Trop bons pour leur propre bien?

Gabriel Perron et Charles-Alexis Raymond veulent jouer au... (Photo Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Gabriel Perron et Charles-Alexis Raymond veulent jouer au hockey junior A sans contact dans leur région. Mais un règlement de Hockey Mauricie les oblige à jouer dans une catégorie supérieure avec mises en échec.

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Ils sont cinq étudiants au cégep et à l'université. Ce qu'ils veulent? Jouer au hockey junior A sans contact dans leur région. Mais un règlement de Hockey Mauricie les oblige à jouer dans une catégorie supérieure avec mises en échec. Sont-ils trop bons pour leur propre bien?

Le hockey a déjà représenté beaucoup dans la vie de Gabriel Perron. Mais par les temps qui courent, le jeune homme de 18 ans a surtout ses études en tête. Perron veut «jouer pour le fun» avec ses amis. Ça fait un bout qu'il ne rêve plus à la Ligue nationale.

«Mes études prennent plus de place que le hockey, maintenant», dit-il. Alors avec quatre amis, anciens du hockey collégial division 1 (D1), il avait un plan bien simple: se joindre à l'équipe junior A de Cap-de-la-Madeleine dans le hockey civil.

Le hic? Hockey Mauricie a interdit à ces cinq joueurs d'évoluer dans cette catégorie. L'organisation veut qu'ils jouent dans la catégorie supérieure, le junior AA. Elle cite un règlement unique à la Mauricie et qui interdit aux anciens joueurs de D1 - tout comme aux anciens du junior majeur et à ceux de calibre junior AAA - de jouer dans une catégorie «simple lettre». Il s'agit d'une question d'équilibre des forces dans la ligue, explique la fédération mauricienne.

Mais Perron ne veut rien savoir du junior AA. «J'ai 30 heures de cours par semaine, je n'ai pas le temps de jouer dans cette catégorie», dit l'élève en maintenance industrielle au cégep de Trois-Rivières. Perron ne veut pas non plus jouer avec des mises en échec, permises au AA, mais interdites dans le junior A.

«Je ne voudrais pas prendre le risque de me faire arracher la tête. Dans le junior AA, il y en a qui jouent plus pour s'arracher la tête que pour jouer au hockey, explique Perron. Ça prend un coup à la tête et là, t'as une commotion cérébrale. Ça nuit vraiment aux études. Tu peux moins te concentrer, t'as mal à la tête, tu dois consulter un médecin.»

Lors d'un entretien téléphonique, Hockey Mauricie confirme que les jeunes ne pourront se joindre à une équipe junior A.

«Avant l'adoption du règlement en 2010, on se retrouvait avec des équipes qui avaient de la difficulté. Il y avait des écarts de pointage élevés. Ces joueurs-là étaient vraiment trop forts, explique André Ricard, président de Hockey Mauricie. Je comprends leur point de vue. Je ne suis pas là pour les empêcher de jouer. Mais on a des règlements à appliquer.»

Les cinq jeunes ont signé samedi une lettre sur Facebook pour dénoncer la situation. Ils en ont envoyé une copie à Hockey Québec, qui l'a bien reçue. La Fédération rappelle que ce règlement a été adopté à l'unanimité par les 15 associations mauriciennes.

«Mon fils joue junior dans une autre région, dans le junior B, explique Yvan Dallaire, responsable de la régie à Hockey Québec. Une année, il y avait trois joueurs de junior AAA. Les quatre premiers matchs ont tous fini par une différence de 10, 12, 15 buts. Dans le junior, quand on est rendus à 10 buts de différence, qu'est-ce qui arrive des fois? Les fils se touchent.»

Pourquoi les mises en échec?

Le cas de ces cinq jeunes de la Mauricie est loin d'être unique: chaque année, des cas similaires se produisent, où des jeunes sont forcés d'évoluer dans des catégories supérieures parce qu'ils sont trop talentueux. Sans de tels règlements, l'équilibre des forces serait rompu, fait valoir Hockey Québec. «Chaque année, il y a toujours un coach qui attire des jeunes pour se monter une équipe», dit Yvan Dallaire, de Hockey Québec.

Mais la situation de Gabriel Perron et de ses amis soulève une autre question: pourquoi les mises en échec perdurent-elles dans le hockey junior AA? À cet âge, les meilleurs joueurs évoluent dans la LHJMQ et le junior AAA. Le AA n'est pas une ligue de développement. Alors pourquoi les mises en échec?

«La réflexion sur la mise en échec se poursuit. On se questionne par ailleurs au junior AA, parce qu'à part de très, très rares exceptions, aucun jeune ne va faire carrière dans la Ligue nationale», admet Yvan Dallaire.

Déjà, cette saison, la ligue junior AA de Montréal, Laval et Richelieu a décidé d'appliquer de son propre chef la mise en échec avec restriction: un projet-pilote qui interdit les coups derrière les buts et au centre de la glace (c'est ce projet-pilote que le hockey scolaire refuse d'appliquer cette année).

Mais en Mauricie, il n'y a rien de tel. Gabriel Perron devra jouer avec mises en échec dans le junior AA à moins d'un revirement de situation. Il espère simplement que son trimestre n'en souffrira pas. «J'ai déjà subi une commotion, à 13 ou 14 ans, dit-il. C'est pas le fun à vivre. Pendant deux mois, tu as mal à la tête. L'école devient difficile. Mais je veux continuer à jouer. Je ne veux pas leur donner satisfaction et arrêter le hockey.»

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