Pourparlers de paix à Minsk

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Ces derniers jours, les combats ont gagné en intensité avec cinq soldats et six civils tués en 24 heures.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Jean-Luc BARDET, Catherine BOITARD
Agence France-Presse
BRUXELLES

De nouveaux pourparlers de paix sur l'Ukraine doivent s'ouvrir vendredi à Minsk au lendemain de la décision de l'Union européenne d'étendre ses sanctions ciblées contre la Russie tout en choisissant l'attentisme sur un possible alourdissement des mesures économiques.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE avaient été convoqués jeudi à Bruxelles après la reprise de l'offensive des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, et surtout le bombardement samedi de Marioupol, qui a fait au moins 30 morts.

Ils ont décidé de prolonger de six mois, jusqu'en septembre, les sanctions ciblées adoptées en mars contre des personnalités séparatistes prorusses et russes, a annoncé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à l'issue de cette réunion de crise.

Les 28 ont aussi décidé de rajouter des noms à cette liste noire déjà longue de 132 personnes visées par un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager dans l'UE. Les nouveaux noms doivent être proposés «d'ici une semaine», en vue d'une adoption par les ministres lors de leur prochaine réunion, le 9 février.

Mais la question des sanctions économiques, qui divise les Européens depuis le début, a continué à faire débat. Dans un projet de conclusions auquel l'AFP avait eu accès, il était prévu que les ministres évoquent un «travail préparatoire» sur «toute action appropriée, en particulier sur de nouvelles sanctions».

Cette mention explicite n'a pas été retenue dans la version finale. Un prix à payer pour préserver «l'unité» des Européens vantée par Mme Mogherini et plusieurs ministres.

Le nouveau ministre grec, Nikos Kotzias, a revendiqué cette modification, confirmant que son gouvernement était opposé à un durcissement européen vis-à-vis de Moscou. M. Kotzias a indiqué que la Grande-Bretagne, qui défend avec la Pologne et les pays baltes une ligne dure, avait «essayé de mettre son veto» à cet assouplissement.

Combats et pourparlers

Le compromis satisfait en revanche de nombreux autres pays. Les sanctions économiques sont déjà «lourdes», a relevé le secrétaire d'État français aux affaires européennes, Harlem Désir. «Notre ligne, c'est la fermeté et le dialogue», a-t-il résumé. L'Autriche, la République tchèque et la Slovaquie se sont dites «sceptiques» sur de nouvelles sanctions contre Moscou, rejoignant la position exprimée la veille par l'Allemagne.

Les États-Unis ont pour leur part salué l'extension des sanctions existantes décidée par l'UE et menacé la Russie de nouvelles sanctions américaines si Moscou continue de soutenir la rébellion en Ukraine.

«Nous ajoutons parfois des noms, parfois des secteurs ou des entreprises, et c'est pareil pour l'UE», a indiqué la porte-parole du département d'État Jennifer Psaki, en référence aux listes noires. «Nous continuons d'étudier qui seront les prochains.»

Mme Mogherini a de son côté affirmé que les 28 étaient prêts à prendre de «nouvelles mesures», en fonction de l'évolution de la «situation sur le terrain», en reconnaissant qu'elle était «négative». Elle a rappelé que toute décision sur des sanctions économiques relevait de la responsabilité des chefs d'État et de gouvernement, qui doivent se réunir en sommet le 12 février à Bruxelles.

Parallèlement, Minsk a annoncé la tenue de nouveaux pourparlers de paix entre le «Groupe» de contact composé de représentants de l'Ukraine, de la Russie et de l'OSCE, ainsi que des rebelles prorusses, vendredi dans la capitale bélarusse pour négocier une trêve.

Cette annonce du gouvernement bélarusse est intervenue quelques minutes après un appel en ce sens du président ukrainien Petro Porochenko, alors que sur le terrain les combats ont encore fait 11 morts. Le conflit a déjà fait depuis avril au moins 5000 morts, selon l'ONU.

Ces derniers jours, les combats ont gagné en intensité avec cinq soldats et six civils tués en 24 heures. L'armée ukrainienne a annoncé une attaque des rebelles appuyée par des chars contre la ville de Vougleguirsk située à 10 km à l'ouest de Debaltseve, localité stratégique et actuellement l'un des principaux points chauds du conflit.

Les troupes ukrainiennes ont du mal à faire face au brouillage de leurs communications et aux frappes d'artilleries, parfois guidées par des drones, utilisés par les séparatistes prorusses, selon un responsable militaire américain en Europe.

«Il est très difficile aux forces ukrainiennes de parvenir à utiliser des radios, des téléphones et d'autres moyens de communication non sécurisés parce que leurs opposants ont une exceptionnelle capacité de brouillage», a déclaré jeudi dans une audioconférence le général Ben Hodges, qui commande l'armée de terre américaine en Europe.

«Les séparatistes ont également des drones fournis par les Russes, qui leur donnent une capacité de détecter et de cibler les forces ukrainiennes» avec une précision redoutable, a-t-il expliqué.

L'ancien dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, est sorti de son silence pour fustiger les Occidentaux. «On n'entend que parler de sanctions de l'Amérique et de l'Union européenne contre la Russie. Ont-ils perdu la tête?», a-t-il lancé. Washington «nous entraîne dans une nouvelle guerre froide. Et ensuite? Je ne suis pas en mesure de déclarer qu'elle ne va pas se transformer en véritable guerre».

Signe de la fébrilité ambiante, la Pologne a annoncé qu'elle allait encourager ses citoyens à suivre une formation militaire, augmenter le nombre d'exercices pour les réservistes et faire appel à des groupes paramilitaires pour renforcer son système de défense.

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