Afghanistan: «Un retrait trop rapide»

À la veille du retrait des troupes étrangères... (PHOTO ANJA NIEDRINGHAUS, ARCHIVES PC/AP)

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À la veille du retrait des troupes étrangères d'Afghanistan, Graeme Smith nous explique pourquoi, selon lui, l'avenir n'augure rien de bon.

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Ex-correspondant pour le Globe and Mail Graeme Smith vit à Kaboul depuis un an, où il travaille pour l'International Crisis Group. À la veille du retrait des troupes étrangères d'Afghanistan, il nous explique pourquoi, selon lui, l'avenir n'augure rien de bon.

Q: Qu'arrivera-t-il après le départ des troupes internationales à la fin de 2014?

R: L'Afghanistan vivra une grande période d'incertitude. À court terme, je ne crois pas que le pays s'effondrera. Kaboul peut se défendre, comme d'autres capitales que j'ai visitées au cours des 12 derniers mois, Kandahar, Gardez, Jalalabad ou Mazar-e-Sharif. En vérité, personne ne sait ce qui va arriver.

Q: Et les talibans?

R: Rien n'indique qu'ils sont prêts à négocier. Ils regardent leurs ennemis, des dizaines de milliers de soldats de l'OTAN, qui plient bagage et quittent leur pays. Ils sont triomphants.

Q: Vont-ils se battre après le retrait des troupes ? Est-ce qu'ils peuvent menacer l'intégrité du pays ?

R: Il existe trois scénarios, d'optimiste à pessimiste. Le plus optimiste: une paix négociée par une police et une armée afghanes suffisamment fortes pour forcer les talibans à discuter.

Un cran plus pessimiste: la violence et le contrôle des insurgés continuent de croître et une ville importante finit par tomber entre les mains de militants. Et le plus pessimiste: le retour de la guerre civile provoquée par les seigneurs de la guerre.

Q: Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

R: Je déteste cette question. Le Pentagone croit que la situation est en train de se tasser, alors que l'ONU affirme, au contraire, qu'il y a une escalade de la violence. Le Pentagone a tort. Vous pouvez me qualifier de sceptique ou de pessimiste, mais une chose est certaine, la situation s'est détériorée au cours des dernières années.

Q: Les troupes internationales devraient-elles rester ?

R: Oui, elles partent trop tôt.

Q: Elles n'ont pas fini leur travail ?

R: Elles doivent rester et trouver une solution au gâchis qu'elles ont créé. Quand vous venez dans un pays et que vous faites des dégâts, vous devez nettoyer en arrière de vous avant de partir.

Q: Est-ce que l'engagement de la communauté internationale a donné des résultats? Est-ce que ça valait le coup d'intervenir en Afghanistan ?

R: Si le gouvernement survit au départ des troupes, oui, ça aura valu le coup.

Q: Et pour le peuple afghan ?

R: Dans la province de Kandahar, par exemple, il y a eu des progrès: les enfants, les écoles. En apparence. Quand vous voyez une belle maison, mais que le plancher s'effondre, vous ne pouvez plus parler de réussite.

Q: Est-ce que quelqu'un a gagné cette guerre ?

R: Pas pour l'instant.




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