Julien Hardy, orfèvre du bois

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L'usage du rabot assure un fini lisse et satiné qui n'a aucun besoin de sablage.

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Dans ce monde qui carbure à l'instantané, au préfabriqué et au jetable, le métier d'ébéniste fait appel à la lenteur, à la précision, à la qualité sans compromis. Mais certains, sur cette voie, vont plus loin que d'autres. Portrait.

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Après quelques coups de rabot, Julien Hardy vérifie avec une équerre si sa pièce est bien droite.

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Parmi les outils, cette collection d'égoïnes anciennes.

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Au-dessus de l'établi de Julien Hardy s'alignent des outils dont l'usage se perd autant que le vocabulaire : chignoles et vilebrequins ; bouvets, doucines, guimbardes et autres varlopes. Des scies et des égoïnes à la poignée finement ouvragée sont pendues à des crochets, à côté d'une perceuse à l'impressionnante manivelle de fonte.

C'est que Julien Hardy a choisi de ne travailler qu'avec ces nobles outils venus d'un autre siècle (peut-être même de celui d'avant). Rien d'électrique dans son minuscule atelier, hormis une scie à ruban, qu'il utilise si rarement, du reste, qu'elle disparaît presque sous la poussière.

Français d'origine, il a immigré ici il y a 20 ans. Il a bossé comme directeur artistique dans le domaine de la publicité avant de suivre son premier cours d'ébénisterie, presque par hasard, il y a huit ou neuf ans. « Mais je détestais le bruit des machines. Et je me disais que, avant l'invention des outils électriques, les gens fabriquaient tout de même des meubles qui ont traversé les siècles. »

Il s'est donc mis à chercher d'autres façons de faire, à s'inspirer du mouvement arts and crafts, né en Angleterre en réaction à l'industrialisation, ou encore des Shakers de Nouvelle-Angleterre, dont les meubles sont connus pour leur qualité, leur durabilité et leur esthétique dépouillée. 

De fil en aiguille, Julien Hardy a découvert et intégré des techniques aussi vieilles que les arbres eux-mêmes : aux clous, vis et crampillons, il préfère tenons, mortaises et chevilles, plus solides, plus esthétiques aussi.

Aucune de ses pièces n'est sablée, fût-ce avec le plus fin des papiers. Le sablage, dit-il, « déchire le bois ». Ce fini satiné, chatoyant, doux comme une peau de bébé, il l'obtient au rabot et au racloir, tout simplement. 

Ensuite, il applique un produit protecteur fait d'huile d'abrasin (un arbre d'Asie du Sud-Est), de cire de carnauba ou d'abeille, de résines naturelles diluées dans la térébenthine, l'esprit d'agrumes ou l'alcool pur. C'est tout.

Maintenant qu'il est dépositaire, en quelque sorte, d'un savoir en voie d'extinction, Julien Hardy ne demande qu'à le transmettre. Mais il voit aussi dans sa démarche une sorte de manifeste contre l'hyperconsommation : « C'est un peu fou d'acheter 20 fois un meuble pas cher dans sa vie au lieu de n'en acheter qu'un seul, mais de qualité, dit-il. Un meuble durable a aussi l'avantage d'épargner la ressource, qui continue de nous fournir de l'oxygène au lieu de remplir les dépotoirs. »

C'est ainsi que Julien Hardy met au monde des meubles uniques à l'esthétique intemporelle, qu'il conçoit comme des biens durables faits pour être transmis d'une génération à l'autre. Chacune de ses créations, observée de près, révèle des détails d'une infinie délicatesse - une cheville d'une essence différente, une insertion discrète, une rainure qu'on n'attendait pas -, comme un clin d'oeil à celui ou celle qui prend le temps d'écouter la conversation qu'a eue l'artiste avec la matière. 

Vente d'atelier le 28 novembre de 11 h à 18 h, au 2317, rue Logan, à Montréal.

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