Turquie: Davutoglu quittera son poste de premier ministre

Le départ de M. Davutoglu, qui ouvrirait la voie... (PHOTO ADEM ALTAN, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Le départ de M. Davutoglu, qui ouvrirait la voie à une consolidation des pouvoirs du chef de l'État, pourrait ajouter aux turbulences au moment où la Turquie, partenaire-clé de l'Europe dans la crise migratoire, fait face à de nombreux défis: menace djihadiste, reprise du conflit kurde, extension de la guerre en Syrie à sa frontière Sud.

PHOTO ADEM ALTAN, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Burak AKINCI
Agence France-Presse
ANKARA

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a confirmé jeudi qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat lors d'un congrès extraordinaire de son parti islamo-conservateur convoqué le 22 mai prochain, en pleines divergences avec le président Recep Tayyip Erdogan.

«Je ne pense pas présenter ma candidature», a-t-il dit, le visage grave, lors d'une intervention devant la presse au siège à Ankara du Parti de la justice et développement (AKP) qui avait des allures d'un discours d'adieu.

La mise à l'écart de M. Davutoglu, 57 ans, de la direction de l'AKP devrait signifier la fin de son mandat de premier ministre, le chef du parti ayant toujours été également à la tête du gouvernement.

Elle mettrait un terme aux tensions et divergences de plus en plus perceptibles ces derniers temps entre M. Davutoglu et M. Erdogan, qui dirigent ensemble le pays depuis plus d'un an et demi et ont remporté haut la main les précédentes élections législatives le 1er novembre dernier.

M. Davutoglu a tenu à préciser que sa décision n'était «pas le fruit d'un choix (personnel), mais d'une nécessité», dans une critique à peine voilée des cadres de l'AKP loyaux au chef de l'État qui ont récemment décidé de rogner certains de ses pouvoirs au sein du parti, consommant la rupture annoncée entre le chef de l'exécutif et l'homme fort du pays.

Pendant son discours particulièrement émotionnel, le chef du gouvernement qui est en fonction depuis août 2014 a d'autre part nié tout conflit avec M. Erdogan, le véritable maître de la Turquie qui tient les rênes de l'AKP, même s'il est censé être constitutionnellement au-dessus de tout parti.

«Pas une seule parole négative à l'encontre de notre président n'est jamais sortie de ma bouche et jamais il n'en sortira», a-t-il dit et d'ajouter: «Je n'ai pas de reproches, je n'éprouve ni colère, ni rancoeur».

Congrès extraordinaire et divergences importantes

Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) tiendra un congrès extraordinaire le dimanche 22 mai lors duquel M. Davutoglu, son dirigeant, ne sollicitera pas de nouveau mandat, avaient rapporté plus tôt jeudi les médias turcs.

Sans se représenter à sa propre succession, M. Davutoglu, 57 ans, perdra automatiquement son poste de premier ministre, les deux fonctions étant liées selon les statuts de l'AKP.

Cette décision a été prise lors d'une réunion spéciale de la direction de l'AKP qui s'est tenue à Ankara au lendemain d'informations sur une rupture consommée entre M. Davutoglu et le président Recep Tayyip Erdogan, selon les chaînes de télévision.

Des divergences importantes ont éclaté au grand jour ces dernières semaines entre l'homme fort de Turquie et le chef de l'exécutif, élu à la tête de l'AKP en août 2014 dans la foulée de l'élection à la présidence de M. Erdogan après trois mandats de premier ministre.

Le départ de M. Davutoglu, qui ouvrirait la voie à une consolidation des pouvoirs du chef de l'État, pourrait ajouter aux turbulences au moment où la Turquie, partenaire-clé de l'Europe dans la crise migratoire, fait face à de nombreux défis: menace djihadiste, reprise du conflit kurde, extension de la guerre en Syrie à sa frontière Sud.

«Davutoglu se retire», proclamait jeudi à la une le journal à gros tirage Hürriyet. Le journal Milliyet évoquait «une transition démocratique» en douceur convenue entre les deux hommes lors d'un entretien crucial mercredi soir, afin d'éviter une crise au sommet de l'État.

M. Erdogan, qui a gardé les rênes de l'AKP qu'il a fondé en 2001, n'aurait pas aimé que son premier ministre semble négocier seul l'accord des politiques migratoires entre Bruxelles et Ankara, pas plus que la volonté affichée de celui-ci de retourner à la table des négociations avec la rébellion kurde.

Lorsqu'il a été élu président après trois mandats de premier ministre depuis 2003, M. Erdogan a désigné comme successeur l'universitaire spécialisé dans les affaires moyen-orientales Ahmet Davutoglu, son ancien conseiller en chef et chef de la diplomatie, faisant, pour beaucoup, le pari de la docilité.

Erdogan agressif, Davutoglu modéré

Mais celui-ci, perçu comme une figure modérée contrairement à l'agressif, mais populaire Erdogan, s'est peu à peu taillé une place sur la scène politique turque, négociant un accord crucial avec Bruxelles sur les migrants qui a conduit mercredi la Commission européenne à soutenir une exemption de visas historique pour les Turcs.

Les deux hommes se sont aussi publiquement opposés au sujet du placement en détention provisoire de journalistes pendant leur procès, mesure à laquelle M. Davutoglu s'est dit défavorable.

La décision prise la semaine dernière par l'instance dirigeante de l'AKP de retirer à M. Davutoglu le pouvoir de nommer les responsables du parti à l'échelle locale a sérieusement raboté son pouvoir au sein des cadres de l'AKP.

Depuis son élection à la tête de l'État, M. Erdogan ne cache pas son ambition de modifier la Constitution pour instaurer un régime présidentiel, un projet publiquement soutenu par M. Davutoglu, qui a toutefois semblé peu pressé de le mettre en oeuvre.

«Nous allons attendre que cette question prenne de la maturité», a déclaré le premier ministre, ce qui aurait déplu au chef de l'État impatient d'obtenir un renforcement de ses prérogatives.

«Demain matin, la politique turque sera entrée dans une période où le système présidentiel aura de facto commencé», a déclaré à l'AFP Fuat Keyman, directeur du groupe de réflexion Istanbul Policy Center.

Plusieurs noms sont cités dans la presse pour succéder à M. Davutoglu : Binali Yildirim, compagnon de route de M. Erdogan et actuel ministre des Transports, Mehmet Ali Yalçin, ex-président du Parlement, Yalçin Akdogan, vice-premier ministre actuel, mais aussi le gendre du président, Berat Albayrak, ministre de l'Énergie.

«Quel que soit le nouveau premier ministre, il est clair que cela signifie que le président aura plus de pouvoir sur le gouvernement», a déclaré Ozgur Altug, économiste chez BGC à Istanbul, «le sentiment du règne d'un seul homme à la tête du pays va se renforcer chez les investisseurs»

Ces nouvelles ont provoqué une certaine crispation des marchés : la livre turque a perdu mercredi près de 4 % de sa valeur face au dollar, sa plus forte baisse quotidienne cette année, avant de reprendre des couleurs jeudi.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer