La revanche du macramé

Derrière un tissage mural ou une suspension pour... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Derrière un tissage mural ou une suspension pour plante, il y aura toujours un artiste, une histoire, car le macramé demeure une création humaine!

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Sara Barrière-Brunet
La Presse

Exit le brun, le hibou et les matières «ramasse-poussière»! Bienvenue aux couleurs éclatantes, aux laines douces et au minimalisme. Oui, le macramé refait surface. Mais il a bien évolué depuis ses années de folie hippie.

Il a connu son heure de gloire dans les années 70 et traîne une réputation d'artisanat «hippie-granola». Malgré tout, le macramé refait tranquillement surface dans des décors contemporains.

De migramah à macramé

Le mot «macramé» est un dérivé de l'arabe migramah, qui signifie «frange». C'est une pratique très ancienne; à la fin d'un tissu, on nouait ensemble les fils restants. Du nombre et de l'accumulation des noeuds résultait un motif ornemental. Par la suite, des créations entières ont ainsi été composées de noeuds.

Dans le livre Macrame, Creative Design in Knotting de Donna Z. Meilach, l'auteure explique que les vraies origines du macramé demeurent nébuleuses, car il existe peu d'informations sur les débuts de la pratique. On la retrouve en France et en Italie au XVe siècle. Au XIXe siècle, l'art des noeuds était très populaire auprès des marins anglais et américains, qui s'occupaient les mains pendant les longues heures à voguer sur l'océan. Ils ont créé de multiples objets utilitaires comme des franges pour les cloches, ou encore des pièces pour couvrir la barre du bateau. Avec l'arrivée de la radio au XXe siècle, le macramé comme passe-temps s'est toutefois perdu chez les marins.

On dit aussi que les missionnaires religieuses utilisaient une technique de macramé pour fabriquer de la dentelle.

En raison du nombre de voyages élevés des marins et des missionnaires, on trouve aujourd'hui le macramé aux quatre coins de la planète.

L'heure de gloire

«Dans les années 70, il y a eu un regain d'intérêt pour tout ce qui était artisanal. La plupart des dames avaient des métiers à tisser. Les gens cultivaient leur propre potager. L'idée était d'avoir un contact avec la matière», explique Isabelle Sentenne, professeure au Centre des textiles contemporain de Montréal.

Le macramé s'inscrivait très bien dans ce mouvement de valorisation du travail manuel.

Le Québec n'a certainement pas échappé à cette tendance mondiale. Francine Vandelac, artiste de la maille à qui le Musée du textile du Québec a consacré une rétrospective en 2014, raconte qu'elle a vu réapparaître le macramé vers le milieu des années 60 au Québec: «On sortait de la Révolution tranquille, et dans la turbulence du changement de vision de la mode, de la décoration, de la musique, toutes les formes d'artisanat venaient concrétiser la tendance hippie. On associait la technique du macramé au retour à la terre, à la nature, aux groupes qui vivaient en commune. Le tricot, le crochet et le tissage, toutes ces différentes techniques d'artisanat, sont revenus en force au Québec.»

Dans les années 80, l'intérêt pour le macramé s'est tranquillement perdu. La tendance est alors à la décoration plus classique, industrielle, et «le macramé, c'est l'anti-industriel», conclut Isabelle.

Et maintenant?

«On sent, depuis une dizaine d'années, un regain d'intérêt pour l'artisanal et le textile. Surtout dans la décoration intérieure, avec le tricot et le macramé», explique Isabelle Sentenne.

«Ceux qui s'intéressent au macramé, ce sont souvent des jeunes dans la vingtaine qui n'ont pas connu les années 70.»

Isabelle Sentenne

De nos jours, plusieurs artistes viennent redorer l'image du macramé. On songe à Annie Legault, l'artiste derrière Amulette, qui fabrique des lampes crochetées, des suspensions pour plantes et autres objets. Ses créations lumineuses s'apparentent à des méduses flottant dans l'espace et s'éloignent de la décennie embrumée aux effluves hippies.

Lorsqu'elle a feuilleté des magazines pour se remettre en tête le macramé façon années 70, Annie a eu un choc: «C'était écoeurant, dégueulasse, ce qui se faisait avec le macramé! Des théières, des boîtes à mouchoirs. Aujourd'hui, la façon dont on l'intègre est beaucoup moins intense qu'à l'époque. On a eu besoin d'une grande pause.»

Pour elle, la réapparition du macramé, et des formes d'art de la fibre, sont symptomatiques de l'abondance des décors froids et contemporains à la scandinave. «Je trouve que tout ce qui est offert sur le marché est très épuré. Du bois, du métal, des lignes dures. Dans une maison ultra contemporaine, en ajoutant une lampe en macramé, de matière naturelle, ça crée une opposition qui est très intéressante. La fibre naturelle apporte de la chaleur, elle adoucit.»

À la fois professeure et artiste, Isabelle Sentenne vient de terminer une lampe de macramé pour Cordage Barry, en collaboration avec Lena Bragina et Kara Mann Design de New York, qui est destinée au lobby d'un hôtel mythique de New York présentement en rénovation. Pour elle, la fibre ajoute de la chaleur qui va feutrer l'ambiance dans une pièce.

Ce qui ressort aujourd'hui, c'est le côté fait main du macramé, perçu comme une valeur ajoutée. Une machine ne peut pas reproduire le mouvement exécutant un noeud, de sorte qu'une pièce de macramé conserve l'esprit du fait main, croit Isabelle. Ainsi, derrière un tissage mural ou une suspension pour plante, il y aura toujours un artiste, une histoire, car le macramé demeure une création humaine!

Vous voulez essayer de créer un tissage mural?

Le Centre des textiles contemporains de Montréal offre un atelier de tissage ouvert au public le 6 et 7 juin prochains. Donné par Isabelle Sentenne, l'atelier permet aux débutants d'apprendre des techniques de tissage simple, et d'explorer le macramé.

http://www.textiles-mtl.com/

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