Hépatite C: remède novateur, facture salée

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Charles Rice, de l'Université Rockefeller, a obtenu les prix Robert-Koch et Lasker pour ses travaux sur le virus de l'hépatite C.

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Depuis quelques années, des traitements révolutionnaires, mais extrêmement coûteux, permettent de guérir l'hépatite C en moins de deux mois au lieu d'un an, et avec beaucoup moins d'effets secondaires. Ces médicaments antiviraux n'auraient pas pu être découverts sans le travail essentiel de Charles Rice, de l'Université Rockefeller, qui a découvert comment reproduire - et donc tester - le virus de l'hépatite C en laboratoire. Cette avancée lui a valu deux prix souvent considérés comme les précurseurs du Nobel de médecine, le Robert-Koch et le Lasker. La Presse a rencontré M. Rice vendredi, alors qu'il donnait une conférence au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM).

Pourquoi avoir choisi de travailler sur l'hépatite C ?

Ce n'était pas mon intention première. Au départ, je voulais étudier l'oursin, mais je n'ai pas eu mon premier choix de laboratoire, alors je me suis mis à étudier la fièvre jaune à l'Université Washington à St. Louis. En 1989, des chercheurs de Chiron [une firme californienne de biotechnologie] ont identifié le virus de l'hépatite C, qui s'est révélé être dans la même famille. Nous avons profité de notre expertise pour nous lancer dans l'hépatite C et nous avons réussi à avoir des modèles animaux et de culture cellulaire entre 1997 et 1999. On a pu commencer à tester les médicaments antiviraux.

Les nouveaux médicaments contre l'hépatite C suscitent la controverse parce qu'ils sont très chers, entre 50 000 et 60 000 $ par patient. Qu'en pensez-vous ?

Je n'ai rien à gagner de ces coûts très élevés. C'est un peu frustrant, parce qu'il y a d'énormes avantages à traiter tous les patients rapidement. En même temps, je comprends que les sociétés pharmaceutiques ont besoin de récupérer les sommes qu'elles investissent dans la recherche, pour des médicaments qui parfois ne fonctionnent pas ou ne sont pas approuvés. Il y a des efforts en cours pour s'assurer que ces antiviraux soient offerts à moindre coût dans les pays qui ne peuvent pas se les permettre.

Quelle est la prochaine étape dans la recherche sur l'hépatite C ?

On comprend encore mal la fonction de certaines des cibles des médicaments. Il faut continuer à étudier le virus. Mais avec des traitements efficaces à plus de 95 %, parfois 99 %, en deux à trois mois, sans effets secondaires, il peut y avoir une réaction excessive et qu'on se mette à considérer qu'il n'y a plus rien à faire.

Se pourrait-il qu'une résistance aux médicaments apparaisse ?

Il y a quelques rapports de résistance, mais c'est très rare. Et au fur et à mesure qu'on apprendra à utiliser les trois différentes classes d'antiviraux offerts en cocktail, il sera possible de s'assurer qu'il n'y aura jamais de résistance.

Dans votre conférence, vous parlez de la nouvelle direction prise par vos recherches.

Historiquement, on traitait l'hépatite C avec des interférons, une portion très archaïque du système immunitaire, du point de vue de l'évolution. J'ai voulu comprendre pourquoi ils fonctionnaient. Ça ne sert à rien pour le traitement de l'hépatite C. Un chercheur qui voulait faire son postdoctorat a remarqué que les interférons stimulaient des gènes qui étaient déjà activés dans les cellules souches [un type de cellule abondant dans l'embryon et qui peut se transformer en n'importe quel type de cellule]. Quand il m'en a parlé lors du souper durant lequel je l'interviewais, nous avons immédiatement vu l'importance de ces recherches.

Quel en sera l'impact clinique ?

C'est surtout de la biologie fondamentale, la compréhension de différentes composantes de l'immunité. Mais ça pourrait être important pour une nouvelle approche pour lutter contre le cancer, la thérapie virale oncolytique. On prend des virus qui ciblent les tumeurs, dans lesquelles les cellules souches jouent un rôle important. En plus, le système immunitaire du patient est stimulé par ces virus.

À MONTRÉAL AUSSI

Montréal a joué un rôle important dans la mise au point des nouveaux médicaments pour l'hépatite C. Une équipe de la firme allemande Boehringer Ingelheim, dirigée par Daniel Lamarre, a découvert en 2003 la première molécule, qui a fini par être commercialisée en 2013. « Nous avons commencé à travailler sur le virus de l'hépatite C en 1995, dit le Dr Lamarre, qui est maintenant au Centre de recherche du CHUM. J'avais fait venir Charlie [Charles Rice] dans nos laboratoires à Laval. » Boehringer Ingelheim a cessé ses activités de recherche au Québec en 2013.

«40 000 à 70 000

Nombre de Québécois atteints d'hépatite C

Source : INSPQ

1100

Nouveaux diagnostics d'hépatite C au Québec chaque année

Source : INSPQ

3000 

Nombre de Québécois qui sont hospitalisés chaque année à cause de l'hépatite C

Source : INSPQ»





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