Il veut maintenant devenir plus fort.

«Je ne me sens pas pressé, ce n'était que ma première saison. La Ligue de Suède est de bon calibre et je me développe aux côtés de bons joueurs. Quand je serai prêt, je ferai le saut et tenterai de décrocher un poste à Montréal.»

Lukas Vejdemo

Henrikson, qui est beaucoup plus imposant à 6 pieds 5 et 207 livres, soutient que ses coéquipiers et lui sont en gymnase six jours par semaine durant la saison morte.

« Je vois mon repêchage comme un processus sur cinq ans, explique-t-il. Je ne précipiterai rien. Je vais juste travailler fort tous les jours afin de m'approcher de mon but. »

Après des années à voir les Nichlas Torp, Maxim Trunev et autres John Westin repêchés avant de sombrer dans l'oubli, l'Europe sourira-t-elle davantage au Tricolore ?

Les Européens des dix derniers repêchages

Pavel Valentenko (D) 5e ronde (139e) 2006

Nichlas Torp (D) 6e ronde (163e) 2007

Maxim Trunev (AD) 5e ronde (138e) 2008

Joonas Nattinen (C) 3e ronde (65e) 2009

Alexander Avtsin (AD) 5e ronde (109e) 2009

Petteri Simila (G) 7e ronde (211e) 2009

John Westin (AG) 7e ronde (207e) 2010

Magnus Nygren (D) 4e ronde (113e) 2011

Daniel Pribyl (C) 6e ronde (168e) 2011

Sebastian Collberg (AD) 2e ronde (33e) 2012

Erik Nystrom (AG) 6e ronde (154e) 2012

Jacob De La Rose (AG) 2e ronde (34e) 2013

Artturi Lehkonen (AG) 2e ronde (55e) 2013

Lukas Vejdemo (C) 3e ronde (87e) 2015

Arvid Henrikson (D) 7e ronde (187e) 2016

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