Jongler avec les couleurs

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Les adeptes et les critiques de la pratique s'entendent néanmoins sur une chose: il est presque impossible de résister aux tendances. «On ne peut pas ne pas être influencé: on les voit partout, à la une des magazines, sur les réseaux sociaux, dans les boutiques. Quand vous faites des achats, ce n'est que ce que vous trouvez», dit Rozamond Kavander, du Colour Marketing Group.

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En 2015, Pantone a déterminé que la couleur à adopter pour être dans le coup était le marsala. Pendant que son compétiteur Voice of Colour optait plutôt pour le bleu paisley, que Benjamin Moore choisissait l'aquarelle... et que le Colour Marketing Group élisait quatre palettes totalisant 60 coloris! Que doit-on en comprendre?

La variété des couleurs de l'année a de quoi laisser perplexe. Comment peut-on déterminer que telle ou telle couleur sera tendance une année, et pas la suivante?

«Choisir la couleur de l'année, c'est un travail très sérieux: on ne se réunit pas seulement pour se dire: voici ce qu'on a vu récemment, qui ne sera donc pas tendance bientôt, et trouvons quelque chose de nouveau, peu importe ce que sera», assure Leatrice Eisman, directrice générale de l'Institut de la couleur Pantone.

Plusieurs mois par année, des «chercheurs de tendances» parcourent la planète pour observer ce qui l'anime: les défilés de mode des grands créateurs en Europe et en Asie, les salons de l'auto où l'on dévoile les modèles futuristes, les foires de la mode et du design, ce que portent les vedettes de l'heure aussi bien que les gens dans la rue. «Déterminer la couleur de l'année, c'est saisir le "zeitgeist", l'état d'esprit des consommateurs, l'air du temps», résume Leatrice Eisman.

L'actualité, les soulèvements populaires et les mouvements sociaux sont eux aussi pris en compte, note Dee Schlotter, «experte en couleurs» du groupe The Voice of Colour, une firme spécialisée dans le décryptage des tendances en matière de couleur, à l'instar de Pantone. Quand il y a des Jeux olympiques, par exemple, les couleurs fortement associées au pays hôte risquent d'avoir de beaux jours. «Après le 11 septembre 2001, avance Dee Schlotter, on a remarqué un intérêt marqué pour le rose pâle et le brun chocolat, deux couleurs qui expriment la compassion et le réconfort. Après, la récession a ramené le gris à l'avant-scène.» On retombe enfin dans les teintes plus pimpantes depuis deux ans environ.

«Il faut chercher les "histoires" du moment, plus que les "couleurs", renchérit Rosamond Kavander, du Colour Marketing Group, un groupe fondé en 1962 dont les prédictions des experts, répartis un peu partout sur la planète, visent aussi bien l'industrie aérospatiale que celle de l'automobile, des textiles ou de la peinture. Par exemple, on parle beaucoup des abeilles en ce moment, de leur importance et de leur vulnérabilité. Les produits du miel sont très à la mode dans les boutiques et la couleur l'est devenue aussi, par la force des choses.»

Dans un avenir rapproché, elle prédit le retour en force du rouge, porté par une montée de l'action militante pour les droits des femmes, notamment.

Une science?

«La création n'est pas un processus scientifique, tempère toutefois André Desrosiers, professeur à l'École de design de l'UQAM. C'est surtout un travail d'observation, de ce qui se passe dans les médias, dans la rue, de ce qui était populaire récemment et qui, donc, ne sera pas tendance sous peu, mais je n'y accorde aucun crédit.»

Dans le milieu de la décoration, comme il y a peu d'innovations technologiques (en comparaison avec le milieu de l'automobile, par exemple), créer un besoin de changement chez le consommateur est capital, poursuit André Desrosiers. «Que la couleur tendance soit le bleu, le vert ou le brun, peu importe. L'important, c'est de susciter la consommation.»

Le fait que les spécialistes obtiennent des résultats aussi différents d'une firme à l'autre laisse pantois le professeur de marketing à l'Université Concordia Onur Bodur. «C'est très surprenant! Il faut garder en tête que ces firmes ont des objectifs différents: certaines veulent vendre de la peinture, d'autres des voitures.»

«C'est comme dans la mode: il y a plusieurs interprétations d'une même tendance par les grands couturiers», croit pour sa part Sophie Bergeron, directrice de la couleur et du design chez Benjamin Moore.

Géographie

Même chez Pantone et Voice of Colour, on sent d'ailleurs certaines réticences à parler d'un seul et unique coloris devant régner en roi et maître une année entière. On évoque plus souvent des «palettes» qui s'adaptent à l'âge et à l'origine du client. «Les tendances subissent des influences régionales très fortes», dit Rosamond Kavander. Si la couleur tendance en 2016 est le jaune, il ne sera pas identique en Amérique du Sud, en Asie ou en Europe, ni même entre la Floride et le Massachusetts, plus clair ici, sombre ou bleuté là-bas, etc. Les jeunes aiment les couleurs plus franches et osées, et les baby-boomers, les tons neutres, plus complexes, relève Dee Shlotter.

Impossible de résister

Les adeptes et les critiques de la pratique s'entendent néanmoins sur une chose: il est presque impossible de résister aux tendances. «On ne peut pas ne pas être influencé: on les voit partout, à la une des magazines, sur les réseaux sociaux, dans les boutiques. Quand vous faites des achats, ce n'est que ce que vous trouvez», dit Rozamond Kavander, du Colour Marketing Group.

Même André Desrosiers admet être influencé. «Bien sûr, c'est ce qu'on m'offre partout!»

«Nos choix sont influencés non seulement par ce que nous préférons personnellement, mais aussi par ce que les autres choisissent ou utilisent, par l'exposition répétée à une couleur dominante», complète Onur Bodur.

À force de voir du marsala ou du bleu paisley dans toutes les boutiques, on finit donc par s'habituer, parfois même à l'aimer (et à en acheter)... jusqu'à ce qu'une nouvelle tendance vienne prendre le dessus!

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