Le Pentagone veut de nouvelles armes nucléaires de faible puissance

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Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis

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Sylvie LANTEAUME
Agence France-Presse
WASHINGTON

Les États-Unis veulent se doter de nouvelles armes nucléaires de faible puissance en réponse notamment au réarmement de la Russie, selon la nouvelle «Posture nucléaire» publiée vendredi par le Pentagone.

Ces nouvelles armes, qui font craindre aux experts une relance de la prolifération et un risque plus élevé de conflit nucléaire, représentent une «réponse à l'expansion des capacités (nucléaires) de la Russie», a indiqué à la presse Greg Weaver, responsable des capacités stratégiques à l'état-major américain.

Estimant que la situation mondiale est aujourd'hui beaucoup plus complexe qu'en 2010, date de la publication de son dernier examen du dispositif nucléaire, le Pentagone cite dans ce document, dont une version préliminaire avait fuité le mois dernier dans la presse, les menaces émanant de la Chine, la Corée du Nord ou l'Iran.

Mais ce qui inquiète Washington, c'est surtout le «retour déterminé de Moscou à la concurrence entre grandes puissances», comme le souligne le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis dans la préface du document de 75 pages.

Selon Washington, la Russie est en train de moderniser un arsenal de 2000 armes nucléaires tactiques, menaçant les pays européens à ses frontières et contournant ses obligations selon le traité de désarmement New START qui ne comptabilise que les armes stratégiques servant de fondement à la doctrine de la dissuasion.

Le Pentagone a constaté une «disparité» entre les capacités russes et celles des États-Unis et de l'OTAN, a expliqué M. Weaver.

«Nous avons conclu que notre stratégie et nos capacités actuelles étaient clairement perçues par les Russes comme potentiellement insuffisantes pour les dissuader», a-t-il précisé.

«Escalade-désescalade»

Moscou craint d'être rapidement dominé en cas de conflit conventionnel avec les Occidentaux. Pour compenser, les Russes ont adopté une doctrine «escalade-désescalade» qui consisterait à faire usage en premier d'une arme nucléaire.

«Nous voulons nous assurer que la Russie ne fait pas d'erreur de calculs», a indiqué aux journalistes le secrétaire adjoint à la Défense chargé de la politique nucléaire, Robert Soofer. «La Russie doit comprendre que lancer une attaque nucléaire, même limitée, ne lui permettra pas d'atteindre son objectif, modifiera fondamentalement la nature du conflit et aura un coût incalculable et intolérable pour Moscou».

Rompant avec la vision de l'ex-président Barack Obama qui, en 2009 à Prague, avait appelé à l'élimination de toutes les armes nucléaires, la nouvelle Posture nucléaire américaine propose donc de développer un nouveau type de missiles nucléaires de faible puissance, qui seront lancés depuis des sous-marins.

Les États-Unis possèdent déjà de nombreuses armes nucléaires de faible puissance, d'une puissance inférieure à la bombe d'Hiroshima, mais aucune n'est embarquée. Le fait que ces missiles soient placés à bord de sous-marins évitera qu'ils soient stockés sur le territoire de pays alliés. Ils pourront aussi déjouer les défenses antimissiles de la Russie, qui sont essentiellement destinées à contrer une attaque aérienne.

Ils remplaceront des armes nucléaires traditionnelles, ce qui permettra à Washington de continuer à respecter les traités de non-prolifération. Le Pentagone vise pour le moment un programme d'une trentaine de ces «mini-armes nucléaires» pour un coût d'environ 50 millions de dollars sur cinq ans, qui doit encore être approuvé par le Congrès.

Des voix se sont déjà élevées contre ce genre de missiles, qui augmentent le risque de conflit nucléaire, mais le Pentagone assure n'avoir aucune intention de frapper le premier.

«L'objectif de ces capacités est de rendre une réponse américaine à un usage de l'arme nucléaire plus plausible, pas de rendre une attaque initiale des États-Unis plus probable», a déclaré M. Weaver.

Par ailleurs, la nouvelle Posture nucléaire propose le développement d'un nouveau type de missile nucléaire de croisière mer-sol, dont le développement est prévu sur sept à dix ans, pour remplacer la version nucléaire du missile Tomahawk, mise au rebut par l'administration Obama.

Ce nouveau programme pourrait être abandonné «si la Russie acceptait de revenir à des mesures vérifiables de contrôle des armes nucléaires», a noté M. Weaver.

Dans un communiqué, le président américain Donald Trump a salué ce document, qui « dissuade encore davantage d'attaques stratégiques contre notre pays, nos alliés et nos partenaires ».




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