Libre-échange: la Chambre dit non au raccourci d'Obama

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Le président Obama s'est rendu en personne au Capitole vendredi matin pour une réunion de la dernière chance avec les représentants démocrates.

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON

Les parlementaires américains ont refusé à Barack Obama les pouvoirs étendus de négociation qu'il demandait pour conclure un immense accord commercial avec la région Asie-Pacifique, le président ayant été abandonné par son propre parti démocrate.

Le blocage est un coup dur pour Barack Obama, qui a fait du libre-échange la priorité économique de la fin de son mandat, même si la majorité républicaine, alliée pour l'occasion, reste libre de rappeler le sujet à l'ordre du jour.

La Chambre des représentants --en raison de la rébellion des démocrates-- a rejeté vendredi un texte d'aide aux salariés affectés par la concurrence mondiale. Or ce texte, pour des raisons compliquées de procédure, était la condition préalable à l'adoption d'une proposition de loi créant une procédure dite accélérée, TPA en anglais («Trade Promotion Authority»), le véritable sujet de discorde.

Cette procédure accélérée est un simple mécanisme, qui aurait forcé le jour venu le Congrès à approuver ou rejeter sans possibilité d'amendement tout accord commercial conclu par l'exécutif d'ici 2018, ou 2021 en cas de prolongation.

Le président américain espère utiliser ces pouvoirs accrus pour finaliser avant son départ en janvier 2017 le partenariat transpacifique, connu à Washington sous ses initiales TPP, avec 11 pays riverains du Pacifique, dont le Japon.

Mais dans ce dossier, s'il disposait de l'appui de la plupart des républicains, favorables au libre-échange, il n'a pas su convaincre les démocrates, majoritairement protectionnistes et dont l'appui était mathématiquement requis.

Barack Obama a exhorté la Chambre à revoter «dès que possible», afin que les entreprises américaines puissent «vendre des produits Made in America au reste du monde», tandis que son porte-parole Josh Earnest mettait l'échec de vendredi sur le compte d'un «bordel procédural».

La plupart des démocrates veulent pouvoir peser sur le contenu des futurs accords commerciaux. Ils craignent qu'une nouvelle ouverture des frontières ne conduise à des fermetures d'usines dans leurs circonscriptions. Beaucoup citent le précédent de l'accord Nafta conclu en 1993 avec le Mexique et le Canada.

«Nous devons aller moins vite», a justifié Nancy Pelosi, chef du groupe démocrate. «Nous voulons un meilleur accord pour les travailleurs américains».

À la recherche d'un plan B

Après un débat houleux, le Sénat à majorité républicaine avait adopté le 22 mai la procédure TPA, mais l'échec de vendredi à la chambre basse du Congrès force les représentants à revoir leur stratégie, pour éventuellement organiser un nouveau vote.

Déçu, le républicain Paul Ryan a souligné que Barack Obama «avait du travail à faire avec son parti». «Ce n'est pas terminé», a-t-il promis.

Quinze accords commerciaux ont été approuvés grâce à une procédure similaire par le Congrès depuis 1979. L'accord en négociation avec l'Union européenne (TTIP) bénéficierait aussi de cette procédure.

La cause est soutenue avec force par le patronat. Mais Barack Obama a perdu nombre de ses alliés progressistes dans la bataille.

Les accords commerciaux «enrichiront de façon fabuleuse certaines multinationales, les marges vont exploser», a clamé le représentant démocrate Keith Ellison.

Les craintes sont aussi vives à l'égard des mécanismes d'arbitrage imaginés pour résoudre les différends entre États et investisseurs privés --comme au Parlement européen, qui s'est déchiré cette semaine sur la question dans le débat autour du futur accord Etats-Unis-UE.

La plus grande fédération syndicale américaine, AFL-CIO, avait lancé une virulente campagne pour faire échouer le vote de vendredi.

Dans une publicité, un ouvrier d'une aciérie de Baltimore licencié avec 2.100 autres en 2012 appelle Barack Obama à venir constater sur place les ravages de la mondialisation. Le président de l'AFL-CIO n'a pas de mots assez durs contre les futurs accords commerciaux, alors que la force de frappe syndicale est d'habitude mise au service du parti démocrate en période électorale.

Même rejet chez des ONG écologistes qui craignent un affaiblissement des normes environnementales.

«L'ère des accords de libre-échange qui nuisent aux travailleurs et à l'environnement est proche de la fin», s'est félicité après le vote Michael Brune, directeur de la grande association Sierra Club.

Côté humanitaire, Médecins Sans Frontières a aussi pris position contre le futur partenariat transpacifique, qui selon l'association pourrait rendre plus difficile le recours aux médicaments génériques contre la tuberculose, le paludisme ou le VIH.

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