Collections: l'art de partager son étoile

Hainya Wiseman détient l'une des plus volumineuses et... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Hainya Wiseman détient l'une des plus volumineuses et luxueuses collections d'objets d'art pour la table en Amérique du Nord. Sa dépendance aux brocantes l'a gratifiée au passage de cette paire de lunettes vintage Christian Dior. À l'arrière-plan, une oeuvre de l'artiste américain Stanley Boxer.

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Céline Tremblay

Collaboration spéciale

La Presse

Collectionner, c'est bien. Partager ses biens, c'est mieux. Hainya Wiseman collectionne par milliers les objets qui réunissent autour d'une même table des gens qui, comme elle, ont appris à donner.

«Vous prendrez bien un peu de thé?», demande Mme Wiseman après avoir déposé dans de petites assiettes des portions d'un cake de son cru dont le moelleux se confirme avant même d'y planter la fourchette.

Nous sommes au dernier étage d'une tour du Westmount Square, signée Mies van der Rohe, et à travers le vitrage qui s'étend du plancher au plafond, le tableau composé par la ville s'impose, grandiose. Dans cette opulence, la petite femme qui se trouve en face de moi raconte sans un iota de prétention ce qui l'a menée à détenir l'une des plus imposantes collections d'objets d'art pour la table en Amérique du Nord.

«À l'âge de 18 ans et 3 semaines, relate Hainya Wiseman dans un français accentué entremêlé d'anglais, je suis passée de la vie de pensionnaire à celle d'épouse. À cette époque, j'accompagnais souvent mon mari vers le Nouveau-Brunswick et chaque fois que je repérais sur la route un bric-à-brac, une brocante, je le suppliais d'arrêter!»

Porcelaine, cristallerie, argenterie: tout ce qui pouvait trouver place dans une salle à manger passait par la ligne de mire de la jeune fille en fleur, au coeur de laquelle sommeillait vaguement une suffragette.

Plus d'un demi-siècle plus tard, les assiettes et les coupes, les bougeoirs, les salières et poivrières acquis par la Montréalaise se comptent par milliers. Leur quantité est si imposante et diversifiée qu'après trois longues années à les répertorier et à les documenter, l'historien d'art Serge Quevillon a toujours du pain sur la planche.

Cristallerie Royale de Champagne, Cailar Bayard, Royal Doulton, Villeroy&Boch, Lalique: dans les cabinets, les merveilles se comptent le plus souvent par piles de 12 et parfois de 18 couverts, mais rien n'empêche la collectionneuse, toujours à l'affût d'une nouvelle splendeur, de flancher pour un service pour quatre, «car il y a toujours demain!», dit-elle, c'est-à-dire la possibilité d'agrandir la famille.

À la mezzanine de son appartement-terrasse, un vaste espace est consacré à l'entreposage de ces objets, dont certains sont très anciens et d'autres, plus contemporains, mais l'étalement des acquisitions a gagné chaque recoin de la demeure jusqu'au vestiaire de son conjoint, qui ne fait pas tout un plat du fait de trouver des piles d'assiettes au-dessus de ses habits et chaussettes.

Lorsqu'un de ces trésors se retrouve entre ses mains, il faut voir les éclats dans les yeux d'Hainya! «J'ai indiqué à mon mari, dit-elle en souriant, que si je meurs avant lui, je veux être enterrée sous le plancher de la pièce où sont entassées toutes mes collections et je veux que mes yeux soient tournés vers le ciel afin de veiller à ce qu'aucune autre femme ne touche ma vaisselle!»

Ce service, probablement produit par la cristallerie belge... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 2.0

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Ce service, probablement produit par la cristallerie belge du Val Saint Lambert vers 1920, est une rareté qui comprend plus de 100 pièces.

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Cette assiette de présentation anglaise Royal Worcester datant... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 2.1

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Cette assiette de présentation anglaise Royal Worcester datant de l'entre-deux-guerres est ornée d'or 24 carats et signée de l'artiste Réginald Austin. On estime sa valeur à près de 1000$.

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Le partage

Si Hainya puise une grande part de joie dans la découverte et la multiplication des fruits de sa curiosité, la gratification du partage est aujourd'hui une priorité. «La seule bonne raison d'accumuler est de partager», dit-elle. Aussi, chaque semaine est le prétexte d'un festin de Babette chez les Wiseman. Dans une formule portes ouvertes, la famille (une bonne quinzaine de personnes) et les amis se réunissent tous les lundis autour des mets de la septuagénaire que rien n'effraie. Dans sa cuisine équipée de quatre fours et de deux énormes frigos, jamais elle ne se contente d'un seul plat de résistance. «Untel est végétalien, dit-elle, il aura son plat de quinoa. Tel autre aime la poitrine de boeuf, il l'aura!»

Mais honnêtement, tout cela est de la petite bière pour la philanthrope aux boucles dorées qui possède suffisamment de vaisselle pour dresser une quarantaine de tables pour une douzaine de convives chacune et assez d'énergie pour tous les sustenter, les émerveiller et peut-être les conscientiser.

Pour venir en aide à l'organisme L'espoir, c'est la vie HGJ, un déjeuner de bridge réunissant une soixantaine de personnes auquel elle a contribué en septembre a permis de recueillir 13 000$. Pour soutenir les activités du Château Ramezay, près d'une centaine d'invités ont également goûté à sa généreuse hospitalité et il en fut de même pour la Bibliothèque des jeunes de Montréal, qui a engrangé quelque 8000$.

Le 30 octobre prochain, un autre grand dîner aura lieu et les 150$ sollicités pour chaque couvert devraient rapporter un joli magot au Musée des beaux-arts de Montréal. Lors de notre entrevue, il était toujours possible d'obtenir des billets pour cet événement qui se tiendra dans la résidence de Mme Wiseman.

Hainya reconnaît être née sous une bonne étoile et entend partager avec les moins chanceux ses trésors accumulés. Était-ce un présage? Hainya, née Dalfen, est devenue Mme Wiseman un 6 janvier, jour des Rois mages (Wise Men), elle a mis au monde trois fils et a encore plus à donner que de l'or, de la myrrhe et de l'encens!

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