Les collectionneurs: les sentinelles en pierre

Robert Le Gresley, collectionneur de macarons.... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

Agrandir

Robert Le Gresley, collectionneur de macarons.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Céline Tremblay

Collaboration spéciale

La Presse

Ça commence souvent par un coup de coeur, puis d'achats en trouvailles, le passe-temps devient collection. Puis passion, qui envahit toute la maison! Pendant cinq semaines, nous vous présentons des collectionneurs aguerris... et certains de leurs plus précieux objets.

Haut perchés sur la clef de voûte des arcs des portes et fenêtres, les mascarons ont beau avoir les poils hirsutes, les yeux écarquillés et de grandes oreilles pointues, ils ne troublent plus personne. Sauf peut-être le collectionneur Robert Le Gresley.

Toute sa vie, Robert Le Gresley a recherché les objets d'un autre temps à partir desquels il crée des assemblages. Avec un bout de vitrail, un bouquet de jambes de Barbie et la tête couronnée d'épines d'un Christ, l'architecte à la retraite fait de «l'art comptant pour rien», comme l'annonçait le carton de sa dernière exposition.

Dans sa nouvelle demeure, plus d'un millier de poignées de chasse d'eau attendent d'être suspendues, à peu près 850 fers à repasser miniatures sont en voie d'être dépaquetés et les enseignes commerciales s'entassent par centaines.

Et puis, il y a les mascarons, ces ornements étranges dont la fonction première était d'empêcher l'introduction des mauvais esprits. Généralement, ils prennent la forme de médaillons dans lesquels s'inscrit une figure humaine ou animale en relief, souvent effrayante. On les trouve sur la façade et à l'intérieur de certaines demeures aristocratiques et d'établissements religieux, scolaires, financiers et hospitaliers à partir du Moyen Âge.

«Je devais avoir 15 ou 16 ans, dit-il, lorsque j'ai trouvé mes premiers mascarons au bout de l'avenue du Mont-Royal, sur des immeubles en cours de démolition.» C'est là que la chasse au trésor des copains pétrifiés a commencé. «Je ne suis pas le seul à avoir eu la piqûre: il existe des safaris de chasseurs de gargouilles, chimères, grotesques et mascarons! Les amateurs se refilent d'ailleurs les tuyaux: «Allez dans telle cathédrale, au fond à gauche, derrière la colonne, vous trouverez tel personnage.» Et il en existe de très bizarres légués par des artistes qui réglaient leurs comptes avec un ciseau! Dans les hauteurs de certaines églises, on a déniché nombre de créatures à tendance grossière où l'on pouvait reconnaître tel évêque ou tel curé dans une position peu sacerdotale...»

Les mascarons sont souvent en pierre de taille, mais on en trouve en cuivre, en terre cuite, en zinc, en plâtre et en bois.

Dans les rues de Montréal

Nul besoin de se rendre chez Robert Le Gresley pour admirer des mascarons. «Le Vieux-Montréal regorge de très beaux mascarons, dit-il. Sur le Plateau Mont-Royal, l'église Saint-Pierre-Claver en regroupe une quarantaine, tandis que l'église Christ Church atteint la centaine. Au théâtre Le Château, les mascarons sont classés. L'architecte qui a dessiné tous les ornements du Château Frontenac à Québec nous a légué de superbes mascarons sur le parapet d'une banque en pierres d'Écosse de la rue Notre-Dame Ouest. Du côté d'Ottawa, le parlement en recèle des centaines à l'extérieur et davantage à l'intérieur du bâtiment.»

Dans la foulée de ses recherches, Robert Le Gresley s'est intéressé à un phénomène méconnu: les tables d'attente. Dans les hauteurs, les motifs gravés étaient sculptés sur place dans une pierre plate et plusieurs sont dénuées d'ornement. «Il existe à Montréal plusieurs de ces travaux inachevés que personne ne semble avoir signalés», précise-t-il.

Si le manque de budget est une des causes de leur existence, les normes de sécurité quasi absentes sur les chantiers du passé en sont une autre et il arrivait qu'un artisan meure sur les lieux du travail. «En hommage au sculpteur ou par crainte de malédiction, raconte le collectionneur, la pierre restait telle qu'elle avait été posée.»

Parmi les immeubles répertoriés sur lesquels figurent des tables d'attente, il cite la façade de l'annexe du vieux palais de justice de Montréal, le collège Loyola et l'église Notre-Dame-de-Lourdes. Mais la preuve la plus évidente de sa découverte, c'est sur la façade de l'école Lajoie, à Outremont, qu'il l'a trouvée. «De chaque côté de l'entrée, explique-t-il, il y a deux grandes panoplies. L'une est achevée, tandis que la seconde gît toujours sous forme de table d'attente.»




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires : Maison

Tous les plus populaires de la section Maison
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer