Oleg Petrov: un expatrié épanoui

Oleg Petrov a terminé en tête des compteurs... (Photo André Pichette, La Presse)

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Oleg Petrov a terminé en tête des compteurs du Canadien en 2001 sous l'autorité d'un entraîneur qui en était à son premier tour de piste à Montréal : Michel Therrien.

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Premier joueur russe de l'histoire à porter l'uniforme du Canadien, membre du «trio des Schtroumpfs» avec Saku Koivu et Valeri Bure, Oleg Petrov est demeuré attaché à Montréal et il y vit à temps plein. En fait, il n'a jamais vraiment quitté la métropole. Il pourrait peut-être même construire votre prochain condo. Portrait d'un expatrié épanoui.

En quittant le vestiaire du vétuste aréna Cartier, sur le Plateau Mont-Royal, les joueurs reliront deux fois la feuille sur laquelle figure la composition des équipes d'une ligue de garage.

Oleg Petrov dans l'équipe des blancs? En plein mois d'octobre? N'a-t-il pas quitté Montréal après son dernier match avec le Canadien il y a dix ans? N'est-il pas rentré en Russie après quelques années en Suisse pour poursuivre sa carrière dans la KHL?

Une fois sur la glace, il apparaît. C'est bien lui, celui qui a même terminé en tête des compteurs du CH en 2001 sous l'autorité d'un entraîneur qui en était à son premier tour de piste à Montréal: Michel Therrien.

Amoureux de Montréal comme son grand copain Andrei Markov, Oleg Petrov a choisi de faire sa vie dans la métropole. «J'y ai toujours gardé une résidence, confie-t-il, même quand je jouais en Suisse ou en Russie. Je passais au moins quatre mois par année ici.»

Petrov a trouvé l'amour ici, il a deux enfants avec sa femme et un fils d'une union précédente. «Elle voulait garder une attache ici, mais moi aussi, c'est l'endroit où je voulais demeurer. Les gens qui me reconnaissent sont surpris de me voir ici, mais j'habite Montréal depuis que j'ai cessé de jouer avec le Canadien.»

Petrov, 43 ans, s'est lancé dans l'immobilier à temps plein depuis sa retraite du hockey. «Nous construisons des condos dans le coin du marché Jean-Talon. J'ai aussi bâti ma propre résidence. Je me charge du design, je supervise les chantiers, j'assure le suivi avec les clients.»

Les premières fois, sur les chantiers, ses employés faisaient une drôle de tête en le voyant. «Certains me connaissaient comme joueur, ils se demandaient ce que je faisais là. Ils sont habitués maintenant, on travaille étroitement.»

Petrov a eu l'occasion d'améliorer son français. «Les employés rigolent quand je leur parle en français, raconte-t-il en riant. Mais je n'ai pas le choix, certains ne comprennent pas l'anglais!»

Ce choix de sixième ronde du Canadien en 1991 a disputé 382 matchs dans la LNH, récoltant 187 points. Après avoir joué brièvement pour les Predators de Nashville en 2003, il est retourné en Suisse pour y disputer quatre saisons (il y avait joué trois ans plus tôt dans sa carrière), avant de passer ses six dernières saisons dans la KHL.

Il a pris sa retraite au printemps 2013 et tâté un peu du métier d'entraîneur, l'an dernier en Russie, avant de rentrer à Montréal. Une expérience riche en émotions, puisqu'il était derrière le banc de la formation Lokomotiv Yaroslavl, celle-là même qui a perdu tous ses joueurs dans un accident d'avion il y a trois ans.

«Je fais du recrutement pour eux depuis l'Amérique du Nord quand leur entraîneur a été congédié. Ils ont embauché Dave King et m'ont demandé si je voulais lui donner un coup de main puisqu'il ne parlait pas la langue. C'était très chargé d'émotion pour moi, car je connaissais de nombreux joueurs qui ont péri dans l'accident. Ils n'ont pas disputé la saison qui a suivi le drame, mais ont pu se reconstruire en recevant le meilleur espoir de chaque formation et en embauchant quelques vétérans.

«À la surprise générale, nous avons atteint la demi-finale le printemps dernier. Nous avons éliminé les champions en titre, le Dynamo de Moscou, puis l'équipe d'Ilya Kovalchuk, Saint-Pétersbourg, classée deuxième. Ç'a été l'histoire Cendrillon du monde du hockey en Russie.»

Le nouveau Petrov

Petrov sourira souvent au cours de l'entretien. Il est affable. L'homme a beaucoup changé depuis l'époque où il portait l'uniforme tricolore. Le taciturne et solitaire qui longeait les murs et fuyait les journalistes n'existe plus. «On vieillit, on progresse, confie-t-il. Je ne suis pas le même Petrov. On change beaucoup à côtoyer une autre culture sur une base régulière.»

Il demeure néanmoins très attaché à sa Russie natale. «Ma famille y est toujours, avec ma soeur et ses trois enfants. J'ai essayé de les emmener ici, mais ils préfèrent Moscou. La Russie est devenue très nord-américaine. Il y a beaucoup de grandes chaînes. Elle est très proche géographiquement de l'Europe, mais ressemble davantage à l'Amérique du Nord. Les gens sont pressés, ils veulent faire de l'argent. Il y a cependant encore de nombreux défis à relever. La pauvreté est importante, plusieurs personnes âgées en arrachent. Mais on va dans la bonne direction.»

Petrov aura eu l'honneur d'être le premier Russe à porter l'uniforme du Canadien. «C'est un honneur. J'avais 18 ans quand l'URSS et le monde communiste se sont désintégrés. Fetisov a été le premier à partir. Une dizaine ont suivi. Quand ce fut mon tour, une grande vague a commencé. Si on m'avait dit le jour de mon départ que je passerais le reste de ma vie à Montréal, j'aurais cru à une très bonne blague!»

Manque de pot, il a disputé un seul match en séries éliminatoires au printemps 1993, de sorte que son nom n'apparaît pas sur la Coupe.

«Même si je n'ai pas eu la bague et le nom, j'étais au sein de l'équipe, j'ai vu comment ça s'est passé, j'en ai conservé des souvenirs impérissables qui m'ont aidé dans ma carrière. J'ai été chanceux de faire partie de cette organisation en 1993.»

Petrov a connu cinq entraîneurs à Montréal: Jacques Demers, Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien et Claude Julien. Son préféré? «Michel Therrien, dit-il sans hésiter. Il a été bon pour moi. J'avais une bonne relation et j'ai connu mes meilleures années avec lui.»

Pour les curieux, les blancs ont gagné le premier match 5-3, et perdu le second 5-1. Petrov volait sur la glace, mais il a été bon prince. Il a distribué la rondelle généreusement, se privant même de tirer au but quand il en avait la chance.

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