Un forage de glace sur le Mont-Blanc pour la science du futur

Trois carottes de 10 cm de diamètre et de... (Photo PHILIPPE DESMAZES, AFP)

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Trois carottes de 10 cm de diamètre et de plus de 120 m de long doivent être forées. Les cylindres de glace sont extraits par tronçon de 1 mètre, brossés, mesurés et empaquetés dans un film plastique. Les carottes sont ensuite rangées dans des caisses isothermes et stockées dans la neige avant leur héliportage dans la vallée.

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Antoine AGASSE
Agence France-Presse
CHAMONIX

À 4300 mètres d'altitude, sur le Mont-Blanc, des scientifiques en tenue d'alpiniste manient la glace avec des précautions d'orfèvre. En quelques jours, ils ont prélevé plusieurs tonnes de cet « or blanc » destiné à la science du futur.

Sur le grand replat enneigé du col du Dôme, dans les Alpes françaises, les grimpeurs engagés dans l'ascension du Toit de l'Europe (4810 m) ne peuvent échapper à ce drôle de « camp de base » : trois tentes, un carottier aux airs de petit puits de pétrole et un grand dôme orange pour emballer les carottes de glace.

Sur un panneau destiné aux curieux, les scientifiques (russe, français et italiens) ont écrit : « Projet Ice memory ». Un projet un peu fou qui consiste à extraire de la glace sur le Mont-Blanc pour la conserver dans un « congélateur naturel » en Antarctique.

Car la glace, menacée par le réchauffement climatique, est une précieuse matière première pour les chercheurs. En se formant sous l'effet des chutes de neige, les glaciers emprisonnent en effet de petites bulles d'air et des impuretés, témoins de l'atmosphère d'il y a plusieurs dizaines ou centaines d'années.

C'est ainsi que les glaciologues ont pu établir le lien entre températures et gaz à effet de serre ou étudier l'évolution de la pollution ou de l'activité industrielle. Et dans quelques années, les progrès techniques permettront sans doute de nouvelles découvertes... à condition qu'il reste de la glace à analyser.

Des carottes de 120 mètres

« Trois à quatre tonnes de glace vont descendre du col du Dôme cette année », souligne Patrick Ginot, glaciologue à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et coordonnateur de l'opération.

Trois carottes de 10 cm de diamètre et de plus de 120 m de long doivent être forées. L'une d'entre elles sera analysée dans un laboratoire à Grenoble (centre-est) pour constituer une base de données ouverte à tous les scientifiques. Les deux autres devraient rejoindre à l'horizon 2020 une cave de neige sur la base franco-italienne Concordia, en Antarctique.

Les cylindres de glace sont extraits par tronçon de 1 mètre, brossés, mesurés et empaquetés dans un film plastique. Les carottes sont ensuite rangées dans des caisses isothermes et stockées dans la neige avant leur héliportage dans la vallée.

Un travail minutieux qui permet d'extraire 50 mètres de glace par jour quand les conditions météo sont bonnes et qu'il n'y a pas d'incident technique.

Projet similaire en Bolivie

Le week-end dernier, 30 cm de neige sont tombés sur le col du Dôme. « Quand le temps est mauvais, c'est dur. Samedi, ça bastonnait, on a bossé toute la journée. Et les vêtements ne sèchent pas », raconte Bruno Jourdain, enseignant chercheur au laboratoire de glaciologie de Grenoble.

Et lundi, les chercheurs ont passé la journée à déblayer leur campement enseveli par la poudreuse.

« Le soir, il fait très froid et on doit porter une tonne de matériel lors des héliportages », raconte François Burgay, doctorant italien à l'Université de Venise. « Mais la nuit, le paysage est merveilleux. »

Deux carottes de 126 et 129,7 mètres de long ont déjà été descendues dans la vallée. La troisième devrait l'être lundi 29 août. Elles seront stockées dans un entrepôt frigorifique près de Grenoble avant de partir en Antarctique, une terre sans souverain où la température moyenne avoisine -50 °C.

Une opération similaire doit être menée sur le glacier de l'Illimani (Bolivie), à 6300 mètres d'altitude, en mai 2017. Cette fois, les carottes devront être descendues à pied, dans des conditions très difficiles.

Le projet du Mont-Blanc s'inscrit dans un programme de l'agence de l'ONU pour la science et la culture, l'UNESCO, et est notamment soutenu par le Centre national français de la recherche scientifique, l'Université Ca'Foscari de Venise et l'Université Grenoble Alpes (UGA).

Mais faute de financement public, il est payé par des mécènes privés. Environ un million d'euros restent à trouver pour financer les analyses et le transport de la glace vers le continent blanc.

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