Un âge minimum pour les sucreries?

De plus en plus d'études montrent que manger... (Photo: Steve Deschênes, Archives Le Soleil)

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De plus en plus d'études montrent que manger trop de sucre dérègle l'appétit et crée une dépendance.

Photo: Steve Deschênes, Archives Le Soleil

Comme l'alcool, les sucreries devraient être réglementées, car elles sont aussi toxiques et néfastes pour la santé publique. Les autorités pourraient commencer par interdire les publicités de bonbons, gâteaux et autres boissons sucrées, puis interdire la vente de ces produits dans les restaurants, dépanneurs et épiceries près des écoles. D'ici 10 ou 15 ans, on pourrait fixer un âge minimum pour l'achat d'aliments contenant trop de sucre.

Tel est le plaidoyer qu'ont publié hier trois chercheurs californiens dans la prestigieuse revue Nature. «Les trois quarts des frais médicaux aux États-Unis sont consacrés au traitement des problèmes métaboliques associés à l'alimentation, essentiellement au sucre, explique l'auteur principal, Robert Lustig, de l'Université de la Californie à San Francisco. De plus en plus d'études montrent que manger trop de sucre dérègle l'appétit et crée une dépendance. Aucune étude n'a jamais comparé les coûts de l'alcool, du tabac et du sucre, mais, à mon avis, c'est comparable aux coûts qu'entraînent le tabac et l'alcool, tant pour les consommateurs que pour ceux qui respirent la fumée secondaire et périssent dans des accidents de la route causés par l'alcool.»

150 milliards par an

Selon le chercheur, le sucre entraîne des frais médicaux de 150 milliards de dollars par année aux États-Unis et des pertes de productivité de 65 milliards.

Sera-t-il possible d'avoir l'appui du public malgré le fait que le sucre ne cause pas de problèmes évidents comme la fumée dans les restaurants et l'alcool au volant? «C'est sûr que ça va jouer dans le débat, dit le Dr Lustig. C'est pour ça que je ne prévois pas qu'on puisse limiter l'âge légal pour l'achat de produits sucrés avant au moins 10 ou 15 ans.» L'an dernier, le Dr Lustig a publié une étude dans laquelle il affirme que la bouffe-minute (fast food) crée une dépendance. En 2009, il a fait partie d'un comité de l'American Heart Association qui a recommandé une réduction de 50% à 75% de la consommation de sucre.

Le pédiatre californien a une théorie sur les causes de la dépendance au sucre: autrefois, la seule manière d'en consommer était pratiquement de manger des fruits. Or, les fruits poussent en été, et c'était la saison où les hommes préhistoriques devaient emmagasiner des calories pour survivre à la disette de l'hiver. Donc, le sucre pousse à manger davantage.

Désordres métaboliques

Le Dr Lustig croit en outre que le sucre cause plus de problèmes de santé que l'obésité. «On a de la difficulté à démontrer que l'obésité réduit beaucoup l'espérance de vie. À mon avis, c'est parce que le coupable est le sucre, qui cause des désordres métaboliques. Un obèse sur cinq n'a pas de désordres métaboliques et 40% des non-obèses en ont.»

Taxer les produits sucrés et en limiter la vente, n'est-ce pas une taxe sur la pauvreté? Que feront les gens dont le seul plaisir est de manger un gâteau avec une boisson gazeuse? «Le plaisir ne mène pas nécessairement au bonheur. Si l'humanité en est là, c'est vraiment triste.»

L'industrie alimentaire est peu réceptive aux thèses du Dr Lustig, tout comme les organismes de lutte contre l'abus d'alcool. «Assimiler l'alcool au sucre ne me semble pas très scientifique ni très rigoureux», dit Hubert Sacy, directeur général d'Éduc'alcool. «La comparaison n'est certainement pas la bienvenue.» La consommation de boissons gazeuses a diminué de 30% depuis 11 ans au Canada alors que l'obésité continue à augmenter, souligne pour sa part Stephanie Baxter, de l'Association canadienne des boissons. «Lier le sucre à des maladies comme l'obésité, le diabète ou l'hypertension est une réponse simple à une question complexe.»

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